Vénale vénielle

«  Là, ça fait trop longtemps, m’en faut une… »
Parfois, il réussissait à résister quelques jours. Puis le besoin revenait, lancinant, irrépressible, presque douloureux.
Il enfila un blouson, rafla ses clefs. Porte qui claque.
Rues, Cafés, nuit. Il avait plu, il entendait les voitures rouler sur un bitume encore mouillé. Reflets de néons dans les flaques, clignotements amputés de lettres éteintes.
Il déambulait, l’œil aux aguets, énervé à l’idée de ne pas la trouver. Il ne savait pas comment il la voulait. Pas d’importance en fait. Juste une professionnelle. Qu’elle lui fasse ça bien. Il en croisa quelques unes. L’une d’elles l’accosta. Il la jaugea et secoua la tête, dénégation.
Trottoirs, lumières, il faillit ne pas LA voir.
Elle ne donnait pas vraiment l’impression d’attendre un client. Elle ne s’approcha même pas. Il eut même l’impression qu’elle n’avait pas fait attention, pas écouté, pas entendu.
Une fraction de seconde, il crut même qu’il avait commis une erreur. Peut-être attendait-elle juste un taxi, un ami parti chercher une voiture garée trop loin.
Il répéta sa question et elle sembla enfin l’entendre. Elle releva les yeux vers lui, comme si elle sortait d’une rêverie.
Le tarif tomba de ses lèvres.
Sacrée somme !
Il se sentait maintenant dans un état second.
Affaire conclue, modalités définies. Elle lui emboîta le pas, elle ne parlait pas.

Il s’effaça pour la laisser rentrer, et jeta sa veste sur le canapé. Il se servit à boire et lui désigna un verre, elle secoua la tête. Cheveux flous, virevoltants devant son visage.
Reposant son verre vidé d’un trait, il lui indiqua une porte.
La pièce était plutôt vaste. Meubles standard, mélaminé.
Il la poussa doucement    la guidant d’une main sur la hanche. Le tissu était doux sous sa main.
Soie.
Il était au comble de l’excitation.
« Commence ! »

Ses gestes étaient infiniment précis. Si précis, qu’ils se transformaient en des attentions qu’on eût pu prendre pour du sentiment. Elle prenait son temps, semblant ne pas avoir elle-même hâte d’en finir. Cela dura longtemps.
Elle revenait, semblant sur le point d’achever, puis reprenait un autre rythme. Lui ne bougeait pas, il laissait faire. Il avait décidé de ne pas l’aider, de ne pas faire un mouvement.
Passif. Merveilleusement passif. Pas un mot ne franchissait la barrière de ses dents serrées.

Tout mouvement cessa soudain. Elle en avait fini. Se tournant vers lui, elle planta son regard dans le regard de l’homme.
«  j’te préviens, je lave mais j’essuie pas. Un conseil.. la prochaine fois, n’attends pas que l’évier soit plein et qu’il y ait autant de vaisselle. »    Elle balança les gants en plastique vert sur l’égouttoir et s’essuya malgré tout les mains. Elle jeta un regard circulaire sur la cuisine puis passa dans le salon. D’un doigt, elle effleura une    étagère. Elle considéra un instant l’extrémité de son doigt. « J’ai une copine, son truc, c’est les poussières, ça t’intéresse ? »

Publié par l'excédée

écriture, gravure, iris, David Austen, Yourcenar, Marc Aurèle, Rome, bidouilles, camping sauvage, art déco, de Stijl, Silverberg, escapades, récup', Asimov, Hadrien, Balkans.

Laisser un commentaire