(3 mn de lecture)
épisode 16
La neige tombait en tourbillons serrés, si fort qu’ils ne distinguaient plus le ciel, de la terre. La tempête les avait surpris sur le chemin de retour et rapidement les avait engloutis. Ils avançaient contre le vent féroce et glacial, contre la neige qui les aveuglait presque. Ils avaient dû descendre de leur monture, et les tiraient maintenant par les brides. Deux fois déjà, la mule de Senna s’était abattue dans la neige. Il avait fallu toute la détermination de Périos pour obtenir d’elle qu’elle se relève.
Le matin, lorsqu’ils étaient partis, le ciel était d’un bleu translucide. Ils voulaient aller voir les terres du nord, aux confins du domaine, pour voir s’il était envisageable de les mettre en culture. Belbo blessé, ne les accompagnait pas. Il les avait regardé partir, grommelant contre la cheville qu’il s’était foulée la veille et qui le retenait au domaine.
Senna au contraire était radieuse, elle avait revêtu un épais pantalon et deux tuniques de laine. Elle était enveloppée dans une cape qui la protégeait du froid. Ils devaient être de retour en fin d’après-midi.
Périos prit les rênes de la main de Senna. Il voyait bien qu’elle n’en pouvait plus. Elle n’avait pas dit un mot depuis une demi-heure, les yeux mi-clos, le nez pincé et le souffle court. Elle avançait de moins en moins vite, trébuchait, ses jambes se dérobaient sans cesse. Périos lui saisit la main et l’entraîna, tenant les rênes des deux bêtes dans son autre main. A un moment, elle s’était effondrée, les yeux clos.
La dernière chose qu’elle avait entendu était la voix de Périos : « Allez, Senna, tiens bon, je t’en prie ». Périos ne l’avait pas appelée « dame Senna », elle avait presque souri et puis ça avait été le noir.
Lire la suite « La tempête »