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épisode 20

Senna attendait et n’en pouvait plus d’attendre. Son esprit tel un oiseau affolé voletant dans une cage trop étroite, se heurtait chaque jour aux même espoirs déçus. En présence de Périos, elle s’illuminait, guettant ses regards, ses sourires, le moindre de ses mots. Elle attendait. Elle était volubile, joyeuse, et plongeait chaque fois qu’elle le pouvait ses yeux dans les siens.
Elle en était venue à inventer des prétextes futiles pour le rencontrer, pour croiser son chemin.
Mais Périos gardait la même attitude, souriant mais un peu raide, respectueux, attentif, toujours. Périos restait désespérément à sa place et elle n’en pouvait plus.
Elle interprétait tous ses gestes, tous ses regards, imaginant un nouveau stratagème dès qu’il quittait son bureau. Un nouveau stratagème pour l’inciter à…
Senna secoua la tête. Où en était-elle rendue ! Elle se trouvait pitoyable, et devait se reprendre, songea-t-elle. Puis son esprit recommençait à voleter.
Valia bien sûr avait remarqué son humeur changeante, le malaise diffus qui s’emparait d’elle parfois, son visage qui se marquait de déception en certaines occasions.
Lorsque Senna était assise, la nourrice se glissait parfois derrière elle, passait un bras autour de ses épaules, lui caressait les cheveux et tentait de la réconforter.
Un sanglot alors la secouait que Senna réprimait immédiatement.
« Ce n’est rien Valia. Je t’assure. Je vais bien. »
Tout son corps disait le contraire et Valia regagnait la cuisine, tête basse.
Un jour, Valia lui glissa sans qu’elle eût rien demandé :
« Périos ne peut pas faire ce que tu attends de lui. Il n’est pas libre, il ne peut pas sortir de la place que le sort lui a attribué. »
Mais elle ? Pouvait-elle sortir de sa place ? Oserait-elle ?
Elle tourna la question dans sa tête toute la journée, passant d’une réponse à l’autre, prenant une décision, puis décidant du contraire la seconde suivante.
Enfin, comme sur un coup de dés, elle décida.
Elle enjamba la fenêtre. Déjà Belbo avait dû tirer son matelas devant la porte de sa chambre. Elle ne portait que sa chemise de nuit, sur laquelle elle avait passé une longue cape.
Il faisait nuit noire. Seule la lumière qui filtrait à travers le rideau de la remise la guidait. Elle avançait sans bruit. Elle parcourut les quelques pas qui l’en séparaient encore, ôta ses sandales, elle souleva le rideau et entra.
Périos se dressa sur son lit. « Dame Senna ? Mais qu’est ce que tu.. »
Elle posa ses sandales qu’elle tenait à la main sur le tabouret. Puis laissa glisser sa cape, et enfin sa chemise. Périos interdit n’émit qu’une faible exclamation de surprise. Elle était nue.
En quatre pas elle fut sur lui qui était à demi allongé, prenant son visage entre ses mains. Elle l’embrassa. Périos décontenancé, hésitait. Il partagea enfin son baiser. Elle l’embrassa encore comme si elle voulait empêcher Périos de parler. Elle ne réfléchissait plus et elle ne voulait pas qu’il ait le temps de réfléchir. Elle s’assit sur le bord du lit. Elle l’embrassa encore, elle sentit qu’il avait renoncé, qu’il cédait. Elle glissa une main sous le drap, lui caressant maintenant le torse. Périos ferma brièvement les yeux, tenta d’arrêter sa main, qu’elle repoussa fermement. Elle l’embrassait toujours. Elle se glissa dans le lit.
Puis enfin, elle sentit les mains de Périos sur ses flancs. Elle eut un imperceptible soupir de soulagement. Elle plongea son regard dans le sien. Puis sa main glissa plus bas. Périos arrêta sa main. Il la fit doucement basculer sur le dos, et prit l’initiative cette fois de l’embrasser. Un baiser profond, viril et tendre, un baiser d’homme qui désire. Senna exultait. Elle prit à nouveau le visage de Périos entre les mains et le regarda avec intensité. Périos souriait.
La bouche de Périos quitta sa bouche, il embrassait son cou, sa gorge, ses seins, il embrassait ses épaules, son ventre. Senna gémissait d’impatience. Elle lui caressait les cheveux, sa main appuyant plus fort sur sa tête, à mesure que sa bouche se rapprochait de son sexe. Elle cria de surprise, elle cria de plaisir. Puis le retint. Elle replia une jambe, pour le ramener sur elle. Elle voulait qu’il la pénètre. Là, tout de suite, maintenant. Elle en avait besoin, elle le voulait plus que tout. Ses jambes accentuèrent leur pression autour du bassin de Périos. Elle le désirait tant qu’elle n’aurait pu attendre une seconde plus.
Et alors il la prit. Il s’enfonça en elle dans un grognement rauque. Senna gémit, resserra son étreinte. Il s’arrêta et plongea son regard dans le sien. Rassuré, il commença à bouger en elle, lentement, les mâchoires serrées, attentif. Senna fermait les yeux concentrée sur le plaisir qu’il lui procurait. Elle gémissait, son corps était tendu, elle se cambrait pour l’accueillir encore plus profondément, les aller et venues de Périos étaient de plus en plus amples. Et soudain, il sentit qu’elle jouissait. Il contempla un instant ce miracle.
Puis à regret se retira.
Senna ouvrit les yeux et se dressa à demi sur le lit. Elle ne comprenait pas. Périos, assis sur le bord du lit, lui tournait le dos. Déjà, il enfilait son pantalon.
« Je ne peux pas… je ne peux pas et je ne veux pas… » dit-il accablé.
« Dame Senna… Il vaut mieux que tu rentres chez toi. »
Senna lui frappa le dos de ses poing à plusieurs reprises. Remise de sa surprise, elle sanglotait maintenant sans comprendre.
Puis elle sauta hors du lit, ramassa ses vêtements, s’enroula dans la cape, saisit ses sandales et passa le rideau.