- La reine du monde
Je ne suis plus la reine du monde : je peux toucher de mes bras étendus, les bornes du domaine.
J’arpente, en deux pas carrés, l’espace qui me reste.
Je ne suis plus la reine du monde : mes pouvoirs sont dissous, ma garde dispersée.
Ma couronne est tombée et a roulé dans l’herbe.
Je règne désormais sur un lopin restreint, un monde minuscule.
Je compte mes pas, modère mes mouvements,
me plie, me courbe. J’ai appris la mesure.
2. Aridité
Froid.
Ombre.
Manque d’eau.
Terre comptée et caillouteuse.
Sol appauvri, stérile.
Fragile, étiolée, elle résiste
jusqu’au prochain gel.
3. Printemps
Je coupe mes propres rameaux.
Je taille et je casse.
Je rabats.
J’écrase mes propres bourgeons.
Je sacrifie les fleurs futures, pour ne pas les voir faner.
Si le printemps n’existe pas, je ne le saurai pas.
4. Faucille
Quand, quoi, jusqu’à quand, pendant combien de temps, pourquoi, pour quoi ?
Je collectionne les points d’interrogation…
Faucilles qui tranchent par poignées une moisson de mot inutiles. Maux inutiles.
Points d’interrogation : boomerangs pointés qui me renvoient mes propres questions.
Points d’interrogation, exclamations qui se courbent, s’inclinent, se voûtent, adoptent profil bas.
Points d’interrogation
Point d’interrogations.
« S » qui vole, glisse, d’un mot à l’autre, et referme la bouche.
- Fermée.
Close.
Fenêtres aveugles.
Ses remparts résistent encore à l’assaillant qui depuis longtemps,
a fui.
Au donjon, plus d’oriflamme.
Ruines vides.
Et dehors, nulle âme.
6. sixième
Recroquevillée,
fendue,
brisée,
dévastée,
aride,
gelée,
vide,
comme morte,
mais vivante.
Abandonnée des mots devenus creux.
Poème puissant qui prend aux tripes
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