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épisode 22

Le matin était venu, pâle et silencieux. Senna n’avait pas quitté son lit. Alertée, Valia avait doucement frappé à la porte. Senna n’avait pas répondu. Valia était revenue plusieurs fois.
N’y tenant plus, elle avait entr’ouvert la porte et glissé la tête dans l’entrebâillement.
Le soleil maintenant haut, s’infiltrait à travers le rideau. Dans la semi obscurité, Senna lui avait fait signe d’entrer.
Valia s’était adressé à elle sur d’un ton inquiet :
« Tu es malade, ma colombe ? » s’était-elle enquise, posant sa main sur le front de Senna.
Senna lui répondit par un demi-mensonge :
« Je ne me sens pas bien. » avait-elle dit dans un souffle.
Ses paupières étaient gonflées, d’avoir versé trop de larmes une partie de la nuit. Elle était exténuée mais incapable de trouver le sommeil. Elle ne savait même plus ce qu’elle ressentait. Ce qui s’était passé la veille lui semblait irréel.
La vieille femme avait hoché la tête sans insister. Elle avait remonté le drap, était sortie, l’air soucieux, puis était revenue portant un plateau chargé de quelques fruits, d’un gobelet et d’un pot d’eau fraîche. Elle tenait serré sous son bras, un linge propre qu’elle posa. Puis elle était partie.
Senna restait là, immobile sous la couverture, les yeux dans le vague, secouée par un sanglot parfois.
Elle glissa dans le sommeil.
En fin d’après-midi Périos s’était présenté et avait demandé à être reçu.
Valia l’avait éconduit.
« La maîtresse est souffrante. Elle dort. »
Périos n’avait pas dit un mot, avait tourné les talons et était ressorti.
Le lendemain, Périos s’était à nouveau présenté.
Valia était venue jusqu’à la chambre.
« Périos est là. Il demande à être reçu.
Senna avait fermé les yeux.
– Non. »
Le même rituel s’était répété. Trois jours, quatre jours.
Chaque matin, Périos venait. Chaque matin, Senna refusait de le recevoir.
Toute la maison semblait murée dans le silence, on s’y déplaçait silencieusement, on n’y parlait pas.
Belbo ne savait plus quoi faire et rongeait son frein, inquiet et attristé.
Senna ne sortait plus. Le rideau de sa chambre restait tiré.
Elle restait allongée, roulée sur elle-même, incapable de penser. Ce n’était pas de la colère. C’était une douleur sourde, opaque. Elle essayait de comprendre.
Pourquoi ? Qu’avait-elle mal fait ?
Elle se souvenait de ses mains sur elle. De ses yeux.
Elle ne comprenait pas.
Le cinquième jour, elle se leva.
Son reflet dans la bassine d’eau lui renvoya l’image d’un visage défait, yeux cernés. Elle frissonna.
Elle alla se couler dans l’eau chaude du bassin de la salle des bains, l’esprit vide. Elle se vêtit lentement : une robe simple et une étole sur les épaules, par habitude.
Puis l’évidence s’imposa.
Elle ne pouvait continuer à fuir. Elle devait faire face. Elle était la maîtresse du domaine. Elle avait commencé à y construire quelque chose et ne voulait pas y renoncer. Il fallait qu’elle fasse front.
Quand Périos s’était présenté à nouveau, Valia avait traversé le vestibule sans un mot, avait frappé à la porte de sa chambre.
Cette fois, Senna avait redressé la tête.
« Dis-lui que je le recevrai. »
Senna passa dans son bureau…