L’ arrivée à Lysna

( 3 mn de lecture )

épisode 6

Prévenus par le bruit de la charrette, de la mule et du cheval, Valia et Antiek avaient ouvert les deux battants de la large porte de la maison. Ils se tenaient sur le seuil.

Senna sauta de la mule, passa les rênes à Belbo, fit les quelques pas qui la séparaient de la maison.

Valia s’avança à son tour, presque cérémonieusement. Elle portait un tablier ancien, trop grand pour elle. Elle fit quelques pas vers Senna.
Elle s’arrêta quelques secondes, juste le temps de poser les yeux sur elle.

Senna lui ouvrit les bras. Elles s’étreignirent.
Valia l’enlaça avec force, comme on serre un enfant trop longtemps absent. Elle murmura contre sa tempe :  « C’est fini maintenant. Tu es là. »
Antiek s’approcha à son tour. Il se contenta d’une inclinaison de tête, mais ses yeux brillaient.
Ils entrèrent ensemble dans la maison.

Au centre de la cour, le bassin central, peu profond, captait un filet d’eau venu directement d’une source toute proche. Le clapotis irrégulier de la petite fontaine incitait au calme. Quelques plantes aquatiques, grandes feuilles lancéolées et fleurs orangées teintées de rouge, occupaient un angle du bassin. Le portique à colonnes courait tout le long de la cour, offrant une ombre bienvenue. Les murs enduits d’un pigment blanc dégageaient une odeur mêlée de poussière sèche et de savon.

Valia guida Senna à travers les pièces en silence. La salle à manger, ouverte sur l’est, était simplement meublée. On y avait disposé une grande table rustique et trois bancs. La cuisine, attenante, recevait l’eau chaude par un conduit de terre cuite, une dérivation astucieuse de la source d’eau chaude partiellement captée. La chaleur y régnait en permanence, diffuse mais constante. Valia venait de pétrir le pain, trois grosses boules de pâte reposaient dans leur panier pour y lever lentement.

Ils traversèrent ensuite la salle des bains, creusée dans la pierre brute, avec un bassin ovale au fond poli. La vapeur y flottait légèrement, même en plein jour. Quelques linges étaient posés sur une banquette de bois.

Enfin, Valia lui montra la chambre qu’on avait préparée pour elle. Une pièce sobre, un lourd rideau masquait la fenêtre. Un lit bas, un coffre, une table. D’un petit brûle parfum montait une odeur d’herbes aromatiques. Rien de plus.

Senna posa la main sur le chambranle de la porte.
Elle ne dit rien.
Elle s’avança jusqu’au lit, s’assit. Un souffle traversa la pièce, souleva un coin du rideau.
Elle sentit l’air tiède sur son visage, l’odeur des herbes qui se consumaient, l’humidité de la source, le silence feutré. Et soudain, sans qu’elle s’y attende, une vague étrange remonta en elle. Ni joie, ni soulagement. Quelque chose de plus vaste. De plus ancien.

Elle comprit qu’elle était chez elle.
Pas par transmission. Pas par obligation. Pas par pacte ou compromis. Chez elle. Enfin.
Elle ferma les yeux.

Publié par l'excédée

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