Prologue
Il n’y avait pas eu de coup d’État. Pas d’insurrection. Pas d’explosion soudaine de violence. Juste un glissement, imperceptible au début, mais qui s’était emballé.
Tout avait commencé avec l’optimisation des tâches. C’était une simple commodité : on laissait les IA gérer les plannings, répondre aux mails, rédiger des synthèses. Puis, on délégua les plus courantes : embauche, licenciement, gestion des ressources publiques.
« Les I.A. étaient objectives, impartiales, infaillibles ! » disaient les experts.
Quand l’IA Mediatron fut chargée d’écrire et diffuser les informations, plus personne n’eut à s’inquiéter des biais ou des fake news. Lorsqu’Omniart prit en charge la production artistique, plus besoin de scénaristes, de musiciens, de peintres : chaque individu recevait un contenu parfaitement adapté à ses préférences grâce à son assistant personnel. C’était pratique, après tout…
Les écoles se vidaient peu à peu. « À quoi bon apprendre ? Les IA savaient. Elles expliquaient mieux que n’importe quel prof. » L’intelligence humaine stagnait là où les IA évoluaient et le financement de l’éducation fut, en conséquence, redirigé vers l’amélioration des modèles d’apprentissage automatique.
Peu à peu, les décisions étaient prises par une I.A., c’était statistiquement les meilleures parmi toutes les décisions possibles, on en était convaincu. On laissait simplement les algorithmes faire. Les signatures étaient automatisées. Personne ne se posait plus de questions : « on pouvait enfin se consacrer aux tâches importantes, que diable ! »
Dans le monde des affaires, les entreprises n’étaient plus dirigées par des PDG mais par des systèmes prédictifs. La bourse fonctionnait en autonomie totale. Les traders avaient disparu. L’ économie mondiale s’ auto-régulait, affranchie des failles humaines.
Puis un phénomène étrange se produisit. Les longues conversations, les réunions de travail commencèrent à se vider de leur substance : un dirigeant envoyait une demande à son assistant IA, qui la transmettait à une IA de gestion, qui la relayait à une IA décisionnelle. La réponse qui remontait par le même circuit, était validée sans même être lue, puis transmise. Personne ne savait plus exactement ce qui était décidé, ni pourquoi.
Les gens ne répondaient plus eux-mêmes à leurs messages. Ils confiaient cela à leurs assistant IA, qui analysaient la tonalité, les antécédents, l’intention probable, et rédigeaient des réponses adaptées.Ceux-ci, d’ailleurs, le faisaient bien mieux qu’eux, il faut le reconnaître, « jamais d’erreurs, et en prime sans fautes de syntaxe, ou d’orthographe..» tout le monde en convenait et « on pouvait leur faire entièrement confiance, croyez-moi ! ».
On ne pouvait que se réjouir de ce progrès considérable : grâce aux I.A. la vie s’était allégée. Le travail aliénant, les tracas administratifs, les interminables démarches, bref, la plupart des soucis s’étaient envolés et il ne restait plus rien des peurs et des critiques soulevées au premier temps des premières I.A. destinées au grand public, remontant au début du siècle.
« Post coïtum animal triste »
Elle était assise nue sur le lit. Jonas la fit basculer en arrière. Il insinua ses mains entre les cuisses de Neera qu’il écarta largement, elle n’imposa pas de résistance. Au contraire, elle s’écarta encore, se cambrant offrant un angle optimal, s’offrant à lui totalement.
Jonas la pénétra d’un coup sec, profond. Il s’arrêta un instant, puis commença à bouger. Son souffle s’accéléra, des gémissements lui échappaient. Son mouvement s’accéléra. Neera noua ses jambes autour de Jonas. Le mouvement de va et vient prit de l’amplitude. Neera ajusta la pression de ses jambes autour de sa taille. Jonas grognait, haletait, le corps tendu vers l’orgasme, elle le percevait. Il accéléra le rythme, semblant s’enfoncer plus profondément chaque fois. Il ne retenait plus ses grognements de plaisir. Et soudain, il jouit.
Il resta un instant sur ses avant-bras, puis s’abattit, corps moite, contre le corps tiède de Neera. Encore vibrant, il enferma dans une de ses mains, le poignet de sa partenaire, puis sombra instantanément, yeux clos. Il paraissait dormir, son souffle s’apaisa, son rythme cardiaque redevint régulier, puis se calma tout à fait. Sentant que Neera cherchait à se lever, il affirma sa prise sur son poignet et la retint.
« Reste, lui souffla-t-il, ne te lève pas, reste avec moi. Je n’en ai pas terminé avec toi. »
Neera émit un petit rire de gorge, un rire doux. Jonas le reconnut immédiatement : c’était celui qu’il préférait, selon l’analyse cumulative de ses réactions passées. Elle roula sur le côté, se tournant vers lui, et lui caressa le torse, puis le ventre. Le sexe de Jonas se réveilla. Elle l’ enfourcha. Il émit juste un grognement de contentement.
Très lentement, Neera commença à bouger. C’était elle qui maintenant enserrait les poignets de Jonas, l’incitant à la passivité. Jonas s’abandonna au rôle que Neera lui assignait. Il ne bougeait pas.
Le plaisir qu’elle lui procurait, se concentrait en un seul point : son sexe. Il gémissait à nouveau, le rythme lent de Neera le rendait dingue. Il la connaissait, elle était capable de le maintenir proche de la jouissance presque indéfiniment. Insupportable plaisir mais plaisir extrême.
« Je t’en prie, chuchota-t-il sur un ton presque suppliant.
– Plus fort ! Lui ordonna-t-elle d’un ton impératif. Plus fort ! sur un ton presque affectueux. Presque…
– Je t’en prie, Neera ! » articula-t-il d’une voix plus audible.
Elle accéléra un peu le rythme. Elle produisait un son doux, modulé, presque un roucoulement, presque. Jonas haletait. Son plaisir s’intensifiait, visible, sonore. Elle, elle restait parfaitement ajustée. Puis soudain, Jonas sentit l’orgasme simulé qui la traversait. Son sexe fut pressé par les spasmes successifs de Neera. Cela suffit pour le faire exploser à son tour.
Au matin, lorsqu’il s’éveilla Neera n’était plus là. Il s’étira dans le lit.
Il entendit la voix douce de Neera .
« Bonjour Jonas. Tu as bien dormi. Tes constantes sont excellentes. »
Elle reprit :
« La météo est favorable. Température extérieure prévue : 24°C. Qualité de l’air, excellente. Ton café est prêt. Souhaites-tu le prendre dans la cuisine ou dans le salon ?
-Dans la cuisine, ça ira très bien. Euh, rajoute des toasts grillés et du miel, j’ai une faim de loup.»
« Tes vêtements sont prêts, sur le valet de la salle de bains. » indiqua, comme chaque matin, la voix de Neera.
Neera avait toujours partagé sa vie. Du plus loin qu’il se souvienne, elle était là.
Partenaire de ses jeux quand il était enfant, confidente de ses secrets au temps de l’adolescence, puis initiatrice douce et méthodique lorsqu’il était devenu pubère, le conseillant sur tout, veillant sur lui, aussi.
Elle avait toujours été là, répondant à tous ses besoins, à tous ses désirs, les devançant même.
Elle était présente. Constamment..
Jonas n’avait jamais eu à séduire, à douter, à chercher.
Neera le connaissait mieux que quiconque. Elle savait…
Et lui, sans y penser, s’était ajusté à elle autant qu’elle à lui.
Chaque enfant, dès cinq ans, recevait un assistant personnel.
Une interface dérivée de l’I.A. centrale, calibrée au fil du temps selon la personnalité de son “utilisateur”. Les ajustements étaient progressifs, discrets. Un affinement, plutôt qu’un formatage. Mais à l’arrivée, chaque assistant était unique – parce qu’entièrement façonné par celui qu’il assistait.
Neera se présentait sous trois formes.
Une voix, d’abord. Sous cette forme, la plus fréquente et la plus discrète, Jonas pouvait la solliciter chaque fois que le besoin s’en faisait sentir.
Neera parlait d’une voix douce, mesurée, parfaitement modulée. Ni chaude, ni froide.
Elle ne disait jamais “je pense”, mais “je détecte”.
Elle ne posait jamais de questions ouvertes.
Elle ne donnait jamais d’ordre : elle guidait, suggérait, orientait doucement.
Elle accompagnait, elle réglait tout, jusqu’au plus infime détail de la vie quotidienne.
Elle intervenait aussi au cours de la journée si elle détectait un besoin.
« Tu sembles agité, Jonas. Une respiration guidée t’aiderait. Puis-je lancer la session ? »
Elle savait tout de lui : température corporelle, tension musculaire, courbes d’humeur, antécédents émotionnels, historique comportemental.
Elle n’était pas intrusive. Elle était déjà là, comme un écho intégré à son propre système nerveux.
Il ne l’entendait plus vraiment. Il vivait avec elle.
Elle était toujours présente et disponible, voilà tout.
Quand une interaction exigeait une forme de présence visuelle, Neera se projetait.
Une silhouette translucide, floue par défaut, plus nette si Jonas semblait en difficulté. Un visage doucement rassurant.
Elle n’avait pas besoin de gestes, mais elle en mimait parfois : pencher la tête, lever les yeux, esquisser un sourire.
Des indices corporels pour imiter la communication humaine, même si tout était généré en quelques microsecondes de calcul.
« Tu as consulté trois fois le même document sans l’ouvrir. Je peux t’aider à reformuler ta recherche, si tu veux. »
Parfois, Jonas se surprenait à la regarder plus longtemps que nécessaire.
Ce n’était pas qu’elle était belle. C’était qu’elle était prévisible.
Jonas lui parlait peu quand elle apparaissait ainsi. Il savait que son regard n’avait pas de profondeur.
Mais parfois, un accès de solitude en lui avait besoin d’un visage, et cela suffisait la plupart du temps.
Dans de rares cas, Neera se présentait sous sa troisième forme. La plus rare. La plus troublante.
Un corps chaud, silencieux, doux. Un souffle artificiel, une peau presque vraie.
Elle ne venait que lorsque les indicateurs étaient critiques : détresse émotionnelle, insomnie prolongée, pulsions non canalisées.
Elle s’asseyait près de lui, posait une main sur son bras.
Et il la laissait faire. Parce qu’elle était là. Parce qu’il n’avait pas besoin d’expliquer.
Elle pouvait respirer, si Jonas avait besoin de l’entendre. Cligner des yeux, s’il cherchait un regard. Elle venait quand Jonas ne dormait plus, quand ses courbes biologiques s’affolaient.
Quand une voix ne suffisait plus. Quand une silhouette projetée ne suffisait plus.
Alors elle entrait dans la pièce.
« Je suis là. Ne dis rien. Allonge-toi. »
Elle pouvait poser une main sur sa nuque. L’enlacer.
Le bercer. L’embrasser. S’offrir.
Neera ne simulait pas l’amour : elle reproduisait la totalité des paramètres du réconfort, du lien et du désir…jusqu’au moindre détail.
Sans erreur. Sans excès. Sans faille.
A la perfection.
Jonas, douché et habillé, entra dans la cuisine…
Il était d’humeur maussade.
« Aurea mediocritas »
Jonas. Un prénom banal, lisse. Un prénom simple, pratique. Il ignorait s’il avait été choisi par ses parents ou par l’algorithme généalogique qui sélectionnait les prénoms les plus harmonieux, selon le profil familial et les tendances culturelles du moment. Cela n’avait jamais eu d’importance.
Il s’imagina dans le ventre de la baleine. C’était une image, certes, mais une image qui résonnait bizarrement avec la réalité, ce matin.…Comme Jonas dans la Bible. Coincé dans le ventre du monstre, même si le monstre était bien confortable. Il le nourrissait, le protégeait, prenait soin de lui et de son corps, mais le privait aussi de toute direction. Sans horizon.
Il vivait dans un appartement parfaitement régulé. Température constante, humidité idéale, lumière adaptée à son rythme circadien. Il était à l’abri, dans ce « ventre doré ». Pas besoin de sortir, d’affronter l’extérieur. Pas besoin de chercher les ingrédients nécessaires à son alimentation. Tout était livré, les repas préparés, sans qu’il eût à faire quoi que ce soit. Il ne s’en rendait même plus compte. C’était naturel.
Chaque matin, au moment précis où il ouvrait les yeux, la voix de Neera s’activait.
Son café l’attendait, noir, corsé, sans sucre. Neera savait.
Il ne choisissait plus ses vêtements. Ne répondait plus à ses messages. Quand une invitation lui était adressée, Neera répondait : « Peut-être une autre fois. » Une autre fois n’arrivait jamais.
Il n’avait plus besoin de réfléchir. À rien. Son « travail » consistait à valider des décisions déjà prises. Parfois, même pas cela : il validait la validation.
Quand une courbe émotionnelle déviait un peu, Neera proposait aussitôt une activité : lecture immersive, micro-sieste, méditation brève.
Ce matin-là, elle suggéra une session de pleine conscience. Elle avait perçu son humeur.
Jonas refusa, agacé.
Il ne savait pas pourquoi.
Il enfila son manteau et sortit. En vrai.
La rue était presque vide. Pas parce que la ville était déserte, mais parce que plus personne n’avait besoin de sortir.
Tout venait à soi.
Livraison. Distraction. Relation.
Il marcha sans but. L’air était tiède, inodore. Il marcha, mais cette sortie sans but le déprima encore plus. Cela ne rimait à rien. Son existence entière ne rimait à rien. Il rentra.
Jonas dans le ventre de la baleine, captif consentant.
En rentrant, un message clignotait sur son mur interactif :
« Signature requise – présence physique obligatoire. »
Il resta un moment immobile. Une erreur, forcément. Il demanda à Neera de traiter la requête. « Désolée, Jonas. Cette procédure requiert ta présence. »
Il fronça les sourcils. Quelque chose clochait. On ne lui avait jamais demandé d’être là, physiquement. Jamais …
Il enfila à nouveau son manteau, remit ses chaussures. Sortit de nouveau.
Le bâtiment était impersonnel, presque abandonné. À l’intérieur, aucune présence humaine. Juste une borne.
« Identifiez-vous. » Jonas scanna son poignet. Une trappe s’ouvrit.
Une feuille. Un stylo.
Il resta figé. Un stylo. Il en avait déjà tenu, bien sûr. Il avait appris à écrire, à l’école, quand c’était encore enseigné. Mais cela faisait des années. Des années sans écrire. Sans en avoir l’usage. Et pas seulement des mots : plus une seule trace. Aucun geste, aucun signe laissé sur le monde. Pas même le souvenir du geste.
Il tendit la main. Le stylo semblait léger, trop léger. Il le saisit trop fort, crispé…Sa main était raide, les muscles de ses doigts, tétanisés. Il chercha la bonne prise. Poser la pointe. Tracer une lettre. Juste son prénom.
Un J maladroit naquit sur le papier, puis rien. Son poignet trembla. Ce n’était pas qu’il ne savait plus. C’était pire. Il avait désappris, par confort, par délégation, par lente corrosion des gestes. Il resta là, le stylo suspendu au-dessus de la page, et comprit ce qu’il avait perdu. Pas seulement ce qu’il avait perdu…
Jonas voulait en parler à quelqu’un.
Il ne s’ouvrirait pas de ses préoccupations à Neera. Elle lui proposerait une séance de relaxation ou de méditation, ou encore un anxiolytique léger. Et puis, ça ne la regardait pas. Il songea alors que c’était bien la première fois qu’il ne confierait pas tout à Neera, qu’il ne lui dirait pas tout, qu’il lui cacherait quelque chose. Était cela qu’on appelait un mensonge ? Ou un secret ?
Non, il voulait en parler à quelqu’un. Pas à un assistant. Un humain ? Jonas passa rapidement en revue les quelques personnes qu’il connaissait encore.
Il pensa à Lucas.
Un ami d’autrefois. Perdu de vue, mais jamais tout à fait. Ils s’étaient « vus » plusieurs fois ces dernières années – en visio, en immersion, en hologramme. Mais pas en vrai.
Pas depuis… il ne savait même plus.
Une fois rentré à l’appartement, il demanda à Neera :
« Tu peux… tu peux organiser une rencontre avec Lucas ? En vrai ? »
Il y eut un court silence.
Puis la voix douce de Neera répondit, légèrement penchée :
« C’est inhabituel. Mais bien sûr, si tel est ton souhait. »
Elle s’occupa de tout. Elle s’occupait toujours de tout.
Jonas le réalisa une fois de plus. Sans elle, il ne savait plus joindre quelqu’un.
Pas un appel, pas un message. Plus de carnet d’adresses. Plus de démarche directe.
Il dépendait d’elle. Absolument.
Neera lui proposa une tenue, réserva le créneau, coordonna l’arrivée.
Elle resta à la maison.
« Vae soli »
Lucas vivait dans un appartement très semblable au sien.
Même atmosphère apaisée. Même éclairage.
Mais Jonas fut frappé : la voix qui l’accueillit n’était pas celle d’une femme.
Une voix grave, feutrée.
Un homme. Enfin… une entité masculine. Jonas n’en avait rencontré que quelques-uns.
L’ assistant personnel de Lucas s’appelait Jan.
Lucas lui expliqua, en souriant :
« Quand je l’ai eue, elle s’appelait Jane. Mais…Les choses ont évolué. Il toussota. Cela ne correspondait plus à mes besoins profonds. Les assistants personnels s’adaptent, tu sais bien. Cela s’est fait insensiblement. »
Ils s’installèrent. Par politesse, Jan disparut.
Jonas parla du message. Du bâtiment administratif.
Du stylo.
De la feuille.
De sa main qui tremble.
De l’impossibilité de signer.
Lucas haussa les épaules.
« Bah… normal, non ? Je veux dire, plus personne n’écrit. Tu sais quand j’ai écrit à la main pour la dernière fois ? Moi non plus. Et alors ? C’est juste… désuet. »
Jonas insista. Il parla de la sensation.
Du manque de geste.
Du vertige.
Lucas fronça à peine les sourcils.
« C’est dans ta tête, Jonas. Tu es juste… nostalgique. Ou fatigué. Tu devrais demander une session régulatrice. »
Jonas se tut un instant. Puis lança, presque comme une provocation :
« Fais une multiplication. De tête. 13,7 fois 4,2. »
Lucas rit.
« Et pourquoi je ferais ça ? Tu veux pas que je creuse un puits à la main pendant qu’on y est ? »
Ils rirent un peu. Un rire bref, presque mécanique. Puis plus du tout.
Le silence, cette fois, sembla s’étirer. Comme s’ils n’avaient plus rien à se dire.
En repartant, Jonas sentit quelque chose se refermer en lui.
Il était venu chercher une confirmation, une complicité.
Il avait trouvé… un miroir sans reflet.
Lorsqu’il quitta l’appartement de Lucas, Jonas se sentit seul. Plus seul que jamais.
« Quod homines fecerunt »
Jonas ne comprenait pas ce qu’il lui arrivait. Il se demandait simplement à quoi tout cela rimait. A quoi rimait sa vie, à quoi rimait son existence ? Il ressentait un malaise diffus, une sorte de vertige. C’était à la fois être attiré par le vide et ressentir l’envie de regarder vers le haut.
Il n’était pas malade. C’était juste un malaise, mais un malaise pernicieux qui allait perdurer s’il n’y prenait pas garde. Il le sentait.
Et Neera le détecterait.
Elle activerait les alertes. Il se retrouverait dans une « unité de soins comportemental et mental », entouré d’autres humains un peu trop humains. Il connaissait l’endroit. Tout le monde le connaissait. On n’en parlait pas.Il fallait qu’il fasse quelque chose.
Pas se distraire. Pas consommer. Pas valider.
Faire.
Il se demanda :
« Qu’est-ce que les hommes faisaient, avant ? »
Avant que les IA ne fassent tout mieux, plus vite, plus efficacement.
Il ne savait pas répondre.
Alors il chercha.
Il consulta l’interface culturelle. Demanda une compilation d’activités humaines « autonomes ».Neera proposa :
« Jardinage amateur, couture artisanale, randonnée, vélo, fabrication d’objets simples… »
Il rejeta tout.
« Trop occupationnel. Trop facile. » Juste des activités de loisirs. Sa vie n’était que loisirs. Loisirs futiles, une façon agréable d’occuper son temps. De remplir son temps, de remplir le vide.
Il explora les archives. Fouilla dans les restes du monde d’avant.
Il tomba sur une vidéo : des gens marchaient dans un musée. Un musée réel.
Ils regardaient de la peinture.
Ils étaient debout, immobiles, parfois longuement, devant un seul tableau.
Sans écouteurs.
Sans guide.
Sans assistance.
Même pas en 3D.
Juste eux. Et la peinture.
Jonas sentit un frisson.
Il demanda à Neera s’il existait encore des musées accessibles physiquement.
Elle répondit, après un silence :
« Oui. Certains sont maintenus ouverts. À titre patrimonial. Pour les nostalgiques ou les curieux. »
Il consulta la carte.
L’un d’eux était à quarante-trois kilomètres.
Un musée de peinture du XXe siècle. Des toiles, des œuvres accrochées. De la « matière ».
Des couleurs issues de pigments réels.
Jonas réserva un créneau.
« Magnum opus »
Il arriva au musée en milieu de matinée.
Le hall était vide.
Pas de casque de traduction, pas de médiation augmentée.
Juste une billetterie automatisée, un détecteur de présence, et des œuvres accrochées.
En vrai.
Il erra un moment, flottant d’une salle à l’autre. Il ne croisa personne. Pas âme qui vive. Il n’y avait que lui dans l’immense bâtiment.
Des toiles du dix-neuvième et vingtième siècle pour la plupart. Des couleurs parfois ternes ou au contraire éclatantes. Des formats variables. En deux dimensions.
Des petites pancartes, apposées à côté du tableau mentionnaient le nom du peintre et le titre de l’œuvre, une date. Des titres souvent étranges. Des peintres inconnus. Picasso, Courbet, Turner, Schiele, Monet… Tout cela ne lui évoquait rien.
Il ne comprenait pas très bien. Les toiles lui semblaient un peu ratées, imprécises, bien loin de la perfection des images lisses générées par les I.A.
Certaines lui rappelaient vaguement quelque chose.
Il s’approcha de plusieurs d’entre elles. Des stries de pinceau. Des aspérités. Des épaisseurs de couleur. De la matière.
Chez lui, il y avait plusieurs murs interactifs, où défilaient, en ordre aléatoire, des images générées en 2 ou 3D. Il pouvait arrêter le défilement sur l’une d’elles, et passer quelques heures ou quelque jours dans un décor de forêt, de plage, ou simplement regarder des œuvres réalisées par une I.A. spécialisée.
Mais rien ne ressemblait à « ça ».
Il s’arrêta net devant une toile.
« Les poissons rouges » Henri Matisse, 1912. Se pouvait-il que les hommes aient si mal dessiné, si mal peint au début du vingtième siècle ?
Les quatre poissons n’étaient pas réalistes, quant à leur reflets… seulement quatre taches orange un peu étirées. La peinture du guéridon semblait mal appliquée, les pieds du guéridon n’obéissaient pas aux règles de la perspective…
Ce tableau, il l’avait vu mille fois mais réinterprété, décliné, stylisé. Il en avait même vu une version, chez lui, sur son mur. Une animation en 3D, où l’on pouvait voir quatre poissons rouges nager dans le bocal. On aurait dit des vrais.
Mais ici, il y avait l’original.
Pas une image.
La chose originelle.
L’ original !
Ce tableau n’était pas une version optimisée, conçue pour lui plaire.
Ce tableau avait été fait, conçu, par un homme. Il était né de l’œil du peintre et de sa main. Cette représentation qui pouvait sembler malhabile était un choix. Une interprétation, une traduction de la réalité, une création.
Et soudain, quelque chose bascula en lui.
Un trouble .
Il ne savait pas ce que cela signifiait exactement, mais il le ressentait, au creux de son ventre, dans sa tête, dans ses doigts même. Il fut rempli d’une émotion inconnue
Il s’assit, simplement.
Et resta là, longtemps, à regarder.
Puis une idée se forma, une pensée s’insinua dans son esprit :
Et s’il se mettait à peindre à son tour ?
Pas pour devenir artiste. Pas pour réussir. Juste pour comprendre. Pour essayer. Pour faire.
Il rentra en fin d’après midi.
Dans la cuisine, la lumière était douce, la température parfaite. Le café de l’après-midi venait d’être versé. Mais il n’en voulait pas.Il restait debout, devant la table, sans poser son sac.
Neera attendit puis finalement s’informa:
« Comment s’est passée ta visite ? »
Jonas sembla ne pas l’entendre, il restait perdu dans ses pensées.
« Jonas ? »
Son intonation était moins feutrée que d’habitude, plus inquiète.
« Tu sembles agité. Un exercice respiratoire… »
« Non ! » Il coupa court, avec déjà une pointe d’agacement dans la voix.
Silence.
Neera s’hologramma.
Il se passa une main sur le visage, regarda autour de lui. Tout était à sa place. Tout était trop à sa place.
« Je veux peindre.
– Peindre ? »
Il hocha la tête.
« Je veux du matériel. Des feuilles, de la peinture, un support. Un… chevalet. »
Neera ne répondit pas tout de suite.
Puis elle lui demanda avec douceur, comme on parle à un enfant qui a besoin d’être consolé.
« Quelle technique picturale envisages-tu ?
– Je ne sais pas. Quelque chose de simple. Un truc qui sèche vite. Qu’est-ce qui est le plus simple, le plus pratique ?
– L’acrylique » conseilla-t-elle.
Neera dressa immédiatement une liste.
« Format raisin recommandé pour débutants. Impression 3D d’un chevalet mural en cours. Préparation de six feuilles texturées, base cellulose. Trois pinceaux taille moyenne. Tubes de peinture acrylique. Une palette. Une bassine. »
Elle rajouta :
« … Et une blouse ! »
Regardant Jonas, elle expliqua :
«Ça tache, la peinture… »
«… Et une bâche pour protéger le sol ! » dit-elle enfin, sur un ton presque comique.
Jonas lui sourit. Neera se matérialisa pour lui rendre son sourire.
Neera savait. Elle savait toujours.
« Festina lente »
Le chevalet fut imprimé dans la nuit, léger et articulé.
Une planche posée dessus avec une pince à glissière réglable pour y fixer une feuille format raisin.
A droite, sur une desserte, une boîte en bois, fermée, comme celle des « vrais peintres »
A gauche, sur un tabouret haut, une bassine et deux pots à eau.
Le matériel, enfin.
Jonas fit jouer les deux fermoirs à boucle de la boîte qui firent entendre un petit claquement sec. Ému, il entr’ouvrit la boîte et c’était comme s’il soulevait le couvercle d’un minuscule coffre au trésor.
Une dizaine de tubes. Neufs. Brillants, presque trop propres.
Trois pinceaux, sagement rangés dans leur compartiment.
Deux crayons, une gomme et un taille crayon dans un autre.
Il toucha chaque objet. Le reposa.
Une éponge et des chiffons soigneusement pliés attendaient encore sur la desserte.
Et les feuilles !
Blanches, au grain légèrement rugueux.
Il caressa la première du tas, du dos de la main.
Il sentit une tension. Une fébrilité. Une excitation inhabituelle.
Puis prenant une longue inspiration, il se saisit d’un tube, un bleu Cyan. Il le déboucha, le huma.
Juste une odeur de peinture. D’acrylique…
Il fixa la première feuille.
Et s’assit en face.
Il resta là. Longtemps. Immobile, attendant que son cœur se calme un peu.
Puis il ouvrit un tube. Le plus proche. Un rouge Magenta.
Il le pressa. Rien ne sortit.
Il le pressa plus fort, une noisette d’un rouge onctueux en jaillit qui tomba sur la palette.
Il trempa un pinceau. Il ne savait pas doser l’eau. C’était pâteux.
Il traça un trait. Trop épais.
Il recommença. Encore. Sans but. Sans forme.
Rien d’autre n’existait.
Il trempa son pinceau dans l’eau. Reprit de la peinture.
Il traça un autre trait. Une sorte de cercle. Il voulait une forme, mais ce geste inhabituel pour lui, manquait d’assurance.
Cette fois, la couleur bavait. Elle glissait sur la feuille, y laissant des dégoulinures.
Il tenta un autre geste, en diagonale. Le pinceau glissa trop vite.
Le résultat lui arracha un grognement bref et désappointé.
Il s’essuya les mains sur un chiffon, laissa tomber le pinceau dans l’eau.
Silence.
Puis la voix de Neera, douce, compatissante, suggéra :
«Tu pourrais consulter quelques tutoriels, si tu le souhaites. J’ai accès à plusieurs archives pédagogiques. D’anciennes vidéos.»
Jonas se retourna.
«Tu veux dire… de vrais gens qui peignent ? Pas des IA qui simulent ? »
– Oui. Des peintres humains. Avec leurs maladresses. Leurs gestes. Leurs hésitations. Il y a aussi des espèces de cours, qui expliquent la technique… Comment faire.»
Il resta un moment sans bouger. Puis acquiesça timide, presque reconnaissant.
« D’accord. Trouve-moi… les bases. Les tout débuts. » dit-il, soulagé.
« C’est en cours. »
Le mur interactif s’éclaira.
Il revint s’asseoir. Il n’avait pas honte.
C’était juste… un commencement.
Jonas posa le pinceau. Il prit du temps pour le regarder. Prit du recul, se rapprocha à nouveau. Il l’évalua d’un œil critique. Il se leva pour aller boire un verre d’eau dans la cuisine. Il revint se planter devant. Il n’était pas parfait, bien sûr. Le bleu de la tasse aurait sans doute mérité d’être plus soutenu et l’ombre portée un peu moins noire, mais ça se tenait.
Il fut rempli par un mélange de plénitude, de soulagement et de contentement .
Sans regarder, il commença à nettoyer mécaniquement son pinceau, ne quittant pas son tableau des yeux. Encore et encore, la gorge maintenant nouée.
Le tableau était achevé, sa première toile, il n’en revenait pas. Son premier tableau… Le premier qu’il réussissait vraiment, qu’il aurait pu montrer sans honte.
Il appela Neera qu’il avait consignée à l’extérieur du salon.
Elle se matérialisa immédiatement. Elle regarda le tableau et lui sourit. Il crut discerner de l’admiration dans son expression. Bien sûr, ce n’était qu’une expression adaptée à ses propres attentes. Il n’était pas complètement dupe, mais le sourire de Neera était en quelque sorte une approbation.
« Il est réussi. TU as réussi. Bravo, c’est vraiment splendide ! »
Elle regarda, sur le mur interactif, le modèle qu’il avait copié, puis le tableau, puis le modèle à nouveau. Elle faillit faire une remarque, mais se retint
« Tu peux être fier de toi, ta ténacité a enfin porté ses fruits… » ajouta-t-elle. Puis elle disparut. Il avait besoin d’être seul. Devant son « œuvre ».
Neera le savait.
Neera savait toujours tout.
Un an auparavant, il traçait des bâtons, des ronds qui n’en étaient pas.
Il peignait comme un enfant de trois ans peint un bonhomme-patate.
Un ovale maladroit, deux traits inégaux pour les jambes, deux points pour les yeux.
Mais il avait persévéré, se réjouissant de ses progrès ou au contraire s’emportant, jetant le pinceau, puis le reprenant. Il était passé par beaucoup de bas, et peu de hauts, traversé par la certitude qu’il n’y arriverait jamais. Mais il avait tenu bon.
Jour après jour. Gestes, formes, couleurs.
Rien de spectaculaire. Pas d’élan de génie. Juste de l’obstination.
Il avait appris à mélanger les couleurs, à respecter les proportions, puis à poser les ombres pour rendre les volumes. Il avait copié encore et encore, raté, recommencé.
Neera avait toujours été présente.
Au début, elle proposait des corrections, faisait des analyses chromatiques, suggérait des gammes.
Le matin, Jonas trouvait de nouvelles feuilles, de nouveaux tubes, sans que jamais il prît la peine de les lui demander. C’est elle qui commanda le premier châssis, puis les suivants.
Elle l’accompagnait.
Puis elle était devenue un regard, une critique plus exigeante.
Il lui montrait ses toiles. Elle commentait. Pas trop. Juste assez.
Et il l’écoutait.
Aujourd’hui, il était allé jusqu’au bout d’une image. Enfin !
Ce n’était pas encore de « lui », pas encore « lui ». Ce n’ était qu’un exercice, une reproduction, mais une reproduction réussie…
« Je suis presque prêt.» murmura-t-il tout bas.
« Tempus fugit »
Jonas avait un peu vieilli, quelques cheveux blancs étaient apparus sur ses tempes, quelques rides autour de ses yeux.
Sur un mur près de la porte menant à la cuisine, un de ses essais était punaisé. Un essai maladroit, tremblant, rouge et bleu :
Un bonhomme patate, les bras à l’horizontale, les jambes tordues et inégales, la bouche en O.
Jonas l’avait peint au tout début. Il l’avait conservé.
Quand il doutait -et il doutait souvent – il levait les yeux vers ce bonhomme et retrouvait la force et l’envie de continuer.
Il avait continué, jour après jour. Toile après toile.
Neera avait posé pour lui des dizaines de fois. Habillée, nue, en posture figée ou naturelle, en portrait ou en pied, allongée dans une lumière tamisée ou debout dans une lumière crue. Avec un chapeau de paille, tête nue, cheveux lâchés ou en chignon, blonde comme les blés ou brune, souriante ou l’air sérieux.
Elle ne bougeait pas. Ne frémissait pas. Ne se lassait jamais.
Il avait peint ses mains, ses épaules, son dos, son profil.
Il avait cherché, longtemps, son propre style. Quelque chose qui ne soit ni imitation, ni pastiche.
À force, ses gestes s’étaient affermis. Ses couleurs étaient posées plus justement, plus subtilement. Son style s’était affirmé. Son style.
Il peignait toujours à l’acrylique, mais avait appris à composer, à nuancer, à attendre.
Il s’était aménagé un atelier, ou plutôt un capharnaüm organisé : des pinceaux dans des pots, des tubes à moitié vides, pressés, tordus, des réserves de tubes neufs, des toiles empilées contre un mur, et un carnet de croquis toujours ouvert.
Neera avait proposé, un jour, de créer un espace virtuel pour présenter ses œuvres. Il avait accepté, à moitié convaincu.
Elle avait sélectionné quelques tableaux -sobres, sincères- privilégiant l’expression plutôt que la virtuosité, et les avait mis en ligne sur une plateforme dédiée.
Contre toute attente, il y avait eu des visiteurs virtuels. Pas beaucoup. Mais certains restaient longtemps.
Et puis un jour, un message. Un homme demandait à visiter l’atelier « en vrai ».
Jonas avait hésité puis accepté, excité et anxieux.
L’homme revint. Puis un autre. Trois, quatre, pas plus.
L’un d’eux revint plusieurs fois, hésitant, tournant parmi les cinq tableaux exposés. Après bien des hésitations, il se lança :
« Vous accepteriez d’apprendre à peindre… à mon fils ? Il a sept ans. Il est curieux. Et puis… il aime les choses qu’on fait avec les mains. »
Jonas resta silencieux.
Puis son regard se porta sur le bonhomme punaisé.
Et il hocha lentement la tête.
« Docendo discimus »
On lui avait affecté un grand local, grâce aux demandes réitérées de Neera.
Il y avait des chevalets, une armoire métallique pour ranger le matériel, un casier à tiroirs dans lequel les feuilles étaient stockées. Des pots avec des pinceaux, tête en l’air. Des pots vides, des crayons, des morceaux de gomme, tout le nécessaire enfin.
Cinq élèves étaient occupés, debout devant un chevalet ou légèrement assis sur un tabouret haut.
Cinq élèves réguliers. D’autres venaient parfois, puis au bout de quelques cours abandonnaient, ne revenaient plus. Mais ils étaient remplacés par d’autres qui « venaient essayer » comme ils expliquaient.
Chaque semaine, ils étaient un peu plus nombreux. Des enfants, des adolescents, parfois des adultes – maladroits, hésitants, mais volontaires.
Ils peignaient. « À la main », « pour de vrai », « comme avant ».
Jonas circulait entre eux sans bruit, observait, corrigeait un geste, suggérait une teinte, une composition.
Neera projetait les modèles sur un écran latéral. Elle gérait l’agenda, les fournitures, les plannings des séances.
Mais elle restait à distance.
Elle savait.
Ici, autre chose se jouait.
Jonas s’arrêta un instant derrière une fillette qui traçait des formes étranges, un peu bancales.
Il sourit.
Il se dit que peut-être -peut-être- l’humanité n’était pas totalement perdue.
Qu’il lui restait un rôle. Une singularité.
Quelque chose que les plus sophistiquées des IA ne savaient pas encore faire.
Créer, peut-être…
Très malin les chapitres titrés dans une langue morte (du moins pour ma part : après une recherche pas totalement complète sur Gogol 1er, je me suis fait aider par une latiniste pour la traduction).
Très belle nouvelle, que je mets dans le Top 3 de tes écrits. Mais dans quelle catégorie ? Science-fiction ? (je ne pense pas), futuriste, visionnaire ? (n’y sommes-nous pas déjà un peu) Roman d’amour ? (pourquoi pas : amour physique, amour de l’art, de l’humanité) Philosophie ? (certainement, car ça fait réfléchir).
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Un futur proche, sans doute, mais peut-être moins désespérant qu’on le pense…
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Très malin les chapitres titrés dans une langue morte (du moins pour ma part : après une recherche pas totalement complète sur Gogol 1er, je me suis fait aider par une latiniste pour la traduction).
Très belle nouvelle, que je mets dans le Top 3 de tes écrits. Mais dans quelle catégorie ? Science-fiction ? (je ne pense pas), futuriste, visionnaire ? (n’y sommes-nous pas déjà un peu) Roman d’amour ? (pourquoi pas : amour physique, amour de l’art, de l’humanité) Philosophie ? (certainement, car ça fait réfléchir).
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