( Fond de tiroir)
En 1996, j’écoutais encore “France Inter”. Le samedi matin, il y avait une émission culinaire, “Grand Palais”. Non que je fusse amatrice de cuisine (mes compétences n’excédaient pas le stade des coquillettes au gruyère ») mais à l’époque nous ne captions que cela, et juste après, il y avait une émission qui m’intéressait : « l’Oreille en coin”…
A la fin de “Grand Palais”, une recette de cuisine envoyée par un lecteur était lue à l’antenne.
Me marrant toute seule, j’avais envoyé la recette ci-dessous, accompagnée d’une lettre.
Ben, elle est passée à la radio.
Ma chère France Inter,
À l’heure de “Grand Palais”, je marine habituellement dans la baignoire, entre deux hurlements d’enfants délaissés, trois claquements de porte de salle de bains qui me laissent glacée et frissonnante, et douze giclées de shampoing dans l’œil. Malgré la panique ambiante et un horrible radio-réveil G.O. qui crachote au gré du passage des tracteurs, je réalise la performance d’écouter votre émission, sauf évidemment quand le chauffage soufflant se déclenche, puisqu’alors le réveil-radio n’émet plus qu’un bourdonnement irritant…
Cette semaine, enfin, ce matin, j’ai noté sur la vitre embuée la recette des tartines de rillettes aux truffes, et me suis décidée à acheter un chien truffier. Justement, les recettes avec des truffes, j’en ai expérimenté quelques-unes et n’écoutant que mon courage et non plus les brames de mes héritiers, j’ai décidé de vous faire parvenir mon épatante recette du canard truffé au calva.
Dont acte.
Pour réaliser cette recette, il vous faudra :
Une demi-livre de farine, trois œufs, un litre de Calva, un kilo d’échalotes, un canard, une miche de pain, de la crème épaisse, du roquefort, une bouteille de Saumur-Champigny, quatre steaks hachés ou non, trois truffes fraîches, un mouchoir, une cocotte, un hachoir.
Prendre un canard vivant. Le saouler à mort avec un demi-litre de Calva. Caresser le canard une dernière fois. Boire un verre de Calva pour avoir le courage de saigner la bête. Remettre à plus tard.
Éplucher les échalotes. Essuyer les larmes avec le mouchoir. Reboire un petit coup de Calva. Se moucher.
Jeter un coup d’œil au canard ivre mort. Regarder le couteau. Remettre à plus tard.
Faire rissoler les échalotes dans un fond de beurre normand extra-fin. Avec une partie de la farine, réaliser un beurre blond. Trancher fin une des truffes.
Découper une tartine de pain. Étaler de la crème épaisse. Disposer la truffe émincée sur la crème.
Regarder le canard. S’il bouge, lui resservir une petite rasade. Manger la tartine à la truffe.
Casser les œufs dans la cocotte avec les échalotes. Verser le mélange dans une terrine avec le reste de farine.
Déboucher la bouteille de Saumur-Champigny. Couper une tranche de pain et la tartiner avec du Roquefort. Goûter le Saumur.
Regôuter le Saumur. Poser une couverture sur le canard qui cuve et a peut-être froid, pas de couette en plumes, il est sans doute allergique et puis ce n’est pas très délicat.
Rouler la farine, les échalotes et les œufs jusqu’à obtenir un truc informe. Couper la deuxième truffe.
Essayer un toast roquefort/truffe flambé au Calva.
Jeter le contenu de la terrine à la poubelle, ou mieux, au chien, si vous en possédez un.
Finir le Saumur. Secouer le canard : il est tard, il faut qu’il rentre chez lui.
Hacher les steaks. Les faire cuire. Décorer avec la dernière truffe.
Succès garanti !
Comme quoi, la cuisine, c’est pas si difficile… Allez, ma France Inter, à la prochaine.
Cordialement,
Super marrant pauvre canard bisous
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oui, il y a quelques années, j’étais drôle… temps révolu.
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