La tasse était si fine, que tenue devant la lumière, on eût dit une opaline.
C’était une merveille d’élégance. Le motif travaillé à la main représentait un mélange de feuilles et de fleurs délicatement entremêlées, dont les couleurs auraient porté des noms aussi précieux qu’étranges… Ici, pas de bleu, de brun ni de rouge, mais du céladon, du mordoré, de l’amarante. Datant probablement du début du XX ème siècle, elle faisait songer à une époque révolue. Seul le bord doré avait un peu souffert des outrages du temps.
Souvent, la femme buvait son café dans cette tasse, précisément celle-ci, parce que cela lui semblait un luxe d’user d’un si bel objet. Cela lui faisait tout simplement plaisir. Chaque fois, elle souriait en regardant sa tasse, se réjouissant d’avoir la chance de boire un café en contemplant fleurs et feuillages.
Elle ne prenait pas de précaution particulière, c’était une tasse, même si c’était SA tasse.
Un jour, la tasse lui échappa des mains. Elle alla se briser sur le carrelage de la cuisine. Quelques morceaux, beaucoup de petits, une infinité d’éclats enfin, presque une poudre de porcelaine. Surprise, incrédulité, stupéfaction.
La femme fixait la scène comme si elle ne pouvait être réelle.
La tasse brisée ! impossible réalité, inconcevable événement… ridicule, cela ne pouvait pas s’être produit.
Il fallut se résoudre : la tasse était bel et bien cassée.
Passé le moment de stupeur, elle se pencha, se demandant si elle pourrait faire quelque chose, la recoller peut-être ?
Elle ramassa consciencieusement les morceaux, les plus gros, les petits, puis les éclats même. Elle les déposa sur une pièce de tissu, étudia chaque morceau, puis prise de découragement, rangea l’ensemble dans un sac qu’elle glissa dans un tiroir.
Quelques semaines passèrent. La femme but dans un mug épais et de couleur unie.
Certains jours cependant, sans qu’elle en eût vraiment conscience, elle se prenait à chercher la tasse sur l’étagère. Son regard errait alors sans qu’elle puisse définir ce qu’elle voulait y trouver. Ce n’y était pas, c’était tout.
Un après-midi pluvieux , elle ressortit les débris de porcelaine, puis elle sortit sous la bruine acheter de la colle.
Elle travaillait lentement, avec application. Il fallait d’abord identifier le morceau, sa place, trouver celui avec lequel elle pourrait l’assembler. Elle se servit de terre glaise, sur laquelle elle fixa les morceaux, comme l’aurait fait un archéologue reconstituant une amphore romaine. Elle comblait les vides. Chaque morceau qui reprenait sa place était une petite victoire. Elle recolla ce qu’elle put recoller.
Certains éclats, rebelles, restèrent longtemps sur la table.
La tasse fut donc recollée. La colle tenait, mais quelques accidents dans le décor trahissaient la restauration. La tasse était devenue un chef d’œuvre de fragilité. Elle n’était pas moins belle, elle arborait ses fêlures. Bien sûr, il fallut proscrire les liquides brûlants. La femme avait toujours peur en la manipulant : la colle tiendrait-elle à l’usage ? la tasse serait-elle assez solide pour résister au moindre choc ? Et si… ses questions n’en finissaient pas.
Elle était rassurée en ouvrant l’étagère, la tasse y était à nouveau. Bien sûr elle ne s’en servait pas vraiment, elle la savait trop fragile. Bien sûr. Mais la tasse n’avait pas vraiment disparu, elle était encore là. En la regardant, la femme ne voyait plus vraiment les traces de réparation, les éclats manquants. Elle la voyait encore parfois, telle qu’elle était avant. Elle n’aurait pas pu se séparer de cet objet abîmé, elle ne le voulait pas. L’anse très fine et recollée, céda à nouveau. Elle ressortit la colle.
Si inutile qu’elle fût, pauvre reflet de ce qu’elle avait été, la tasse lui était chère. «J’aimerais tant que la tasse ne se soit jamais brisée, j’aimerais tant qu’elle soit comme avant… »
Elle savait que c’était, bien sûr, impossible. Alors, elle soupirait et ouvrait le tube de colle.
Tant d’objets que l’on voudrait toujours garder auprès de soi. Tant de choses que l’on voudrait réparer… de la colle, du scotch, des clous, des vis, de la soudure… On essaie tout.
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C’est si touchant !
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Bouleversante et profondément touchante… Aucune autre tasse ne sera jamais pareille. Elle porte en elle tant de souvenirs, tant de moments partagés qui resteront à jamais et qui la rendent éternelle
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Bouleversante et profondément touchante
Aucune autre tasse ne sera jamais pareille.
Elle porte en elle tant de souvenirs, tant de moments partagés qui resteront à jamais et qui la rendent éternelle.
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Bouleversante et profondément touchante…
Aucune autre tasse ne sera jamais pareille. Elle porte en elle tant de souvenirs, tant de moments partagés qui resteront à jamais et qui la rendent éternellement presente
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