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épisode 27
Au milieu d’un après-midi, Périos se présenta. Senna le reçut sous le portique, où elle tentait de prendre un peu le frais. Périos, après les salutations d’usage, lui proposa d’aller inspecter le champ de plantes tinctoriales.
« C’est un peu loin, j’ai fait seller deux chevaux. » précisa-t-il.
Senna hésita un instant. Périos prenait rarement une telle initiative. C’était comme s’il avait anticipé une réponse positive de Senna. Elle fut tentée de refuser, elle redoutait de ne pas se tenir, seule en sa présence. Puis elle hocha la tête, ne pouvant résister. Elle dit simplement :
« Laisse moi dix minutes, il faut que je me change. Va m’attendre près de l’écurie. »
Il ne lui en fallut que cinq. Chaussée de bottes, vêtue d’un pantalon, d’une courte cape, elle courut presque pour le rejoindre.
Il l’aida à monter en selle, puis ils prirent le chemin des champs du sud.
L’air était tiède maintenant, le silence n’était troublé que par le bruit des sabots des chevaux qui allaient au trot.
Le chemin qu’ils avaient emprunté était bordé de haies désordonnées. Une buse, dérangée, prit son envol et s’éleva en cercles lents au dessus d’eux. Ils mirent les chevaux au pas.
Senna désigna un arbre mort.
« On pourrait récupérer du bois pour l’hiver. » remarqua Senna
Périos acquiesça, un sourire discret sur les lèvres.
Ils longèrent un muret de pierres écroulé, franchirent un ruisseau à sec. Enfin ils arrivèrent en vue du premier champ. Périos sauta de son cheval, pour aider Senna à descendre de sa monture.
Elle se laissa glisser lentement dos au flanc du cheval. Elle se retrouva dans les bras de Périos qui la retint contre son torse plus de temps, lui sembla-t-il , qu’il n’était nécessaire. Ils se regardèrent quelques secondes. Elle se sentit rougir, bredouilla un « merci », fit quelque pas, puis lui tourna le dos, faisant semblant de s’absorber dans la contemplation du champ.

Ils se tenaient cote à côte. Leurs épaules à nouveau se frôlèrent. Senna fit immédiatement un pas de côté. Elle ne sentait pas capable de rester maîtresse d’elle-même. Les efforts qu’elle avait déployés au cours des mois derniers semblaient avoir été inutiles.
Périos, à côté d’elle, paraissait absorbé par l’état des cultures :
« Elles manquent un peu d’eau mais, avec un ou deux jours de pluie, cela devrait passer »
Il regarda son profil puis détourna les yeux.
Ils remontèrent à cheval, tournèrent bride et prirent le chemin du retour.
Ils atteignirent une butte légère. De là, le domaine était visible, à demi mangé par les ombres.
Senna arrêta sa monture.
« Ça semble si simple, vu d’ici… » murmura-t-elle.
Périos tourna la tête un instant vers elle, mais ne dit rien.
Ils restèrent ainsi un moment, à regarder sans voir, tandis que le soleil s’effilochait derrière les nuages.