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épisode 34
Le soleil était déjà haut quand quatre cavaliers parurent à la lisière du domaine. Ils s’arrêtèrent à bonne distance des bâtiments, près de la haie de genévriers qui bordait la piste. Une charrette les suivait, haute et bâchée, tirée par deux mules au pas lent. Sur le siège, un jeune garçon tenait les rênes. Les mules de la charrette s’immobilisèrent.
Les trois cavaliers restés en arrière attendaient.
Un des cavaliers remit son cheval au pas et se détacha du groupe. Les trois cavaliers restés en arrière attendaient. Il parcourut encore quelques centaines de mètres puis mit pied à terre sans hâte. Déjà, Belbo, alerté, courait vers lui glaive en main. Un murmure parcourut la cour. Les asservs les plus proches s’armèrent aussi, saisissant fourches et pics.
On vit Belbo ralentir puis s’arrêter net à trois pas de l’homme, puis rengainer son glaive. Il resta deux secondes les bras ballants, puis il s’avança vivement et lui donna l’accolade. Les deux hommes se remirent en marche vers la maison.
L’arrivant portait une courte tunique à motifs tissés, sur un pantalon brun et une longue cape brune aux broderies fines. Le vêtement était retenu par une chaîne et deux fibules. À sa ceinture pendait un rouleau de cuir roulé. Ses cheveux balayaient ses épaules.
Antiek arriva à son tour, une fourche encore en main. Il s’immobilisa, abaissa l’outil et resta muet.
Valia parut au seuil, tenant un linge de cuisine. Son visage se figea. Elle porta une main à sa poitrine, puis descendit lentement les marches, les yeux brillants.
Ce fut elle qui cria son nom.
« Périos ! » Son cri était un mélange de joie et de surprise.
Elle se précipita. Périos lui ouvrit les bras, riant presque. Les mains de Valia tâtaient les bras de Périos, comme si elle voulait vérifier qu’il était bien là, que c’était bien lui.
« Paix sur cette maison, dit Périos.
– Paix à toi aussi, répondit Valia après un instant. C’est bien toi, alors… »
Mais elle ne termina pas sa phrase, saisie d’émotion, elle pleurait. Elle cachait son visage dans le pan de son tablier.
Antiek le salua lui aussi et lui donna l’accolade.
« Nous espérions ton retour. » glissa-t-il à mi-voix. Ses yeux brillaient et un large sourire fendait son visage.
Merek prévenu, arriva enfin. Il s’arrêta à quelques pas, observa Périos longuement, puis s’avança et le salua avec un plaisir visible.
Comme s’il savait que Périos n’avait qu’une question en tête, il le devança et lui murmura :
« Elle n’est pas ici, dit-il. Elle inspecte les semis du champ de l’Est. On peut envoyer quelqu’un. Allons dans la maison pour l’attendre.
– J’attendrai qu’elle m’y invite, répondit Périos »
En disant cela son visage se couvrit, tout à tour, d’une expression d’espoir, puis de doute.
Secouant la tête il demanda :
« Puis je faire rentrer mon escorte et la charrette ? Les hommes sont exténués…les chevaux aussi, quant aux mules… »
Merek donna immédiatement des ordres.
Un jeune asserv fut envoyé vers le champ de l’Est. On le vit partir en courant par la sente bordée de murets. Pendant ce temps, Merek et Périos parlèrent peu. Quelques phrases échangées sur la route, le voyage, les bêtes. Le ton était calme, posé. Merek lui parlait du domaine mais Périos était distrait, ses yeux ne cessaient de scruter la sente.
Enfin, Senna apparut au loin. Elle avançait vite, sa cape soulevée par le vent. Elle ralentit en approchant, croisa les regards fixés sur elle, redressa la tête. Son cœur cognait si fort qu’elle avait l’impression qu’on l’entendait.
Périos ne bougea pas. Il attendit.
Pas de cris, pas d’exclamations, Senna apparut calme et posée mais elle se sentait prête à défaillir. Lorsqu’elle fut à quelques pas, Périos s’inclina profondément.
« Dame Senna… » dit-il simplement.
Alors, seulement, il leva les yeux vers elle.