Une autre vie

« Restez à l’écoute de Radiiiiiioooooo Staaaaaaaaaaaaaar ! ». Fin d’annonce. Début générique. Fond générique. Bip heure. Musique.

Suzanne débranche l’écouteur et se renverse sur le dossier de son fauteuil.

3 mn 57 de musique ; largement le temps de boire un truc frais, la clim doit déconner, c’est pas possible qu’il fasse si chaud, avec ça, Seldon n’est toujours pas dans le studio, il est toujours en retard, il exagère, faudra quand même qu’on s’explique là-dessus à la prochaine réunion, je lui donne encore 5 mn et après, je le fais sacquer.

Suzanne reprend l’écouteur, enfonce la fiche, connexion.

«  Vous êtes sur Radio Staaaar, la radio locale délocalisée, et maintenant, quelques nouvelles brèves :

Aujourd’hui au Centre commercial Galaxie 13, grande vente promotionnelle sur l’ensemble des magasins. Et si vous dites que vous venez de notre part, je suis sûre que vous aurez un rabais supplémentaire ! ! !

La Fête de la Terre aura bien lieu cette année encore, malgré les rumeurs qui circulaient à propos de son annulation. On annonce la venue du groupe « les Epouvantails », les billets seront en vente au Planet Mégastore.

Au programme, exposition de tracteurs anciens, concours de lancer de bottes de paille et cracher de noyau de cerises, dégustation d’authentiques produits fermiers, et de nombreuses autres attractions, alors ne ratez pas la Fête de la Terre ! ! 

Mais place à la musique, avec le dernier tube de Harvey Moon, vous nous l’avez réclamé, Radio Star vous l’offre ! »

Suzanne enlève la fiche son.

5 mn 45, il arrive toujours pas, ce connard, mais qu’est-ce qu’il fout ? Je vais pas leur faire écouter de la musique toute la journée, 5 mn 45, juste le temps d’aller voir s’il arrive. Cette fois-ci, je le sacque, j’en ai ras-le-bol des amateurs, et puis cette chaleur ! pourquoi est-ce qu’il fait aussi chaud, aujourd’hui  ?

Suzanne sort du studio, le couloir est étroit et sombre. A travers la baie vitrée arrondie, rien que la nuit noire, et les étoiles. « Radio Star, mon œil, oui ! ». La minuterie ne marche plus depuis longtemps ; Suzanne fonce quand même jusqu’à la quatrième porte, elle frappe et entre sans attendre de réponse. «Seldooon, tu te fous de moi, ça fait au moins dix minutes que tu devrais être au studio, bordel, grouille-toi, quoi, le Harvey Moon termine dans 2mn 50 ! »

Seldon la regarde avec un sourire stupide, le regard fixe, sans aucune expression, il semble attendre la fin de l’assaut verbal de Suzanne. Le corps parfaitement immobile, il tient en main les feuillets de sa chronique.

Le regard de Suzanne va de cette main au visage de son interlocuteur. C’est alors que Suzanne prend conscience que Seldon n’a rien entendu. Et pour cause, la tête de l’animateur-vedette de Radio Star repose à 50 cm du reste de son corps.

Le biper se déclenche. 0’30. Suzanne cesse brutalement de hurler. Trente secondes. Elle fonce à nouveau vers le studio.

Elle farfouille rapidement dans un tiroir, ses mains tremblent, les cubes-mémoires trop vite saisis s’ échappent et dégringolent. Sa bouche se remplit d’une boule de coton, une grosse boule à goût de panique.

Elle fourre un cube dans le lecteur, Requiem de Fauré. Connexion.

Elle enfonce le commutateur intérieur, elle crie dans le micro. Incapable de se maîtriser, elle ne peut plus contenir sa peur.

Elija surgit dans le studio une minute plus tard. Visiblement, il vient de se réveiller, il porte juste un T-shirt bleu ciel avec des palmiers et des perroquets et un caleçon blanc. Pendant qu’il secoue Suzanne pour qu’elle sorte de sa crise, les perroquets ne s’envolent même pas des palmiers.

« Les perroquets ne s’envolent même pas des palmiers » bredouille Suzanne.

– Punaise, Suzanne, t’es folle ou quoi ? qu’est-ce qui te prend de brailler comme ça dans l’intercom’ ? et c’est quoi cette musique de naze ?

– le Requiem de Fauré… Suzanne hoquète, c’est pas une musique de naze. J’ai trouvé que ça…Elijah.…On a coupé la tête à Seldon .. » Suzanne se rend compte de l’incongruité de ses paroles.

« On a COUPE la tête à Seldon! » répète-t-elle, en haussant le ton.

Les perroquets sont parfaitement immobiles sur le T-shirt d’Elijah. Suzanne reprend :

« Faut qu’on appelle la F.R.A.N.C.E., faut qu’on vienne nous aider, là. Faut qu’on nous envoie les secours, faut qu’on…   » Suzanne éclate en sanglots et se réfugie contre le t-shirt d’ Elijah où les perroquets restent sans voix.

« Il est où, Seldon ? murmure Elijah, on va aller voir calmement, hein… si ça se trouve…

– Si ça se trouve, je suis dingue et Seldon est en train de faire une réussite, c’est ça ? Ecoute, Elijah, il était en retard, j’ai foncé à sa cabine pour l’engueuler, je suis entrée, on lui a tranché la tête, je te dis … et je vois pas comment c’est possible, vu qu’on est que trois, Seldon, toi et moi…

– sur la station, complète Elijah. Ça ouvre des perspectives intéressantes, non ? Allez, Suz’, te bile pas, allons voir ça de plus près. Ça dure combien de temps, ta musique de naze ? »

Le regard de Seldon semble adresser un message de protestation à Suzanne et Elijah quand ils entrent dans la cabine. Tout est parfaitement rangé si, toutefois, la tête sectionnée ne mettait à elle seule un incompréhensible chaos dans la pièce minuscule. Elijah s’approche en prenant garde de ne toucher à rien.

« Tu sais, il y a déjà nos empreintes partout, une de plus ou de moins…murmure Suzanne.

-Ecoute, Suzanne, je vais te mettre les points sur les i, personne n’a pu atteindre cette station. Tu sais que c’est parfaitement impossible. Nous avons des vivres pour encore trois semaines, aucun transport n’est prévu avant quinze jours, quand Hardin viendra me relever. Même si on appelle la F.R.A.N.CE, même avec un transport rapide, et à condition que les conditions météo soient bonnes en Guyane, il faudrait encore qu’il y ait un véhicule disponible, et le temps qu’ils mettent sur pied l’expédition, personne n’arrivera ici avant cinq jours. Suzanne, je sais que tu as subi un choc, mais…Suzanne, on est sur un satellite, quoi, bordel ! »

Une sonnerie stridente les interrompt. Ça doit être la F.R.A.N.C.E., pense Suzanne, le Requiem doit déjà faire des ravages à l’audience.

« Radio Star ? ne quittez pas, je vous passe le président de F.R.A.N.C.E. Externe…

-Ici, Jean Pierre Lebacher, Président de la Fédération des Radios Alternatives Nouvelles des Communautés Exilées, nous accusons actuellement, depuis vingt-cinq minutes, une chute de 75% de notre auditorat, pouvez-vous m’expliquer ce qui se passe exactement ?

-Pas exactement, non…ricane Elijah. Justement, j’ai un peu de mal, moi-même à comprendre ce qui se passe exactement, Président. Seldon a été victime d’un accident, il n’est plus en état d’assurer ses fonctions d’animateur. Quand je dis accident, en fait, comment dire… tout laisse à croire qu’il s’agit d’un meurtre. Il faudrait nous envoyer quelqu’un, enfin, il faudrait prévenir les autorités, et puis une équipe de relève. Suzanne est très choquée.

-Qu’est-ce que vous me chantez Isaac ? Un meurtre, et puis quoi encore ?

-Le suicide par décapitation est extrêmement rare, Président.

Il y a comme un blanc dans la communication.

-Je … Vous êtes sûr ? Euh .. Je vais voir ce que je peux faire, bafouille le président, mais je crains qu’avant dix jours.. Bon, je vous recontacte, Elijah. Mais surtout, surtout, pour l’instant… pas un mot à l’antenne, hein… et puis, s’il vous plait… arrêtez Fauré. Disons que je vous donne deux heures, et puis, reprenez le cours normal des émissions, hein, je compte sur vous. »

Elijah se retourne vers Suzanne, il n’y a personne. Où est-elle passée, elle pète complètement les plombs, je la croyais quand même un peu plus solide, Miss Radio Star.

Il farfouille dans la cubothèque, je vais leur coller l’anthologie de la chanson française. Le temps de retrouver Suzanne, de calmer le jeu, d’essayer d’y voir clair, après, je pourrais reprendre l’antenne vers, disons…cinq heures. Elijah règle les lecteurs, son biper, et sort dans la coursive. Dehors, les étoiles sont indifférentes.

Dans la loge de Seldon, rien n’a bougé. Elijah entre pour regarder à nouveau. Il essaie de lire le papier que tient dans sa main l’ex-animateur. Il tire délicatement, puis plus fort. La dernière chronique de Seldon est composée de trois feuillets, il se penche pour regarder la tête. Je t’emprunte ta chronique, tu m’en veux pas, dis ?

J’aurais bien aimé te ramasser la tête, pas te la laisser par terre, Hari, mais on va attendre les enquêteurs, hein…. T’as l’air surpris, hein, Hari? On se croirait au musée de cire. Mort de H. Seldon, scène 24. Mort d’un salaud. Mort d’un faux-cul. C’est comme ça, tu vois, à force de trop de rigueur, un jour, on perd la boule…ou on se fait des ennemis.

Avec quoi on t’a coupé la tête ? La coupure est bien nette. Beau travail, ça…

Elijah se relève, un peu d’humidité poisse le revêtement du sol. Il regarde les yeux encore ouverts. C’est pas tout ça, mon pote, mais cinq jours, ça risque d’être long avec notre jolie hystérique…faut que j’aille m’occuper d’elle avant qu’elle ne fasse des bêtises.

Suzanne se trouve dans la minuscule cuisine, elle rafle tous les couteaux, une petite cuillère qu’elle fourre dans un grand sac. Elle a pris aussi des conserves, de la soupe en boîte, du lait condensé, le café en poudre… De quoi je vais avoir encore besoin ? avec l’eau de la salle de bains, je peux au moins me faire du café, ah oui… la bouilloire, quoi d’autre ?

Suzanne se fige et tend l’oreille, rien, pas de bruit. Elle rallume l’ampoule de sa lampe frontale. Une espèce de sueur froide lui coule le long de la nuque. Pendant qu’Elijah discutait avec le Président, elle s’est décidée… Trois sur un satellite radio, moins un mort, égale deux.

Elijah n’aura pas ma peau comme ça, je vais me claquemurer dans ma cabine jusqu’à l’arrivée des secours, il me faut du pain, je vais prendre aussi les biscottes, et du sucre, pourquoi Elijah a-t-il bousillé Seldon ? Je comprends pas quel intérêt il avait à faire ça. Je vais devenir dingue, j’en peux plus.

La lumière qui s’allume dans la salle la fait sursauter, Elijah vient de tourner l’interrupteur.

« Suzanne, qu’est-ce que tu fiches, bon dieu ? » Elijah hausse le ton en voyant Suzanne saisir une espèce de couteau dont elle le menace.

«  Tu fais encore un pas et je te plante, Elijah, le prévient Suzanne, allez, dégage de mon chemin, retourne-toi, lève les mains bien en l’air et avance dans le couloir, je ne tiens pas particulièrement à te faire du mal, mais je te préviens, je m’appelle pas Seldon, et tu m’auras pas comme ça.

– Tu déconnes, Suzanne, tu déjantes, articule Elijah, tu es en train de perdre les pédales, punaise, c’est pas Alien III, c’est juste le satellite de Radio Star, ici. Y a un sale coup dur inexplicable, mais c’est pas une raison pour nous entretuer, on n’est pas dix et on n’est pas non plus des petits nègres, on n’a même pas vérifié les issues de la station, si ça se trouve y a un dingue qui se promène dans les couloirs, et on ferait mieux de faire équipe. Quant au couteau que tu tiens en visant mes omoplates, je te signale que c’est un fusil à aiguiser les couteaux et qu’il va te falloir un burin pour me planter avec. Je veux bien tenir le rôle du méchant assassin cynique mais pas du vampire, hein…Allez Suz’ calme-toi. Pose ce truc, on va aller vérifier les portes et les sas, si tu veux, je marche dix pas devant toi, ça te va ? je peux me retourner ? »

Qu’est-ce que je fais, pourquoi je l’écoute ? Je peux pas lui faire confiance, allez ma vieille reprends-toi, te laisse pas avoir.

Mâchoires crispées, Suzanne le regarde d’un air absent, Elijah fait un pas en avant, Suzanne se raidit.

« Bouge pas, Elijah ! 

-Ok Suzanne, ok, je bouge plus. On va commencer par retourner dans la cabine de Seldon, on a peut-être pas remarqué un détail important, ensuite il faudra inspecter les issues, ensuite on ira voir dans la réserve si on a touché aux combinaisons de survie, d’accord ? Je vais aussi retourner au poste de réglage, doit bien y avoir un plan des canalisations, des circuits de climatisation. Dans les films, les assassins sont toujours dans les gros tuyaux de la climatisation.

– Je viens avec toi ! On ne se sépare pas.

-D’accord, on reste ensemble. Dans les films, les héros meurent toujours quand ils se séparent. »

« Raaaadioooooooo Staaaaaaaar ! Joyeux Terriens, au 3ème top, il sera 5 heures. Les premières informations de la matinée vous seront présentées par Suzanne Clavine. » Indicatif info. Bascule micro. Connexion.

« Nous reprenons le cours normal de nos émissions, après un problème technique qui a rendu notre émetteur inactif pendant près de deux heures. C’est un fragment de météorite qui est à l’origine de cette interruption. Notre émetteur a été légèrement endommagé et a nécessité une intervention hors station par la centrale Bratar.

-Autrement dit, Suzanne, et pour nos auditeurs, une centrale composée de bras articulés qui intervient en totale autonomie ?

-C’est tout à fait cela, Elijah, la Bratar peut intervenir et réparer, là, où des techniciens devraient peiner dans des combinaisons spatiales. Passons maintenant, si vous le voulez bien, Isaac, aux informations générales. L’Exposition Universelle de Mars ouvre ses portes ses portes ce matin, on attend trois milliards de visiteurs. Dans son discours d’inauguration, le Président du Système S. a tenu à souligner l’implication de toutes les nations, sans l’effort desquelles, la tenue de l’Exposition n’aurait pas été possible.

-Sur Terre, maintenant, on parle d’une récupération possible des quantités d’eau douce des derniers glaciers polaires, à des fins commerciales d’exportation vers Venus ?

-Cela sera d’ailleurs le sujet de notre émission de ce soir : L’eau, enjeu en jeu… »

La voix de Suzanne est un peu aiguë, à d’autres moments, au contraire, elle plonge dans le grave.

Faut qu’elle tienne encore cinq minutes, jusqu’à la pub, au moins, songe Isaac. Si elle s’effondre à l’antenne, Lebacher nous enverra animer Radio F.R.A.N.C.E. Saturne jusqu’à la fin de nos jours.

-Et maintenant, notre programme de musiques folkloriques d’hier et d’aujourd’hui : La lyre à modulations des Îles Galatéennes…Mais avant notre page publicité… »

Déconnexion micro. Lecteur 1. Lecteur 4.

Suzanne enlève son casque. Dix minutes, et n’importe quoi pour un café bien fort ou un somnifère.

Elijah arrive tenant à la main un gobelet de café fumant, c’est à ce moment que l’exter-com sonne.

« Je vous passe le Président ! restez en ligne…

-Elijah? Président Lebacher…

-J’avais reconnu votre voix, Président.

-Comment ça va là-haut ?

-L’ atmosphère est un peu tendue et…

-Bon, Isaac, parlons sérieusement. Je sors d’une réunion avec mon staff communication, ils viennent d’avoir une idée assez intéressante et hum.. comment dire…j’aimerais que vous puissiez la mettre en pratique, si… enfin… La mettre en pratique. »

Suzanne a repris l’antenne, elle surveille Elijah du coin de l’œil, celui-ci prend des notes sur son calepin, qu’est-ce que Lebacher va encore exiger ? Elijah secoue la tête, de temps à autre. Qu’est-ce qui se trame… 2mn 50 de musique : un remix de Planète Claire.

« Qu’est-ce qu’il veut, Lebacher ?

-Il veut qu’on mène l’enquête en direct avec l’aide des auditeurs. Il y aura des plages de 5 mn par heure où ils nous feront des suggestions, nous demanderont d’aller vérifier tel ou tel truc, ou simplement, pourront nous poser des questions, soupire Elijah.

-Ouais, pas terrible, hein… Je suppose qu’on n’a pas le choix ?

-Non, on n’a pas le choix. De toute façon, il a déjà annoncé la nouvelle sur les autres fréquences de FRANCE Externe, et les premiers auditeurs devraient appeler dans 15 minutes, maintenant.

-Super, murmure faiblement Suzanne, en se frottant le front, et concrètement ?

-Concrètement, on prend l’équipement léger, les micros et les oreillettes et on bosse en direct. Lebacher est persuadé que ça va faire un malheur.

-Et quand on a envie de pisser, on a le droit de fermer le micro ? essaie d’ironiser Suzanne, mais sa blague ne fait même pas sourire Elijah. Et on bosse en nocturne aussi, ou on peut dormir ?

-Tant qu’on ne saura pas qui a tué Elija, crois-tu que tu pourras dormir, Suzanne ? »

Voyant rouge. Fin de cube. Connexion. Générique début. Indicatif. Micro.

«  Allô, oui, je vous écoute, monsieur…

-Oui, bonjour, je vous remercie de prendre mon appel à l’antenne. Voilà, dans les crimes, on cherche le mobile. Si Seldon a été tué, il devait bien y avoir un mobile… Donc, ça sera mon conseil, essayez de trouver la raison pour laquelle l’un de vous deux aurait eu intérêt à sa disparition.

-Merci de votre appel, monsieur, nous allons tenir compte de votre piste de recherche, question suivante, Elijah?

-Oui, Suzanne, un auditeur est en ligne…Parlez plus fort, monsieur, la liaison est très mauvaise !

-Allô, oui ? Allô ? Oui, je voulais savoir comment on l’a tué exactement, et si c’est possible de retrouver l’arme du crime, parce que c’est sûr, l’assassin n’a pas pu s’en débarrasser facilement, c’est quand même hermétique, votre station…

-C’est une bonne proposition, que nous retenons également. Mais même dans un espace clos aussi petit que notre station satellite, il y a de nombreux endroits où l’on peut cacher une arme, vous savez… il y a tous les faux plafonds, toutes les plaques murales, cela fait tout de même pas mal d’endroits possibles… mais, nous essaierons, monsieur.

-Je peux encore poser une question ?

-Mais, je vous en prie, monsieur…

-Ce que je me demandais aussi, c’est quand il avait été tué… Vous devriez essayer de voir de ce côté-là.

-Un dernier appel, Suzanne ? Oui, parlez, vous êtes en ligne sur Radio Star, allô ? vous nous entendez ? parlez, c’est à vous ! Posez votre question…

-Bonjour Suzanne, bonjour Elijah, je tenais d’abord à vous remercier pour vos émissions, hein, que j’écoute fidèlement depuis deux ans. Ma question est la suivante : saviez-vous qui était réellement Seldon ? Peut-on, dans ces conditions parler réellement de meurtre ? »

L’homme s’éveille, sa femme dort encore avec un petit ronflement. Il se glisse silencieusement hors du lit, rafle ses affaires, sort de la chambre. Arrivé dans la cuisine, il se prépare un café. Il a l’air soucieux, préoccupé. Il boit coup sur coup deux grandes tasses d’un café trop fort et trop chaud. Il réfléchit. Il semble qu’il n y ait pas de solution à son problème. Il a consulté, d’abord son médecin, puis un psychiatre, il a même tenté quelques séances chez un psychanalyste qui lui a conseillé de noter ses rêves. Mais il en aurait eu pour des milliers de pages…Il en a griffonné quelques unes avant d’abandonner. Toujours les mêmes histoires, non, pas toujours les mêmes…pas exactement les mêmes. Ces rêves, ces cauchemars…Toutes les nuits. Elijah, Seldon, Suzanne. Ils ne sont jamais les mêmes, ne font jamais la même chose…Il a l’impression qu’il devient dingue.

Une demie heure plus tard, douché et rasé de près, il s’apprête à partir au bureau.

Le miroir dans l’entrée lui renvoie son reflet : celui d’un petit homme pâle et fatigué, la cinquantaine grisonnante. Sa femme le rejoint , elle lui tend sa serviette, l’embrasse gentiment, un peu inquiète.

«Passe une bonne journée, Isaac ! » lui lance-t-elle d’un ton faussement joyeux.

Madame Asimov referme la porte.

Publié par l'excédée

écriture, gravure, iris, David Austen, Yourcenar, Marc Aurèle, Rome, bidouilles, camping sauvage, art déco, de Stijl, Silverberg, escapades, récup', Asimov, Hadrien, Balkans.

3 commentaires sur « Une autre vie »

Laisser un commentaire