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La chambre était chaude, la lumière vacillante dessinait des ombres mouvantes sur les murs. Senna avait tout préparé, sans vraiment y penser, comme on range sans réfléchir avant de tomber dans le vide.
Lorsqu’il entra, elle était debout près de la fenêtre entrouverte. Le vent soulevait à peine le tissu de sa robe. Ils se regardèrent sans rien dire. Le silence entre eux était chargé d’un poids ancien, de mois d’attente, de privations, de regards retenus, de nuits solitaires.
Elle s’approcha, posa les mains sur sa tunique. Il se laissa faire. Les doigts de Senna frôlèrent sa peau avec une lenteur presque douloureuse. Elle dénoua, tira, défit. Le torse apparut, sculpté par le travail, les muscles fins, les cicatrices, les veines saillantes sur les bras. Il la regardait, sans oser encore la toucher.
Quand elle leva les bras, il l’aida à retirer sa robe. Celle-ci glissa le long de ses hanches, tomba à ses pieds. Elle ne portait rien en dessous. Sa peau était claire, traversée par des frissons, marquée de cette cicatrice qu’il avait entrevue, et qu’il frôla du bout des doigts sans un mot.
Il l’attira à lui, et leurs bouches se trouvèrent. Ce baiser-là n’avait rien de sage. Il était une délivrance. Elle l’agrippa comme pour s’y accrocher. Il murmura son nom, et elle le mordit doucement, juste en dessous de la mâchoire.
Ils tombèrent ensemble sur le lit, sans grâce, emportés par l’urgence. Les mains cherchaient, touchaient, palpaient, caressaient. Les bouches dévoraient. Il l’embrassa entre les seins, sur le ventre, entre les cuisses. Elle gémit, d’abord doucement, puis sans retenue. Ses mains s’agrippèrent aux draps, à ses cheveux, à ses épaules.
Quand il entra en elle, lentement, elle se cambra, le souffle coupé. Il la regardait droit dans les yeux, et elle n’eut pas la force de soutenir ce regard trop plein. Elle ferma les paupières, bascula la tête, se laissa envahir.
Il bougeait en elle avec une douceur rythmée, une maîtrise née de la tendresse. Elle leva les hanches pour l’accueillir plus loin. Ils gémissaient ensemble maintenant, haletants, accordés. Il accéléra. Elle l’enserra de ses jambes. Le choc de leurs corps emplissait la pièce d’une musique ancienne.
Lorsqu’elle atteignit l’orgasme, ce fut comme une vague violente, un cri étranglé, un sanglot mêlé de rire. Il la suivit peu après, le corps secoué, crispé contre elle, ses mains agrippées à ses épaules.
Puis ils restèrent là, l’un contre l’autre, en sueur, leurs jambes entremêlées, incapables de parler. Il la serra contre lui, la caressa sans mot, du bout des doigts, comme pour s’assurer qu’elle était bien là.
Et dans ce silence, elle chuchota : « Je t’attendais. »
Ils étaient restés allongés, l’un contre l’autre, à écouter leurs souffles ralentir. La sueur avait séché sur leurs corps emmêlés, et la fraîcheur revenue faisait frissonner la peau de Senna.
Il la caressait encore, distraitement, du bout des doigts -ses clavicules, la courbe de ses hanches, la ligne creuse de son ventre. Il dessinait sur elle comme sur un vélin précieux, avec une lenteur méditative.
Elle tourna la tête vers lui. Ses cheveux collaient à ses tempes. Elle murmura quelque chose, dans un souffle à peine audible, mi-moqueuse, mi-sérieuse. Il n’entendit pas, mais comprit.
Il sourit. Et déjà ses lèvres s’étaient posées sur son épaule, puis sa gorge. Il l’embrassait autrement. Plus lentement, plus profondément. Moins de feu, plus de miel.
Cette fois, il prit son temps. Il la redécouvrit centimètre par centimètre. La fermeté de ses seins, les creux derrière ses genoux, l’angle de ses hanches, tout fut goûté comme un fruit mûr. Elle riait parfois, surprise d’être si sensible. Il la rendait rieuse, vivante.
Il la fit rouler sur lui, l’accueillit en la tenant par la taille. Elle se laissa guider. Ses cuisses l’enveloppèrent. Elle bougea sur lui avec une lenteur étudiée. Il la regardait faire, les yeux embués de plaisir.
Le plaisir monta autrement. En nappes, en cercles. Elle se pliait à ses gestes, il répondait à ses rythmes. Ils étaient plus bavards cette fois, murmurant des mots courts, frôlant le rire parfois. Le plaisir monta et elle cessa tout mouvement, puis reprit, plus lentement encore.
Quand il jouit à son tour, ce fut plus long, plus dense. Il s’agrippa à ses hanches, enfouit son visage contre sa poitrine, et ne bougea plus.
Elle resta là, le corps posé contre le sien, la joue sur son épaule, en silence. Elle se dit qu’elle n’avait jamais été aussi paisible.
Et comme il la caressait encore, elle se redressa en souriant : « Tu ne dors pas ? »
Il secoua la tête.
« J’ai peur d’oublier… » Elle le regarda, émue.
Elle se réveilla en plein milieu de la nuit. La lampe à huile brûlait encore. Elle ne savait plus trop quand elle s’était endormie, elle tourna la tête vers lui qui s’abandonnait au sommeil. Le drap avait glissé et ne le couvrait plus. Elle regarda son visage apaisé, détailla ses quelques rides. Du regard, elle caressa son torse qui se soulevait en un mouvement lent, les muscles de son ventre. Elle contemplait cet homme qu’elle avait tant désiré. Puis elle tendit la main et effleura son sexe, du revers de l’index. Un frémissement, puis un autre. Sa verge se tendit alors qu’il dormait encore. Elle rit doucement et il ouvrit un œil. Il émit un petit grognement d’aise.
Puis éclata d’un rire franc.
«Tu es… Tu es… »
