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épisode 13
Un homme à cheval franchit les limites du domaine, bravant la pluie et la boue. Ce ne pouvait être qu’un asserv. L’homme demanda à entrer : il était porteur d’un message pour la maîtresse des lieux. Belbo, toujours méfiant, jaugea le nouveau venu et l’escorta, vigilant, jusqu’à Senna. Il ne quittait pas l’homme d’une semelle.
Mis en présence de Senna, l’asserv mit immédiatement un genou à terre, baissa la tête : « Maîtresse, je t’apporte un message », il présenta des deux mains le petit rouleau.
Senna envoya l’homme à la cuisine où il pourrait se sécher un peu et elle demanda à Valia de lui réchauffer de la soupe.
Sans perdre de temps, Senna brisa le sceau de la missive et en prit immédiatement connaissance.
« Votre cousin Palen Kalior vous informe de sa venue prochaine… » s’ensuivaient les formules de politesse habituelles.
Elle se rendit à la cuisine et interrogea l’asserv.
« Sais-tu quand ton maître arrive exactement ?
– Nous étions à deux jours de route, lorsqu’il m’a envoyé te porter le message. Je pense qu’il sera là demain après-midi ou demain soir, tout dépendra de la pluie et de l’état de la route, il vient en litière, précisa-t-il .»
Senna resta songeuse.
Belbo accompagna l’homme aux écuries. On avait nourri sa monture. Homme et animal pourraient se reposer quelques heures avant de repartir.
Senna s’assit dans le bureau pour réfléchir. Antiek y avait apporté un petit brasero plus tôt dans la journée. Néanmoins, Senna se drapa dans une cape en laine supplémentaire. Il faisait froid et humide.
Il était clair que cette visite avait été voulue par ses frères et que Palen n’en était que l’instrument.
Aucun citoyen de Ronca ne se rendait dans un domaine aussi reculé que Lysna par un temps pareil s’il n’avait une motivation. Au printemps, peut-être, mais pas au début de l’hiver.
Que pouvaient lui vouloir ses frères ?
Senna eut un claquement de langue agacé, elle se leva et se mit à marcher de long en large dans le bureau.
« Ils veulent voir si je tiens la maison… ou si je suis prête à la céder contre un mari bien choisi ? »
Palen était le prétendant idéal : séduisant, riche, et célibataire. De quoi, sans doute, plaire à une jeune veuve égarée au fin fond de la campagne, qui serait ravie de rejoindre la capitale…son luxe et ses plaisirs.
Elle réunit la maisonnée.
« Mon cousin Palen Kalior arrive demain, au soir. Je ne sais pas pour combien de temps mais il ne restera pas plus de trois ou quatre jours, je suppose qu’il aura rapidement envie de retourner à Ronca. Valia, tu prépares sa chambre, tu établis des menus qui sortent de notre ordinaire. Palen n’est pas homme à se contenter d’une soupe. Sers de la viande fumée, beaucoup de viande. Nous en avons encore ? »
Valia hocha la tête.
« Prépare-moi quelques tenues, aussi. C’est le moment de ressortir mes robes d’apparat des coffres où elles s’entassent.
S’adressant à Antiek, elle continua :
– Va trouver Périos. Mets-le au courant de la visite de mon cousin. Dis-lui que… dis-lui que nous devons en revenir au protocole des asservs. Genou à terre, prosternation. Qu’il prévienne tout le monde. »
Antiek hocha la tête sans question. Il comprenait. Il se leva.
« Ah oui, dis-lui aussi de passer me voir ce soir, il faut que je m’assure que tout est prêt avec lui. »
Antiek se couvrit et sortit de la maison.
« Belbo, tu joueras ton rôle de garde du corps habituel. Si nous sortons, tu nous accompagnes partout. Et si Palen te pose des questions, réponds que tu ne sais pas. C’est compris ? » lui demanda-t-elle d’une voix affectueuse.