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épisode 18
Ils étaient penchés sur le bureau, les épaules presque jointes. Le plan du nouveau dortoir féminin occupait la moitié du massif plateau de bois. À côté, une esquisse plus sommaire de la remise contiguë, destinée à être transformée en logement pour Périos.
« Il faudra déplacer l’écoulement, dit-il. Sinon, l’humidité s’infiltrera dès la première saison.
Senna opina. Elle suivait du doigt une ligne sur l’esquisse.
– Et si on ouvrait une petite fenêtre côté potager ? Il y aurait de la lumière dès le matin.
Il réfléchit, puis acquiesça.
– C’est possible. Mais pour tout ça, et il désigna les plans sur le bureau, il faudra refaire des briquettes. Le stock actuel ne couvrira pas les deux chantiers.
Elle hocha la tête. Un silence.
– Et la remise, vous pourrez la réaménager facilement ?
Il leva les yeux vers elle.
– Oui. Si on la surélève un peu et si l’on refait une charpente. Cela sera plus solide. Mais je me demande si cela en vaut vraiment la peine. Je pourrais rester dans le dortoir collectif. »
Il se tut.
Senna dit d’un ton insistant qui ne souffrait aucune réplique :
« Je veux que tu aies un espace à toi. Tu le mérites bien. »
Périos ne répliqua donc pas.
La semaine précédente, elle était entrée pour la première fois dans le dortoir des hommes.
Les asservs étaient tous au travail, Périos et Belbo l’accompagnaient. Le bâtiment pouvait abriter trente hommes. Un couloir central partageait le dortoir. De part et d’autre, des stalles à mi-hauteur délimitaient un espace où il y avait à peine la place pour deux châlits.
Senna avait arpenté le couloir, jetant un regard consterné, presque honteux, en découvrant les lieux.
Elle avait porté la main devant sa bouche et murmuré affligée : « Comment peut-on… Comment ai-je pu ne pas m’inquiéter des hommes qui dorment là… »
Périos discutant avec Belbo, était resté en arrière, et ne l’avait pas entendue.
Ce n’est qu’en ressortant qu’il avait perçu son trouble.
Elle était revenue à la villa, la démarche droite et raide, elle n’avait pas prononcé une parole. Ce ne fut qu’une fois arrivée dans sa chambre qu’elle laissa fuser ses sanglots.
Le chantier avait commencé deux jours plus tard. On creusait des tranchées à l’arrière du grand bâtiment. Le sol, encore meuble des pluies récentes, s’ouvrait sans résistance.
Les asservs enchaînaient les allers-retours entre la rivière, où l’on prélevait l’argile et la grange où les moules étaient disposés, alignés sur de tréteaux. Une autre équipe les transportait dans le four qui fonctionnait nuit et jour depuis une semaine. Les nouvelles briquettes s’entassaient dehors, par centaines, déjà. Le soleil revenu après la période de pluie leur facilitait la tâche.
Senna observait. Elle ne disait rien. Elle notait les gestes, les rythmes, les mots brefs échangés.
Périos circulait entre les équipes, indiquant parfois une correction de geste, un alignement à revoir, une charge mal répartie.
Belbo, les bras croisés, se tenait un peu à l’écart. Il n’aimait pas que Périos donne des ordres. Mais il ne disait rien. Valia lui avait parlé.
Périos était partout, passant d’un groupe à l’autre, aidant ceux qui en avaient le plus besoin. Senna le regardait faire.
Un groupe montait une charpente. Le linteau de la porte avait été changé, une petite fenêtre avait été ménagée côté potager. Surélevée, percée de lumière, la remise allait devenir un logement acceptable.

Un mois plus tard, le logis de Périos était achevé, le dortoir des femmes en bonne voie de l’être. Senna pensait déjà à la nécessité de construire un second dortoir pour les hommes. Elle ne pouvait accepter de les contraindre à une telle promiscuité. A la fin de l’hiver prochain, elle demanderait à Périos d’engager les travaux. Il faudrait lui en parler.
Elle se demanda ce qu’il pouvait penser d’elle. Elle, avec toutes ses initiatives, ses idées d’améliorations, ses plans concernant de nouvelles cultures…Elle nota qu’il faudrait se renseigner sur les métiers à tisser, sur le travail de la laine.
Elle ferma le registre de comptes. Certes, les bénéfices dégagés à l’automne étaient conséquents, mais il fallait garder à l’esprit qu’il n’en allait pas de même chaque année. Une année de mauvaises récoltes et…Elle chassa cette idée.
Il y avait toujours la possibilité d’engager les sommes propres dont elle disposait grâce au « loyer » que lui versaient les frère Virek. Celles-ci ne servait qu’à son usage personnel. A entretenir sa propre maisonnée.
Elle versait chaque mois une petite somme à ses trois affranchis, ils pouvaient ainsi acquérir de menus objets, ou se constituer une réserve pour en acheter de plus importants. Belbo s’était ainsi acheté des bottes presque aussi belles que celles de Palen, qu’il arborait avec fierté en toutes circonstances. Valia, elle, s’achetait des robes, des tuniques, quelques colifichets, ou faisait des cadeaux à Antiek.
Senna sourit. Elle, elle ne s’achetait rien. Elle n’en ressentait pas le besoin.
Coucou Christine comment vas tu avec cette cagnasse..ici ça va nous sommes dans le pays Basque depuis 1 semaine c’est sympa mais il fait beaucoup trop chaud le mobil home c’est comme une boîte à conserve. La plage impossible donc c’est plutôt la montagne qui est d’ailleurs fort belle, je te dis à la semaine prochaine bisous
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