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épisode 25
Le soleil s’était levé, lavant les murs à la lumière douce d’un printemps encore frais. La cour bruissait de voix basses et de bruits de ferraille.
Senna, debout près du puits, écoutait les doléances de deux asservs chargés des vergers. Un arbre malade menaçait de se déraciner. Elle hochait la tête, promettait de faire venir Antiek pour juger de l’abattage.
Tout semblait normal, rien d’inhabituel. Mais ses gestes, ses mots, lui semblaient à peine réels.
Par moment, elle avait l’impression de tenir un rôle dans une pièce, de n’être qu’un personnage, une actrice qui endossait chaque matin le rôle d’une maîtresse de domaine.
Un sentiment d’irréalité. Comme si elle était dédoublée.
Plus loin, près de la remise, Périos dirigeait quelques ouvriers pour consolider un mur écroulé par les dernières pluies. Senna l’observa. Sa silhouette, son pas régulier, son calme apparent. Rien n’avait changé, et pourtant, tout était étrangement plus fragile.Elle s’avança vers lui, tenant son étole sur ses épaules contre le vent.
« Comment avance le mur ? »
Périos se tourna vers elle. Il lui sourit, brièvement, et ce sourire lui transperça le cœur.
« Bien, Dame Senna. Nous renforçons les fondations. Il tiendra longtemps cette fois. »
Elle hocha la tête, plus lentement qu’à l’accoutumée.
Le vent fit claquer une porte au loin. Une bourrasque fit voler un pan de son étole. Elle regarda le domaine à travers la poussière élevée par le vent et le maniements des pioches.
Dans un mois tout changerait. Rien ne serait plus pareil. Peut-être.
Elle frôla Périos du regard, sans chercher ses yeux, et retourna vers la maison, le pas mesuré.
Il fallait qu’elle s’éloigne. Qu’elle se mette à l’abri pour, juste un moment, abandonner son rôle.