1.
ENVOI
(De Pénélope à Ulysse)
C’ en est fini d’Hélène,
Les murs sont tombés.
Je suis devenue la fileuse impatiente
Des jours solitaires. Je tisse l’attente de
Cet homme qui conçut son palais
Autour de notre lit.
2.
(D’Ulysse à Pénélope)
Chaque jour me rapproche
De ce qu’elle est devenue
Et m’éloigne de ce qu’elle a été.
Long ce voyage vers cette femme inconnue.
Etrangers l’un à l’autre. Aliénés.
Et depuis si longtemps.
3.
(De Pénélope à Ulysse)
Tu n’es plus…
Je fais semblant de croire.
Lorsque je fais mille pas, vers le bout
De notre île,
Je n’entends plus ta voix.
Je ne sens plus ta main.
CHŒUR : L’impatience n’existe plus,
L’espoir est une blessure,
Le souvenir, un poison.
4.
(D’ Ulysse à Pénélope)
Je reviendrai, parce que là était ma place.
Là-bas était ma vie.
(D’ Ulysse à Pénélope)
CHŒUR : Au matin, il attendait son éveil
Et son premier regard.
Au soir, l’odeur de ses cheveux
Et l’anse de ses bras.
5.
(De Pénélope à Ulysse)
Au matin, il attendait mon éveil
Et mon premier regard.
Au soir, l’odeur de mes cheveux et
L’anse de mes bras.
Son rire résonnait aux voûtes endormies.
Notre lit, ce navire, nous menait aux rives
Familières des plaisirs conjugués.
6.
(D’ Ulysse à Pénélope)
Epouse droite et digne,
Maîtresse de ma couche,
Tu régnais sur le roi de ce petit caillou.
O ma reine, pourquoi suis-je donc parti ?
Tant de combats, tant de ruses,
Tant de gloire pour l’échec de ce que
Fut ma vie.
Revenir, et reprendre ma place.
7.
(De Pénélope à Ulysse)
Qu’il revienne, ses yeux découvriront
les rides que dessinent le temps, les fils
d’argent, à mes tresses, mêlés.
Qu’il reprenne sa place.
Que me soient rendus ces moments
Où palpitaient mes flancs
De son ardeur contenue.
8.
» Sans effort il tendit, Ulysse, le grand arc. «
Homère.
Odyssée
Chant XXI