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épisode 15
Après sa collation matinale, Palen avait fait part de son envie de rencontrer l’intendant. Simple curiosité, avait-il ajouté. Senna s’y attendait. Elle se doutait bien que Palen ne résisterait pas au plaisir d’en remontrer à Périos.
« Comment s’appelle-t-il déjà ?
– Périos…
-Ah oui… Périos, j’avais oublié. »
Elle avisa Antiek et lui fit signe d’approcher, puis lui glissa quelques mots à l’oreille.
Il sortit immédiatement pour aller prévenir l’intendant.
Une bourrasque de pluie et de vent s’engouffra par la porte. Il y avait maintenant de l’orage, le tonnerre roulait dans le ciel devenu noir. De temps en temps, un éclair illuminait le ciel. On entendait le bruit de l’eau débordant des gouttières. Antiek referma derrière lui.
« Eh bien, le temps ne s’arrange pas ! » dit Senna qui tentait de meubler le silence.
Palen s’était assis sur un des fauteuils du salon. Il attendait. Il souriait, mais le balancement nerveux de sa jambe croisée trahissait son impatience… Senna, à sa demande, lui avait fourni de quoi écrire.
« Que désires-tu savoir, Palen ? lui demanda-t-elle.
– Simple curiosité d’administrateur, Senna. Les intendants sont tous des filous, je les connais bien, ils truquent les comptes. Il faut se méfier d’eux, et de temps en temps les ramener à la réalité. Il faut qu’ils sachent bien qui est le maître et qu’on est pas dupe. » affirma-t-il d’un ton assuré.
Senna frissonna. Elle ressentait les paroles de Palen comme une intrusion insupportable dans son univers. De quoi se mêlait-il ? Il outrepassait ses droits, même s’il venait en émissaire de ses frères.
« Et puis, je veux lui suggérer quelques idées, quelques améliorations. Ces gens-là ne sont d’aucune initiative. Tu es d’accord avec moi ?
– C’est à dire, commença Senna prudemment, que je n’y connais pas grand-chose. Je suis bien incapable de juger, mais il me semblait cependant que… »
Il lui coupa la parole.
« Gérer un domaine ne s’improvise pas. Tu fais de ton mieux, mais ce n’est pas le genre de choses qu’une femme peut faire seule. Imagine ce que tu pourrais faire avec l’appui de quelqu’un d’autre, un frère ou… un mari. »
Senna avait envie de crier rage et mépris. Au lieu de cela, prenant sur elle, elle lui adressa un sourire et ajouta :
« Je te suis très reconnaissante de tes recommandations. Je vais y songer. »
Il n’y avait pas la moindre trace d’ironie dans sa voix. Au contraire tout son attitude montrait qu’elle avait pris conscience de sa faiblesse.
Palen ajouta :
« Une femme seule n’est forte qu’en apparence. Tu le sais, n’est-ce pas ? »
La porte s’ouvrit, Antiek entra et annonça :
« Périos aidait les hommes à curer les fossés. Il arrive. »
