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épisode 14
Le lendemain, tout avait été préparé : Senna portait une tunique foncée brodée de discrètes coutures claires. Ses cheveux, encore courts, étaient tirés en arrière en un simulacre de chignon, elle les avait couverts d’un pudique mais élégant voile assorti à sa tenue.
Un bijou mince pendait au lobe de son oreille, des bracelets tintaient à ses poignets.
Périos passa rapidement. Il eut, quand il la vit, un moment de surprise. Il haussa simplement un sourcil. Il se reprit vite et s’inclina profondément, plus bas qu’à l’ordinaire. Il ne dit rien. Il avait compris.
La maison avait été nettoyée, les lampes polies, les sols étaient briqués. La pluie redoublait, un véritable mur d’eau.
Le cousin arriva à la troisième heure après midi, en litière, une charrette le suivait. Il descendit prestement. Il était beau, évidemment. Brun, élancé, les traits fins, les mains impeccables. Il portait une tunique de laine fine, rehaussée d’un galon d’or pâle qui s’accordait parfaitement avec son pantalon.
Il détrempa le cuir fauve de ses bottes, dans les flaques de boue qu’il ne pouvait enjamber, pour rejoindre le seuil de la maison dans laquelle il s’engouffra.
Deux jeunes domestiques l’aidaient, chargés de malles et de caisses légères : ses affaires personnelles et bien sûr les nombreux cadeaux qu’il ne manquerait pas d’offrir à son hôtesse.
Senna l’accueillit.
« Cher cousin, j’espère que le voyage n’a pas été trop éprouvant…
– Ma chère cousine ! Quelle joie de te revoir, même si arriver jusqu’ici a relevé parfois de l’exploit ! »
Il s’empara de sa main qu’il porta à ses lèvres un peu trop longuement. Il sentait le musc et le linge parfumé.
– Le voyage a été abominable… atroce. Vos chemins sont d’un autre âge.Toute cette pluie, toute cette boue… J’ai failli cent fois renoncer, mais la perspective de te voir à nouveau a été la plus forte. »
Senna sourit brièvement. Elle n’avait pas envie de parler, mais les règles de la politesse lui imposaient de prononcer des paroles de bienvenue..
Elle s’enquit de sa santé, de celle de ses frères tout en l’entraînant vers le salon.
Le soir même, un dîner leur fut servi dans la salle intérieure. Valia avait fait des merveilles. Une suite de plats raffinés dignes des meilleures tables de Ronca fut posée sur la table. Antiek veillait à ce que les coupes ne soient jamais vides.
Palen parla beaucoup : des réceptions de Ronca, des dernières pièces vues au théâtre, d’un cheval superbe qu’il pensait acquérir.
Senna l’écoutait poliment, hochant la tête, posant parfois une question.
Changeant de sujet, Palen demanda :
« Et ton intendant, en es-tu satisfaite ? Certes, Lysna est un petit domaine, mais j’ai entendu dire que cette année, les revenus avaient été conséquents.
– Tu le rencontreras demain, il pourra mieux que moi, te renseigner à ce sujet. Je ne suis pas très au fait des contingences… agricoles… »
Elle appuya son trait d’humour d’un petit rire gêné.
« Tu sais, il continue à gérer le domaine, et ne me demande mon avis que pour la forme. Je t’avouerai que je n’y comprends pas grand-chose. Tu pourras visiter le domaine avec lui, si tu le désires. Il sera à ta disposition. »
Senna eut à nouveau un petit rire complice. Un rire futile de femme coquette et délicate.
« Quant à moi, je ne vous accompagnerai pas, j’avoue que toute cette pluie et cette boue me découragent. » ajouta Senna.
Insensiblement, la discussion s’étiola.
« Laisse Belbo te raccompagner jusqu’à ta chambre. Prends un peu de repos après cet épuisant voyage.» Ils se saluèrent en se souhaitant une bonne nuit.
Senna le regarda disparaître derrière Belbo. Elle eut alors un soupir de soulagement.