La mule

( 2 mn de lecture )

épisode 4

La charrette cahotait sur le chemin de pierre. Le soleil tapait sur les blés qui recouvraient les collines. Senna, installée sur un coussin de fortune, à côté de Hedren, le jeune asserv qui menait la charrette, plissa les yeux vers le sentier qui serpentait à flanc de colline. Belbo, quant à lui, montait un petit cheval bai qui allait au pas au côté de l’attelage.
« S’il te plaît, Belbo…»
Senna revenait à la charge. Belbo ne savait plus quoi faire. Il se retourna à demi vers Senna.
« S’il te plaît, apprends moi.. » demanda Senna sur le même ton suppliant. 
C’était la dixième fois au moins qu’elle le lui demandait. Belbo soupira. Il savait que lorsque Senna voulait quelque chose, il lui était impossible de refuser très longtemps.
« Ce n’est pas très comme il faut pour une dame, les dames vont en litière ou en charrette… 
– Je veux apprendre à monter, point final. Cela va m’être très utile, et même absolument nécessaire. Veux-tu que je me couvre de ridicule si, une fois sur place, je ne suis pas capable d’aller inspecter les terres autrement qu’en charrette ? »
Elle fit signe à Hedren d’arrêter l’attelage. Celui-ci, écarlate, obtempéra tout en jetant tour à tour des regards vers Senna et Belbo. Belbo s’arrêta à son tour.

Senna sauta de la charrette. Elle saisit un pan de sa tunique, et le releva assez pour dévoiler le bas d’un pantalon de toile serré à la cheville.

« Et pas en amazone. Je préfère voir où je vais. »
Belbo resta bouche bée un instant. Il ouvrit la bouche, la referma, haussa finalement les épaules.
Il était résigné désormais.

«  D’accord, mais pour l’instant tu apprendras à monter sur la mule de l’attelage. Juste pour apprendre à te tenir dessus.
– D’accord ! dit Senna, sur un ton enthousiaste, plein de gratitude.
– Attends pour te réjouir d’avoir parcouru une dizaine de lieues ».

Belbo descendit de cheval, le dessella, puis sella la mule. Il attacha sa monture à la charrette puis il aida Senna à monter sur la mule.
L’animal tourna la tête, étonné peut-être par ce poids soudain. Senna manqua de glisser, pesta tout bas, retrouva l’équilibre en se cramponnant à une des oreilles de la mule.

« Tu devrais tenir la crinière, pas l’oreille…
– Merci Belbo. Très utile. J’ai failli embrasser son encolure. 
– Et maintenant si tu veux ralentir la mule, tu dois presser ses flancs avec tes cuisses, compris ?
– Compris. »

Belbo émit un petit claquement de langue, la mule se mit en marche. Il tenait les brides de l’animal, juste sous le mors.

« Voilà. Finalement, ce n’est pas plus difficile que ça… » claironna Senna avec un petit air de satisfaction.
Belbo grimaça en coin.
– On en reparlera dans trois heures » marmonna-t-il.

Ils éclatèrent de rire, ensemble. La mule repartit docilement.

Publié par l'excédée

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