
Chapitre 1 : une poule dans un mur
Louise avait un mauvais goût dans la bouche.
(Ah, oui, l’héroïne s’appelle Louise, j’ai longtemps hésité entre Louise et Ema, mais à un moment, il a fallu choisir.)( Notez que Lolotte ou Gigi étaient dans l’ordre des possibles aussi..) (ou Luce) (ou Jeanne) (oui, bon, j’arrête) (mais si vous avez d’autres idées, on peut soumettre ça au vote).
Donc, Louise, puisqu’elle s’appelle Louise, avait un mauvais goût dans la bouche…
Ou alors, c’était juste le goût de la salive. Mais tous les matins avaient ce goût-là. On devait être le matin.
Louise avait toujours mal à la tête le matin. Elle hésita entre un cachet d’aspirine, une gélule d’ibuprofène, un comprimé de paracétamol, une clope ou un café.
Louise se décida soudainement pour les trois à la fois et de façon simultanée, ce qui la fit ressembler un court instant à la déesse Shiva.
C’est alors que le téléphone se mit à drinnnnguer. Louise, mug en main et clope au bec, se rua dignement vers le téléphone en se maintenant le cerveau dans l’axe.
Justement, c’était Dominique R.D.M.
Dominique R.D.M., car c’était bien lui qui téléphonait, est un type un peu étrange. Habillé généralement d’une veste verte à brandebourgs, d’un pantalon de pyjama à rayures vert amande et marron pâle, il porte de nuit comme de jour, une adorable couronne d’or discrètement incrustée de rubis.
Dominique travaille à la GUPEC (Grande Usine de Pâté En Croûte) le jour, et est veilleur de nuit (la nuit).
Par ailleurs, et dans le civil, Dominique est Roi. Mais seulement pendant les vacances, quand il peut rentrer chez lui, au Monte-Alto. C’est aussi pour ça qu’on peut trouver sa façon de s’habiller un peu étrange, mais, en fait, c’est son costume de roi. Enfin, juste dans son pays. Parce que les rois, dans les autres pays, ne portent pas de veste verte à brandebourgs ni de pantalon de pyjama à rayures.
« Allô, Louise ? »
» Allô, Louiiiiise ? »
Mais Louise ayant confondu cachet de Doliprane et comprimé UPSA effervescent, était occupée à étouffer, ce dernier s’étant collé sur sa glotte.
Louise glapit dans le téléphone. Dominique reprenant espoir, lui expliqua qu’il avait un problème : il était ennuyé, il y avait eu un coup d’état au Monte-Alto.
« Je ne suis plus roi depuis 2 h 14, heure locale. » Emit-il sobrement.
Là, tout de suite, il faut marquer une pause.
PAUSE
(pour ceux et celles qui meurent d’envie d’en savoir plus sur le Monte-Alto, et pour la culture personnelle de chacun, il y a une page spéciale Monte-Alto, quelque part sur le blog. Avec un peu de chance, j’aurais trouvé d’ici lundi prochain comment raccorder ça avec un lien, sinon peut-être qu’ éventuellement, en passant par un des menus, on peut s’y rendre manuellement (si j’ose m’exprimer de la sorte) ceci à condition de trouver les menus (c’est pas gagné)..)
Mais reprenons le fil de l’action …
» Comment ça, destitué ? déglutit Louise.
– C’est l’ignoble Blépaphore! Il trouve qu’il ne règne pas assez. Il s’est secrètement emparé du Barondin. Et maintenant, il assume le rôle de Nocturne. Quand Diurne a appris ça, il a décidé de revendiquer les prérogatives du Verduret ! Du coup, le Nicéphore a aussi disparu… Louise, il faut que tu m’aides. Nous partons ce soir pour le Monte-Alto, j’ai demandé un congé exceptionnel chez Garmouzingue, et Aignan me remplace à la GUPEC. Rendez-vous, là où tu sais, à minuit. »
Je crois qu’il faut marquer une deuxième pause.
DEUXIÈME PAUSE
(pour ceux et celles qui meurent d’envie de comprendre le charabia ci-dessus, et pour la culture personnelle de chacun, il y a une page spéciale Monarchie Quaternaire quelque part sur le blog. Avec un peu de chance, j’aurais trouvé d’ici lundi prochain comment raccorder ça avec un lien, sinon peut-être éventuellement, en passant par un des menus, on peut s’y rendre manuellement (si j’ose m’exprimer de la sorte) ceci à condition de trouver les menus (c’est pas gagné)..)(j’ai une impression de déjà-lu, pas vous ?)
Le téléphone cliqua, puis plus rien. Louise crut qu’elle avait été victime de son état maldetêtesque. Elle grignota songeusement une deuxième aspirine et alla se préparer du café.
Fallait-il qu’elle emporte sa minijupe rouge ou plutôt sa robe longue vert émeraude ? Songeant au climat du Monte-Alto, elle se décida rapidement pour une minijupe en cuir vert pomme, son manteau en vison acrylique, trois paires de chaussettes de laine, son tuba, une écharpe rouge, neuf paires de chaussures et de bottes assorties à différentes tenues qu’elle enfourna dans ses sacs en plastique favoris. En attendant minuit, elle pourrait faire de l’aquarelle, c’est une activité extrêmement délassante, parfaitement indiquée dans mon cas, songea-t-elle.
Chapitre deux : Un train peut en cacher un autre

A minuit, Dominique n’arriva pas. C’était un peu contrariant. D’abord, Louise avait froid.
La minijupe n’était pas une aussi bonne idée que ça. Elle l’avait un peu rallongée, grâce aux pages « économie » du « Monde » qu’elle avait fixées avec des allumettes taillées en pointe. Mais ça n’était qu’un pis-aller : le fond de l’air était froid à la gare de l’Est.
Ensuite, le rapide pour Monte-Alto était déjà en gare et partirait dans treize minutes. Louise glissa sa pièce dans la fente du distributeur et obtint un billet de seconde ainsi qu’un petit paquet de pastilles à l’anis, les mêmes que celles à la menthe, mais à l’anis.
Trois bonbons plus tard, Louise grimpa dans le train. L’absence de Dominique était un peu tarabustante, mais il devait y avoir une explication simple et logique : qu’il se soit fait enlever par les acolytes de Blépaphore, qu’il ait été tué par les partisans de Diurne, qu’il se soit gourré d’heure ou de gare.
Louise balança ses sacs dans le filet à bagages, qui n’était d’ailleurs pas un filet, régla le chauffage à fond, et transforma sa rallonge de minijupe en couverture à grand renfort d’allumettes. Farfouillant dans son réticule, elle en retira un tube d’aspirine. Le bouchon splotcha .
Louise croqua un comprimé. C’était amer. Elle sortit dans le couloir et alluma une clope.
A minuit 14, le rapide prit son élan. Louise prit garde à ne pas se pencher par la fenêtre, se vautra sur la banquette, jeta la couverture journalistique sur ses jambes et s’endormit. Demain serait un autre jour.
Le lendemain vint à une vitesse étonnante. Louise s’éveilla et constata que c’était le matin, qu’elle avait un peu mal à la tête et qu’elle avait un drôle de goût dans la bouche. A moins que ce ne soit la salive. Louise sortit de son sac un thermos de café, alluma une clope, toussa un peu, et délaya une aspirine dans le café.
Puis, s’étant de la sorte défroissé l’intellect, elle envisagea un instant de se refaire une beauté. Je ne sais pas comment vous êtes après une nuit passée dans le train, mais Louise, c’est pareil. Bref, je vous épargne les lingettes rafraîchissantes et autres détails affligeants.Le train ralentissait maintenant de manière significative, preuve qu’il allait entrer en gare. Louise écourta donc la séance d’esthétique et rassembla ses affaires.
Comme elle s’y attendait, personne ne l’attendait à la descente du train. Louise se dirigea donc vers le buffet de la gare. Elle avait troqué sa minijupe contre un pantalon en pur vison acrylique, s’était chaussée de bottillons thermoformés de chez Chanel et avait ceint une écharpe en crocodile sauvage, qui lui donnait un air élégant et dégagé.
Le buffet était désert. Louise s’assit et héla le garçon, elle commanda dlvà oµùk i chïpàç, ce qui en Monte-Alti courant signifie : un café noir et un verre d’eau. Car notre héroïne parle couramment l’idiome. Grâce aux cours accélérés et multiples que Dominique R.D.M. lui a assénés, Louise a pu non seulement rapidement se débrouiller, mais encore soutenir une thèse de doctorat sur l’usage du passé ultérieur supiné en Monte-Alti ancien, (spécialité en Monte-Vastais).
Donc, le garçon, qui s’appelait Dominique, comme l’indiquait son petit badge, prit la commande, et revint, rapide comme l’éclair avec le dlvà oµùk i chïpàç. Louise, perdue dans ses supputations, ne le vit même pas déposer la tasse. Et pourtant, elle eut dû. Quelques secondes plus tard, en effet, elle découvrit un petit carton blanc, habilement plié entre la tasse et la soucoupe.
Le carton, une fois déplié, se révéla être un message de la plus haute importance, puisqu’on lui fixait rendez-vous à midi, qu’il y était question de Dominique R.D.M. et de vie ou de mort, enfin un truc dans le genre…
Louise, avalant de travers sa dernière gorgée de café, chercha le garçon qui l’avait servie, mais il avait disparu, remplacé par un vieillard moustachu. Infiniment troublée, elle vida son verre d’eau d’un trait sans même y avoir dissous la moindre parcelle d’aspirine.
L’horloge du buffet indiquait neuf heures. Louise jeta trois couronnes sur la table, rafla ses sacs de voyage. Louise s’enquit auprès du vieux moustachu prénommé Dominique, de la procédure à suivre pour se procurer un paquet de clopes. Ayant scrupuleusement noté l’adresse du débitant de Kraµaku le plus proche, Louise sonda son sac à main dont elle réussit à extraire une clope pliée en deux.
Louise avait une méthode infaillible : deux rouleaux de scotch plus tard, il n’y paraissait plus. Louise se paya deux effervescentes et alluma son collage.
A l’exception d’un grésillement étonnant et d’une fumée charbonneuse qui emplit le rez-de-chaussée de l’établissement, cette clope était tout à fait acceptable.
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( « Elle devrait écrire! » Marguerite Yourcenar.)
chapitre 3 : au delà des bornes
Le message lui expliquait, en substance, qu’elle devait se mettre à la recherche d’un certain Dominique, dont on lui indiquait l’adresse -fort aimablement- et que celui-ci pourrait lui expliquer clairement les ressorts de l’affaire.
En ville, l’ambiance était étrange, il ne se passait strictement rien. Chez le marchand de kraµaku, Louise fit l’emplette d’une cartouche de clopes locales. Il n’y avait pas de journaux. Les présentoirs étaient vides.
Pour ceux qui l’ignoreraient, le Monte-Alti est une langue d’origine Slavonne.
(aimablement décrite par mes soins attentionnés, à la page spéciale Monte-Alto.)
C’est une langue ardue, complexe (voire rebutante).
Les Monte-Altistes eux-mêmes ont beaucoup de mal à s’exprimer correctement. Ils n’arrêtent pas de faire des contresens. Certains ont même renoncé à parler et ne locutent plus que par onomatopées et grognements, voire même en anglais. La lecture pose un problème supplémentaire puisque les voyelles, signes mous et durs disparaissent à l’écrit, ce qui rend le tout parfaitement incompréhensible.
Dans ces conditions, ne paraissait, au Monte-Alto, qu’un seul quotidien et encore n’était-il quotidien qu’une seule journée par mois, ce qui le faisait furieusement ressembler à un mensuel.
Où en étais-je ? Ah, oui. Donc il n’y avait aucun quotidien chez le marchand de journaux…. Louise ne disposait d’aucune source d’informations. Qui régnait aujourd’hui ? Le Nicéphore et le Barondin avaient -ils réellement disparu ? Qu’est-ce que c’était que cette prise de pouvoir ?
Au Monte-Alto, pourtant, tout avait bien marché depuis que Dominique I er avait institué le principe de la Monarchie Aléatoire Quaternaire..(voir blabla page ici)
Aucun des rois ne pouvait étendre son pouvoir. Pourtant, c’était bien ce qui s’était passé il y a la veille à 2h 14 (heure locale). …
Car si ce que Dominique R.D.M. avait expliqué, était vrai, deux des emblèmes avaient changé de propriétaires…. Louise alluma une kraµakla et toussa beaucoup. Qu’est-ce qu’ils pouvaient mettre là-dedans ?
Le plus urgent était de se mettre en contact avec ce fameux Dominique de la rue Platchik.
Mais tout d’abord, il fallait savoir où se trouvait la rue Platchik…
Pour cela, il était indispensable de s’acheter un plan de la ville. Se lancer dans Monte-Alto sans ce précieux document serait pure folie.

La ville affecte, en effet, une forme pentagonale dont le centre culmine à 122 mètres d’altitude. De chacun des angles du pentagone s’élève une voie appelée « avenue montante centrale».

Chaque secteur délimité ainsi par deux avenues centrales montantes s’appelle « Scromblich » qui peut être traduit par « Farfouillis ». De ces cinq avenues centrales, quatre escaliers, huit rampes et douze avenues primaires rejoignent les quartiers inférieurs.
Chaque avenue primaire se ramifie en trois avenues secondaires qui se subdivisent chaque fois en quatorze rues disposées autour d’un rond-point, et donnent naissance à des ruelles dont trois seulement permettent de rejoindre le rond point du « scromblich »suivant. (extrait du désormais célèbre « guide du Monte-Alto »)

Louise aimait l’aventure, mais il y avait des limites. Elle acheta donc un plan, sans doute imparfait, une boussole probablement faussée, tenta de se repérer, puis s’engagea farouchement dans la première ruelle à droite : la rue Platchik était quelque part là-dedans, dans le Farfouillis contigu.
Deux heures quarante cinq plus tard, Louise se planta devant le numéro 8 de la rue Platchik. La maison devait avoir cinq ou six étages et ressemblait à une construction vénitienne, avec une multitude de colonnades, de balcons et de fenêtres en ogives. S’ajoutaient à cela quelques ouvrages de ferronnerie qui n’étaient pas sans rappeler le style Art Nouveau et qui complétaient l’ensemble à grand renfort de feuilles et de tiges entremêlées terminées par des inflorescences indéterminées.
Louise poussa la porte. Sur la droite un escalier, assez raide, menait aux étages. Au fond, on pouvait accéder à une cour intérieure en poussant le battant d’une grille. Un autre escalier, sur la gauche de cette cour, devait desservir une autre partie de l’immeuble

Se retournant vers la rangée de boîtes à lettres, elle en compta douze. Tous les habitants de l’immeuble se prénommaient évidemment Dominique. ( On compte près de 98% de Dominique dans la population Monte-Altiste mâle. Il existe d’autres prénoms, évidemment, mais de façon inexplicable, personne ne s’en sert jamais. Les petites filles, elles, peuvent s’appeler Groutcha ou Golzri, Emelle ou Widget (mais c’est rare)).
Au premier étage, Louise fut reçue par un charmant vieillard, qui après quelques explications confuses et embrouillées se révéla complètement étranger à l’affaire. En revanche, il était sourd comme un pot et fort peu physionomiste. Il prit Louise pour sa nièce et commença à la questionner sur toute la famille restée au village. Louise eut toutes les peines du monde à lui faire entendre raison. Une fois revenu de sa méprise, il ne se résolut à la laisser partir qu’après lui avoir fait ingurgiter un petit alcool local. Au troisième verre de Gutha, Louise réussit à prendre la fuite, prétextant un terrible mal de tête.
L’occupant du deuxième devait être absent, car malgré onze toc toc qui lui égratignèrent les phalanges, Louise n’obtint aucune réponse. Presque arrivée au troisième, Louise en avait sa claque et songeait sérieusement à laisser tomber. C’est d’ailleurs ce qu’elle fit puisqu’elle trébucha sur la dernière marche et s’étala sans aucune élégance, se vautrant sur le palier avec un bruit mou et répugnant, se meurtrissant le genou droit. Louise tenta de se relever dignement, opération rendue difficile par la Gutha qui lui plombait le frontal. Soudain, elle se sentit soulevée et remise d’aplomb par une poigne solide. La poigne solide se trouvait être rattachée à un bras, lequel bras était complété par le reste d’un individu.
(Je sais qu’il y a des cinéphiles avertis parmi vous…alors ? question blanche posée par Mme Fontvieille de Donlevade, qui est le réalisateur du film « un dimanche à la campagne » ?)
Pendant que j’aparte, je vous préviens que je rigole pas : si vous ne vous inscrivez pas pour recevoir l’épisode 6 bis hors série, je ne vous l’enverrai pas. C’est pas des menaces en l’air, hein…
chapitre 4 : un dimanche à la campagne

L’individu était pourvu d’une tête. La tête souriait aimablement, bien qu’affichant une expression un peu sarcastique.
« Je vous attendais avec impatience. Vous n’avez pas eu trop de mal à trouver ? » s’enquit le releveur.
( Non, penses-tu, ça fait trois heures que je me cogne toutes les ruelles de Monte-Alto, je me tape un apéro ignoble avec un vieux schnoque sourdingue, je m’écornifle les doigts sur les portes palières, et en plus je me bousille le pantalon et le genou, et tu me demandes si j’ai eu du mal ?)
« Pas du tout. J’ai juste un peu traîné en route.
– Venez, ne restons pas ici. Entrez, j’ai préparé un peu de thé.
– Vous n’avez pas plutôt du café ? »
( Par les Saints Cartilages, qu’est ce que c’est que cette Golzri que Dominique R.D.M. m’envoie ? Elle est même pas fichue de monter un escalier sans s’abîmer le museau. Elle empeste la Gutha. Elle boit du café et je suis sûr qu’elle fume comme un sapeur.)
«Je peux fumer ?
(Tiens, qu’est-ce que je disais…)
(S’il répond non, je me lève, et je pars.)
– Oui, bien sûr.
( Impolie, tsss)
(Pisse-froid)
( Trop maquillée)
( Phallocrate)
( Elle se croit belle en plus)
(I’se prend pour qui ?)
– Un sucre ou deux ?
– Deux, merci infiniment.»
( Elle devrait se surveiller, évidemment pour l’instant ça va, mais vers quarante ans, elle va grossir.)
( Qu’est-ce qu’il a à me regarder comme ça, il veut ma photo ? )
En fait, ils n’eurent pas le temps de faire plus amplement connaissance. Au moment précis où Louise portait la tasse à ses lèvres, la porte explosa. Louise lâcha sa tasse et se brûla la cuisse au deuxième degré. Avant qu’elle puisse pousser le moindre cri, elle fut bâillonnée, cagoulée puis traînée sur le palier, puis sur chaque marche de chaque étage. Enfin, elle fut balancée sans aucun ménagement dans ce qui pouvait être une charrette à bras ou un cabriolet coupé sport à capote amovible en pur Skaï, avec tétraèdres en X.
Le crâne de Louise était, de toute façon, tout cabossé, elle ressentait une certaine lourdeur au niveau de l’occiput et elle avait du mal à évaluer la cylindrée du carrosse dans lequel on l’avait balancée.
Quand elle put à nouveau tenter une amorce d’activité neurale, ce fut pour constater qu’elle avait le fondement posé sur un objet pouvant entrer dans la catégorie des chaises et tabourets. On lui avait laissé son bâillon, mais on lui avait ôté la cagoule et lié les mains dans le dos.
En face d’elle se tenaient cinq hommes. En fait, c’est une façon de parler, ils ne se tenaient pas vraiment. Enfin, pas à première vue. Ou alors, ils s’étaient tenus un autre jour. Parce que là, tout de suite, non, ils avaient tous les mains dans les poches, sauf un, qui se curait les ongles. Et donc, il ne se passait strictement rien. Le silence était un peu pesant.
Tout le monde attendait sans trop se regarder.
L’attente se prolongeant, on continua à attendre. Louise en profita pour observer les lieux, dans la limite de son champ visuel évidemment, car elle sentait bien qu’au premier mouvement, son cerveau allait se décrocher et rouler dans la paille. Donc, juste devant, Louise voyait son nez, un peu gonflé. Devant le nez, il y avait ce qui pouvait ressembler au mur d’une remise ou d’une grange avec une jolie petite lucarne à travers laquelle on découvrait un morceau de campagne verdâtre et emmoutonnée. C’était très bucolique.
A sa droite, Louise put distinguer une porte fermée, deux râteaux et une brouette, une poule sur un mur qui picorait du pain dur, ainsi que Dominique qui gisait la tête enfouie dans le fourrage.
Il devait être inconscient, car n’importe quel être humain en bon état aurait tout fait pour changer de position. Vers la gauche, Louise ne voyait rien à cause de son œil qui était partiellement fermé par un œdème douloureux quoique bénin.
Comme elle n’avait plus rien à faire, Louise commença s’agiter. Trente secondes plus tard, elle décida que ça commençait à suffire ce carnaval. Elle brama à travers son bâillon qu’elle voulait une clope, un café et un tube d’aspirine et que ça commençait à bien faire, non mais, qu’est-ce que c’est que cette façon de traiter les dames. Son long meuglement revendicatif provoqua un certain remous dans l’assistance.
Se rappelant sans doute un rendez-vous extrêmement urgent ou pris d’une subite et collective envie de pisser, les cinq encagoulés sortirent en vrac et sans un mot. Louise en profita pour latter discrètement la jambe gauche de Dominique. Celui-ci resta sur sa réserve et se tint coi, ce qui eut le don de profondément énerver Louise qui multiplia les coups de pieds proportionnellement à son énervement. Ce traitement énergique et appliqué donna un résultat inattendu : Dominique se dressa et après quelques embardées lui claqua la joue droite d’une main sèche. Dominique était, en effet, gaucher de naissance et, de plus, il détestait se faire satonner.
Ayant fait le tour de la grange, appliqué son œil sur la serrure et admiré le paysage à travers la lucarne, Dominique condescendit à détacher les mains de Louise, il ôta aussi prudemment le bâillon, puis lui plaqua immédiatement la main sur la bouche afin d’éviter récriminations et hurlements indignés. Engageant immédiatement un dialogue en langage gestuel international (intranscriptible ici), Dominique expliqua à Louise qu’il fallait partir parce que les hommes de l’infâme Blépaphore -car de toute évidence*, c’était à coup sûr Blépaphore qui avait commandité l’enlèvement- allaient sans doute revenir incessamment et qu’il avait eu sa dose pour aujourd’hui.
*( quand j’écris « de toute évidence » c’est une figure de style. J’ai bien conscience qu’un lecteur moyen doit avoir un peu de mal à se retrouver dans ce.. dans ce »truc »… faites comme si vous vous y retrouviez, ne me faites pas de la peine inutilement.)
Pendant ce rapide exposé, Louise n’était pas restée inactive : elle avait haché menu quelques tiges de nigella sativa, deux ou trois fleurs de matricaria recutita, finement pilé trois gousses de medicago orbicularis puis roulé le tout dans une feuille de maïs simplex préalablement lissée. Elle maniait maintenant avec énergie une pierre à aiguiser qu’elle faisait coulisser sur une enclume. De joyeuses étincelles s’échappant en tout sens, Louise put bientôt tirer sur son cigare homéopathique et mettre le feu à la grange. Louise s’adressant à Dominique, frappa à deux reprises son poignet gauche du tranchant de la main droite, ce qui en langage sourd-muet signifie : « on se casse ». Et c’est ce qu’ils firent.

Chapitre 5: cette obscure clarté….
« Quand on lit et relit les textes de Christine,
Devant ses inventions, souvent on hallucine. » (Pierre Corneille )
La grange crépitait gaiement. La poule, en revanche, expectora un gloussement de mécontentement. Louise et Dominique dévalèrent une pente avant de s’aplatir à l’abri d’un buisson de Frangipane : les hommes de Blépaphore revenaient en courant. S’agitant mollement dans presque tous les sens, ceux-ci cherchèrent frénétiquement de quoi éteindre l’incendie pendant deux minutes quarante-cinq, avant d’abandonner leurs proies pour l’ombre d’une bouteille de Gutha.
Louise et Dominique clopinèrent jusqu’à la route. Comme par hasard, un taxi passait par-là. Hélée avec un vif enthousiasme, l’automobile mercenaire réussit un splendide tête-à-queue, puis s’immobilisa. S’engouffrant comme un seul homme dans le véhicule, Dominique et Louise s’affalèrent sur la banquette. « Chauffeur ! A la capitale ! » brama Dominique. » A l’ Hôtel de la Grande Passe ! » compléta Louise.
Louise, prévoyante, avait en effet déposé à l’hôtel ses quelques effets et sa pharmacie personnelle. Sa tenue laissant à désirer, Louise émit le désir de changer de pantalon. Une aspirine serait aussi la bienvenue : elle avait la tête comme un caisson hyperbare. Louise jeta le mégot de son cigare par la fenêtre et s’abîma dans la contemplation de son auriculaire gauche. Dominique, quant à lui, s’évanouit à nouveau. Ce type n’avait aucune tenue…
Le taxi dut déployer toute la force de ses rétrofusées pour ne pas emboutir l’entrée principale de l’Hôtel de La Grande Passe. Dominique, d’un ordinaire taquin, en profita pour aller heurter le pare-brise de plein fouet et s’entailler profondément le front, (je ne m’appesantirai pas plus longuement sur le choc en retour et la lésion des cervicales, commune, certes, encore que parfaitement insupportable).
Louise gicla de la tire, et se rua dans sa chambre. Enfin, plus exactement : s’extirpa du tacot, se déplia les lombaires, rampa sur le perron et demanda sa clef d’une voix éteinte. Là, un choix crucial l’écartela. Café ? clope ? aspirine ? Allez, clope-aspirine-café ! Louise s’assit trente secondes sur le bord du lit, tirant avec délice sur une clope de fabrication locale, en regardant de dissoudre avec force pétillements six cachets qui ne manquaient pas d’air. Un toc-tocage discret sur la lourde de sa piaule la fit sortir de sa contemplation extatique.
Après y voir été invité, un groom revêtu d’un costume traditionnel, fit son apparition, porteur d’une cafetière fumante dont la contenance approximative devait approcher les deux litres. Louise remercia vivement le garçon d’une tape encourageante sur l’arrière-train. Le groom rosissant disparut dans le couloir en faisant tinter les grelots de son béret.
Deux litres de café et cinq clopes plus tard, Louise était à nouveau propre, lavée et pomponnée. Elle avait revêtu une minijupe verte à traîne, un maillot des Laker’s et chaussé des bottes en caoutchouc mousse qui, certes, lui épaississaient la cheville, mais lui tenaient chaud aux pieds. Dominique ne revenait pas de la clinique, où le chauffeur de taxi l’avait emmené, moyennant la réfection complète de la moquette intérieure de son tacot.
» Punaise, déjà quinze heures ? ! Mais…Ça n’avance pas cette histoire ! » soupira Louise.

Dominique, le front délicieusement ravaudé, fit une triomphale apparition dans le hall de l’hôtel où Louise l’attendait en feuilletant les nouvelles du mois dans les deux pages du mensuel « Monte-alti Plag ». C’était un numéro spécial cuisine. Louise en avait mal au cœur. Aussi engueula-t-elle Dominique qui se contenta de hausser les épaules en prenant garde, toutefois, de ne pas se froisser le grand deltoïde.
« Il faut que nous allions trouver Nocturne, c’est un type charmant. Je suis sûr qu’il acceptera de nous aider à récupérer le Nicéphore, il n’a jamais blairé Diurne. De toute façon, il n’a plus rien à perdre, Blepaphore lui a dérobé le Barondin… On peut aisément le convaincre. » asséna Dominique d’un air entendu.
Explications on ne peut plus claires, n’est-ce pas ?
Je ne vais pas vous forcer à relire, je vais vous insérer un petit tableau.
| roi | Blépaphore | Diurne | Nocturne | Verduret |
|---|---|---|---|---|
| emblème | Miklar | Balbov | Barondin | Nicéphore |
| période | le mardi et les deuxièmes et quatrièmes samedis des mois impairs (mais pas la nuit) | pendant la journée, mais pas le mardi, ni pendant les vacances | la nuit, mais pas pendant les vacances ni le mardi, ni les deuxièmes et quatrièmes samedis des mois impairs | pendant les vacances, mais pas la nuit, ni les deuxièmes et quatrièmes samedis des mois impairs |
Reprenons :
« on peut aisément le convaincre ! » asséna Dominique d’un air entendu. En fait, ce ne fut pas aisé du tout. Tout d’abord, il fallut le trouver…
A quinze heures trente (heure locale) Nocturne était en train de dormir, quelque part dans son palais. Trouver le palais fut assez simple.
C’était une construction baroque et marmoréenne, hérissée de tourelles, qui s’élevait au sommet d’une colline dans la partie boisée des jardins du Palais Royal. Dominique soudoya les gardes qui les laissèrent entrer pour la modique somme de deux millions d’anciens tuyegds. Louise se livra à la danse des sept voiles pour amadouer la cohorte suivante. Ils assommèrent les derniers et les plus récalcitrants.
Puis ils entrèrent dans la chambre de Nocturne. Des néons zonzonnaient, il y faisait plus jour que jour. Louise marqua son étonnement. (Enfin, elle ne le marqua pas pour de vrai, elle n’avait pas de burin à portée de main…)
« C’est la règle des Nocturnes, chuchota Dominique, il en est toujours ainsi. Comme ils vivent la nuit, ils ne doivent dormir qu’en plein jour »
Comme pour appuyer les dires de Dominique, Nocturne se mit à ronfler. Jusque là, tout était normal.
Le réveiller ne fut pas une mince affaire. On était en plein milieu du jour. Dominique alla fermer les rideaux et éteignit les lumières. Nocturne, abusé, commença à remuer un peu puis souleva une paupière. Qu’il rebaissa aussitôt. Deux quarts d’heure se transformèrent en une demi-heure. Dominique partit réassommer les gardes. Louise resta au chevet du bel au bois dormant. N’y tenant plus, elle le secoua vivement, lui enfourna les doigts dans les orbites puis étira les paupières vers le haut.
« Oh, votre majesté, faut vous réveiller, hein, c’est pas en roupillant comme Job sur son tas de lentilles, que vous allez récupérer votre royauté ! » résuma-t-elle dans les nocturnes pavillons.
Nocturne papillota des yeux, éberlué, et se dressa sur ce qu’il est habituel de nommer son séant quand on s’exprime bien. ( Il existe une terminologie toute autre pour cette partie de l’individu, mais j’ai choisi d’éviter toute expression triviale dans cet ouvrage. De la tenue, que diantre !)
Nocturne appartenait à la catégorie « bel homme ». C’est à dire qu’il était trop massif, trop grand, trop carminé. Nocturne était épais. Epais et désemparé. Nocturne, avant de le devenir, était patron des Garde-Meubles Généraux, d’où son épaisseur. Lorsque son nom avait été tiré de la Grande Urne, il y avait de cela trois ans, il avait abandonné son entrepôt pour endosser son habit de roi et recevoir le Barondin. Depuis, il menait des nuits paisibles, poursuivant les soubrettes dans les couloirs du palais, jouant au rami avec ses gardes. Il ne se passait pas grand’chose, la nuit, au Monte-Alto… Une coupure de courant, et de temps en temps, une bagarre de chiens. Il ne se passait tellement rien que Diurne en avait profité pour lui faucher son emblème.
Réveillé, Nocturne découvrit Louise à son chevet et se mit à hurler à la garde.
chapitre 6 : vous m’en remettrez une douzaine
» Quelle merveilleuse description de la psychologie humaine ! Christine est à la croisée des paradoxes, naviguant entre romantisme et réalisme, pudique sur sa vie privée, exubérante et passionnée lorsqu’il est question de littérature » ( Gustave Flaubert).
(Vous remarquerez que j’ai presque inventé la seule phrase courte jamais écrite par Gustave Flaubert.)

Dominique revint précisément à cet instant et entreprit de calmer Nocturne. Après de longs conciliabules, interrompus seulement par quelques pauses d’assommage de gardes, il apparut que Nocturne ne leur serait d’aucune utilité pratique. En revanche, Louise et Dominique apprirent que selon toute probabilité, le Barondin devait se trouver dans le palais de Blépaphore, vraisemblablement dans le petit placard à gauche en entrant dans la chambre royale. Quant au Nicéphore, Diurne l’avait pris c’était sûr, mais Nocturne n’avait pas la moindre idée de l’endroit où il avait bien pu le mettre.
(Pour ceux qui pataugent toujours dans le marais de « la monarchie quaternaire » on clique ici. J’ai rajouté un joli tableau avec des photos.)
« Ben avec ça, mon coco, on est bien avancé » grinça Louise.
Dominique et Louise revinrent rue Platchik. Dominique déblaya un mètre cube de gravats pour entrer chez lui, arracha le plateau de la table qu’il transforma habilement en porte en douze minutes de travail intensif. Quatre coups de scie et cent vingt clous furent néanmoins nécessaires à la réalisation de ce chef d’œuvre d’art brut. Louise en était baba mais suffisamment lucide pour s’occuper utilement pendant cette séance de menuiserie : elle se prépara un café grâce à un sachet d’instantané habilement dissimulé dans l’ourlet de sa jupe, fuma une clope et repassa une couche de vernis sur l’ongle de son index gauche.
N’ayant plus rien à faire, Louise regarda Dominique. Jusqu’à maintenant elle l’avait vu inconscient, évanoui, la tête dans le foin ou dans le pare-brise d’un taxi, sanguinolent ou couvert de sparadrap. Un hymne à l’arnica.
Louise le regarda d’un œil intéressé, vivement intéressé même, et finalement, légèrement concupiscent. Elle le trouvait rapiécé, certes, mais fort agréable à l’œil. Le regard de Louise devint un peu glauque puis rêveur.
« Au fait, je voulais vous demander… Quel jour sommes-nous demain ? » coassa Louise d’un air bête.
» Vous voulez un thé ? » renchérit-elle vraiment sottement.
Dominique en lâcha le marteau qui vint lui fracasser le tarse gauche. Remis de son étonnement et de sa douleur, il rangea son matériel et se dirigea vers la cuisine.
» Demain, nous sommes le sixième de Gride, mardi quoi… C’est donc Blépaphore qui prendra le pouvoir à six heures (locales). Lapsang ? Souchong ?
– Vous n’avez pas d’Arabica, par hasard ? hasarda Louise. Dites… Où doit avoir lieu la prise de pouvoir ? Parce qu’on pourrait peut-être en profiter pour récupérer le Nicéphore.
– Louise, je vous arrête tout de suite. Le Nicéphore est un emblème sacré, seul un roi peut y toucher. Tout ce que nous pouvons faire est de nous assurer qu’il est bien en possession de Blépaphore. Le toucher serait sacrilège. Au Monte-Alto, on ne rigole pas avec les choses sacrées. Savez-vous à quoi s’exposerait le coupable ? Non ? Vous ne savez pas ? Eh bien, continuez à ne pas le savoir. »
Louise trempa poliment les lèvres dans la tasse de thé que Dominique lui avait remplie. Le thé n’avait pas du tout un goût de café. Ni même un arrière goût.
– Et Diurne, où est Diurne pendant ce temps-là ? s’enquit-elle en tentant d’y comprendre quelque chose.
– Diurne va où il veut, il ne reprendra son règne qu’ heptamμera matin*… euh…mercredi matin. Je vous ressers ?
– Non merci, s’excusa Louise. Dites, ils sont mariés tous ces rois-là ?
– Non, ça leur est même interdit. Parce que comprenez-vous, s’ils étaient mariés, ils auraient des enfants, et alors, peut-être seraient-ils tentés de faire succéder leur progéniture. Or, c’est tout ce que nous voulons éviter. Nous tenons absolument à notre système aléatoire. Vous pouvez donc tout de suite abandonner l’idée que vous venez d’avoir.
Louise referma la bouche.
Bien lui en prit, puisque c’est à ce moment précis que la porte explosa et que quatre hommes encagoulés firent irruption dans la pièce.
(*) Ah, tiens ! j’viens de faire une page spéciale « calendrier » ! (au cas où cela vous aurait échappé !)
Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas obligés de la lire, c’est juste pour ME faire plaisir : j’aime faire des trucs qui ne servent à rien mais qui m’occupent, gentiment, une bonne dizaine d’heures…
Chapitre 6,5 : duralex sed lex

« Je l’avais dit à Roubaud… Christine, nous aurions dû la coopter à l’Ouvroir ! » (Georges Pérec
“ Punaise, voilà que ça recommence ” songea Louise.
Quant à Dominique, il ne songea rien puisque sa tête ayant été heurtée par un pan de porte, pardon, de table, il venait de s’évanouir.
“ C’est pas un peu fummmmph ” glouqua Louise à qui l’on venait d’appliquer du papier collant sur la bouche. “ fuuumppppppfffaaaammmmumf ” ajouta-t-elle avant qu’un sac en papier kraft ne lui fût enfoncé sur la tête. Elle n’ajouta plus rien, parce qu’elle s’était mise à bouder en signe de protestation. On la ficela en haut, en bas et même derrière.
Plus précautionneux que leurs prédécesseurs, les encagoulés portèrent Louise et Dominique et les balancèrent à l’arrière d’un camion qui, semblait-il, était rempli de paille. Le camion se mit à cahoter péniblement sur les pavés. Quelques minutes plus tard, il s’immobilisa dans un affreux grincement. Le moteur fut coupé. Les portières scriiiiiiiiiiquèrent et Louise entendit les cagoulés se diriger vers l’arrière du camion et se hisser dans la benne.

Les enleveurs se saisirent des enlevés et les portèrent jusqu’au moment où ceux-ci furent délicatement posés par ceux-là, dans de la paille ( fraîche). Louise entendit une porte se refermer en grinçant, puis plus rien. Louise, au risque de filer ses bas, se contorsionna dans la paille et réussit à se mettre à genoux. Le plus dur restait à faire : la mini jupe était vraiment ajustée, (“ j’aurais dû mettre mon kilt Jean Paul Gaultier ”), et les bottes fourrées la rendaient pataude des pieds( “ j’aurais dû mettre des chaussures qui me rendent moins pataude des pieds ” ).
Dominique gisait toujours quelque part dans la paille, Louise l’entendait râler et geindre. “ Et s’il faut compter sur lui… ”. Dans un ultime sursaut, qui la fit ressembler pendant un dixième de seconde à une poule d’eau sodomisée par un cygne, Louise réussit à se retrouver sur ses pieds et à se redresser.Victoire dérisoirement courte, puisque sa tête heurta une poutre, ce qui eût pour effet : de lui faire mal, de la mettre en colère, de la renvoyer dans la paille.
“ J’en ai ma claque de la campagne, de la paille et des poutres, moi ! ” pensa-t-elle avec amertume et une pointe d’agacement.
Recommençant l’opération, dont je tairai les affligeants détails, Louise réussit à se retrouver sur ses pieds et semi accroupie, sautilla latéralement telle une grenouille hémiplégique. Louise se posa ensuite la tête sur les genoux, car c’était une fille souple et qu’elle en avait marre d’avoir la tête dans un sac en papier (kraft).
La tête une fois dégagée, elle sautilla jusqu’à l’établi, où, comme par hasard, elle put trouver une lame de scie circulaire. S’étant libéré les mains, elle se libéra les pieds, car c’était une femme libérée. Pour la bouche, cela prit un peu plus de temps. Le gros scotch adhérait à ses cheveux, et ça faisait vachement mal. (“ punaise, ça fait vachement mal ! ”)
Dominique, quant à lui, fut rapidement localisé dans le tas de foin. Ses pieds dépassaient. Comme à son habitude, il était légèrement comateux. Louise le dégagea un peu du fourrage et décida de se débrouiller seule.
L’exploration minutieuse de la grange lui révéla que celle-ci n’avait qu’une porte, hermétiquement close de l’extérieur, qu’elle contenait néanmoins quelques objets susceptibles de lui être utiles, ne recelait aucune Jaguar Type-E même en mauvais état.
Louise farfouinant toujours, rassembla assez rapidement en un monticule hétéroclite : un seau percé, une faucille, un marteau, un manche de pioche, douze mètres de ficelle, la lame de scie circulaire, une boîte en bois contenant des clous rouillés, un bidon d’huile de colza à moitié vide, une chambre à air de bicyclette, un pot de vernis à bibliothèque à moitié plein.

Louise se gratta la tête.“ Qu’est-ce que je vais bien pouvoir fabriquer avec tout ça ? ”
chapitre 7 : indien vaut mieux que deux thuloras

« que le jour commence, que le jour se termine
toujours il faut lire ce qu’a écrit Christine » (Racine, Alcide, acte V, scène 2)
On m’a conseillé de faire du rangement dans le blog. (Tout le monde a remarqué que ce site est totalement bordélique, que quatre personnes, seulement, ont compris où laisser leurs commentaires, que je retrouve un peu partout des lecteurs qui se sont perdus en essayant de s’abonner et qui errent tout déshydratés, à la limite de la lyophilisation, dans les pages d’un des menus sans pouvoir en sortir, je ne reviendrai pas sur ces pénibles détails…) Bref ce site fait ressembler le palais du Minotaure à un loft de 15 mètres carrés
Qu’est-ce que vous allez bien pouvoir fabriquer avec tout ça ? ” échota Dominique, provisoirement sorti des limbes.
“ Votre t-shirt est tout déchiré, remarqua Louise.
– Oui, c’est bizarre, en plus ils m’ont enlevé ma ceinture.
– J’vous en tricoterai une, tranquillisez-vous…passa-t-elle à autre chose. »
Mais soudain, elle s’interrompit, elle venait d’aviser un bristol plié en deux qui dépassait d’une fente entre les lames du plancher.
Consciente de l’état de son cerveau qui ressemblait de plus en plus à un kilo de pêches mûres, Louise se rua avec lenteur vers l’objet (« Louise ! festina lente ! »). Elle se pencha en avant pour ramasser le carton blanc. Cela eut trois effets simultanés mais contraires :
-Son cerveau se mit à glisser à grande vitesse vers le bas, allant percuter l’os frontal avec un bruit mou et dégoûtant (c’est du moins l’impression qu’elle eut) et sembla s’écraser définitivement contre l’avant de sa tête sans, cependant, réussir à sortir par les narines, les sinus faisant obstacle.
-Ses fesses opérèrent un mouvement ascendant complémentaire à la descente de la tête, qui eut pour effet de faire littéralement exploser la couture de l’arrière de sa jupe.
-Dominique, un instant surpris par la violence de la scène, fut, dans le même temps, secoué d’un fou rire et traversé par une idée salace.
Louise se redressa dignement. Elle pencha un peu la tête en arrière, histoire de se remettre le cerveau et les idées en place. De la main droite elle tenait le carton, de la gauche, elle essayait de refermer sa jupe ou, du moins, faisait en sorte que celle-ci ne lui tombât pas sur les chevilles.
Une fois ouvert, le bristol s’avéra être une invitation rédigée en Monte-Alti médian, de l’époque Haskerbarz, ornée de l’emblème de la monarchie quaternaire, * (pour les fanatiques, j’ai rajouté un paragraphe sur la page en question) écartelé de sinople et de gueules, meublé d’objets sables ( symboles de l’appétence des arts et techniques en Monte-Alto ). Quelques mots griffonnés d’une main hâtive et tremblotante, avaient été rajoutés en marge du texte.

Louise parcourut des yeux le bristol et le tendit à Dominique, en murmurant : “ Bah, avec ça mon neveu… ”
“ Quel jour sommes-nous, Dominique ?
– Le sixième de Gride de joyeuse Vendanges, mardi quoi…évidemment !
– Mais alors, le concert, c’est demain ! Il faut absolument que nous soyons présents, il faut agir, Dominique, m’entendez-vous ? s’agita-t-elle en tout sens (et accessoirement en secouant Dominique comme un prunier).
– En attendant d’agir demain, faudrait songer à calter aujourd’hui, suggéra Dominique sobrement, parce que les autres ne vont sans doute pas tarder à revenir… ”
Louise arpentait maintenant la grange en observant le sol. Le bristol blanc qu’ils avaient trouvé sortait bien de quelque part.
“ Dominique ! regardez, là ! une trappe, il y a une trappe ! aidez-moi à la soulever. ”
L’enthousiasme de Louise lui fit oublier son désastre vestimentaire. Lâchant l’arrière de la jupe, elle s’avança vivement vers Dominique. La jupe, se désolidarisant, alla s’entortiller autour des bottes, Louise vacilla, ses bras battirent l’air un court instant avant qu’elle n’aille se vautrer lamentablement sur le plancher.
“ Vous devriez l’enlever carrément. Elle vous gêne cette jupe ” suggéra Dominique, dans un élan parfaitement désintéressé en l’aidant gentiment à se relever. Louise, vexée, remonta son lambeau et s’emparant des vingt mètres de ficelle et se mit en devoir de se confectionner une ceinture doublée d’un ingénieux système de bretelles, ce qui la fit bientôt ressembler à un sergent chef déserteur des forces armées du Burkina-Faso.
“ Voilà, comme ça, ça tient ! pérora Louise.
– Peut-être que ça tient, mais on voit toujours votre culotte, je vous signale, ricana Dominique. C’est joli, ce violet comme ton.
– C’est pas violet, c’est lilas pourpre ! s’indigna Louise. Bon, on discutera chromatisme plus tard, il faut qu’on soulève cette trappe. Il faut qu’on se barre, qu’on calte, qu’on se trisse, qu’ on mette les voiles, qu’ on se casse, quoi ! Je veux absolument assister à la passation de pouvoir de ce soir pour voir qui va brandir l’emblème de Nocturne , je veux prendre un bain, m’habiller correctement, je veux de l’aspirine, une clope et un café ! Soulevons ! conclut-elle ”
Soulever n’était pas une mince affaire. Il y avait fort peu de prise, et la trappe semblait peser une demi-tonne, voire même cinq cents kilo. S’aidant de la faucille, glissée et plantée dans une fente, Louise tirait comme un âne, la trappe ne bougeait pas d’un millimètre.
S’échinant de la sorte pendant près d’un quart d’heure, Louise dut admettre qu’elle n’y arriverait pas. Elle était en rage. Dominique assistait à la scène sans bouger.
“ Ne venez surtout pas m’aider, hein, grogna-t-elle
– Je vous regardais, je réfléchissais et ça m’a donné une idée…
– Une seuuuuule ? ! ? répondit Louise outrée, mais…vous n’avez aucune imagination ! ”
Et Louise se remit à tirer comme une forcenée.
“ Ca ne sert à rien de tirer, Louise, reprit Dominique. Tenez je vais vous montrer. Ce qu’il faut c’est juste pousser ! ” Tout en disant ces mots, Dominique fit signe à Louise de se pousser, il alla se placer à l’extrémité opposée de la trappe, puis sautant brutalement, il disparut.
Le panneau avait en effet basculé, découvrant un passage, une volée de marche en pierre s’enfonçant dans les profondeurs. (Profondeurs dans lesquelles Dominique avait disparu. Louise l’imagina en vrac au bas de l’escalier)
“ Dominiiiiiiique, bêla-t-elle, ça va Dominiiiique ? ” compassa-t-elle un peu…
Chapitre 8 : c’est du poulet
« Longtemps je me suis couché de bonne heure, c’était avant d’avoir découvert les histoires de Christine F. »(Marcel Proust)


“ Dominiiiiique ? ça va ? ” Sa question restant sans réponse, Louise s’engagea dans l’escalier.
Il y faisait plutôt sombre, et Louise avait un peu les chocottes. Tâtant du bout du pied chaque marche, elle descendit de la sorte une douzaine de degrés. Contrairement à ce qu’elle pensait, elle ne heurta pas le corps de Dominique évanoui, ne lui marcha pas dessus, ne se vautra pas dedans.
“ Si au moins, j’y voyais quelque chose.. il faudrait un peu de lumière… ”
Et soudain, la lumière fut. Louise aveuglée cligna des yeux comme une poule prise dans les phares d’une BB66400. Elle était dans une sorte de souterrain creusé dans la roche. Des ampoules étaient suspendues tous les vingt mètres sous la voûte d’un tunnel dont on n’apercevait pas la fin.
“ Bon, Louise, caverna une voix, j’vous attends moi, allez ! ”
Reconnaissant la voix de Dominique, Louise, soulagée, accéléra le pas et le rejoignit. Ils marchèrent pendant quelques centaines de mètres sans échanger un seul mot.
Un bruit rompit soudain le silence, un horrible gargouillis qui résonna dans tout le tunnel. Louise se toucha l’estomac : “ Ptain, j’ai faim ! j’ai rien mangé depuis hier soir », remarqua-t-elle sobrement. “ Faut absolument que je trouve à manger, moi, je peux pas continuer à m’échapper des granges, à rechercher des rois, à provoquer des incendies, des explosions de portes sans m’alimenter. Dominique, faut qu’ je bouffe !
– Louise, je vous propose d’essayer de tenir jusqu’à ce qu’on sorte de ce tunnel, et là nous aviserons. ” répondit sobrement Dominique.
Louise re-glouglouta un peu mais dut admettre qu’elle n’avait pas tellement le choix. Elle se remit donc à marcher. Ils arrivèrent enfin à une porte. (Une énorme porte en bois, genre porte massive en bois massif). Le plus étonnant fut que pour une fois et contrairement à toute attente, d’une part la porte n’explosa pas et que, d’autre part elle s’ouvrit sans aucune difficulté. Personne ne montant la garde de l’autre côté, Louise et Dominique en passèrent rapidement le seuil. Ils se trouvaient maintenant dans une salle immense, dallée de larges carreaux jaunes et blancs, des tentures masquaient les murs de pierre, quelques armures tentaient d’y être décoratives.

“ Nous sommes au château de Blepaphore, c’est étonnant, non ? chuchota Dominique
– C’est bien, vous croyez ? demanda Louise.
– Oui, oui, opina Dominique. Blepaphore devrait bientôt se rendre à la Passation Nocturne, nous verrons alors s’il est en possession du Barondin.
– Vous croyez qu’on peut trouver un truc à manger quelque part ? s’enquit Louise qui gargouillait de plus en plus.
– Vous ne pensez qu’à manger, vous, décidément ! releva Dominique d’un ton réprobateur.
– Mais ça fait quand même 19 heures, que j’ai rien mangé, moi ! ! ! J’vais faire un tour aux cuisines ! C’est par où les cuisines, Dominique ?
– Mais, c’est hors de question, enfin, Louise ! On va se faire repérer ! Et puis vous avez vu comment vous êtes fringuée, là, avec votre culotte violette, votre jupe à ficelles et votre t-shirt de basketteur ? Ça va être l’émeute, les cuisiniers, les marmitons, les…
– Vous y connaissez rien, l’interrompit Louise, j’vais vous montrer moi ! ”
Se dirigeant vers une console supportant une coupelle de cuivre, Louise le planta là. Elle s’empara de la pièce de velours pourpre qui recouvrait la console, s’en confectionna une espèce de toge drapée, elle posa ensuite la coupelle sur sa tête. Dominique regardait d’un air halluciné la transformation s’opérer.

“ Et hop ! rugit Louise avec un petit mouvement de hanche, qu’est-ce que vous dites de ça ? La princesse Louise a faim, la princesse Louise s’en va-t- aux cuisines réclamer du poulet ! ! ! ”
Dominique ne lui fit pas remarquer que de dos on voyait toujours sa culotte, qu’au Monte-Alto il n’y avait pas de princesses, et qu’on ne mangeait jamais de poulet le sixième de Gride du mois de Vendanges…Il se contenta de soupirer et de la suivre en secouant la tête.
Louise fit une entrée remarquée dans les cuisines. Il faut dire qu’elle y atterrit plus qu’elle n’y entra. Trois marches permettaient d’y descendre, marches que Louise ne remarqua pas, puisque sa coupelle-couronne, momentanément rabattue sur ses yeux, lui rétrécit un court instant le champ de vision. Louise trébucha donc, s’emmêlant les pattes dans sa toge; elle tenta un rétablissement étrange, une espèce de vrille que n’eût pas réprouvé “ le baron noir ”, et s’abattit tel un grand albatros (albatros femelle évidemment et pourpre, ce qui est plus rare), sur le dos et en vrac.
Un silence s’établit assez rapidement dans la cuisine. Louise empêtrée continuant à gigoter, on se précipita pour la relever. Remise debout, Louise se rajusta la toge et se redressa la coupelle d’un air digne.
“ £ùµ klçgh §*~ss ! ! ! ” expliqua Louise.
(Le monologue qui suit se déroule en Monte-Alti, mais pour les quelques lecteurs qui ne maîtrisent pas encore cette langue, il m’a semblé utile de traduire)
“ – Pelle à crottes ! ! !, expliqua Louise, j’ai une de ces faims, moi ! enchérit-elle. Vous n’auriez pas un petit truc à manger ? Ah c’est vrai, je me présente, Princesse Louise. C’est Oncle Blepaph’ qui m’a invitée, mais c’est incroyable comme je suis distraite et j’ai raté la cloche du goûter ”. Un léger flottement s’ensuivit. Les cuisiniers froncèrent leur front bas et lourd, certains se grattèrent le crâne, d’autres s’observèrent les ongles, l’un d’eux, même, se mit à siffloter.
“ Vous voulez dire qu’il y a rien à manger dans votre cuisine ? ” interloqua Louise, interloquée (oui, je sais ça redonde, mais là, elle est vraiment très étonnée). Un silence douloureux fit écho à sa question. “ Bon, au moins, vous pouvez peut-être me faire du café ? ”
Le silence redonda. On entendit un marmiton fondre en larmes.
“ et m’offrir une clope, nan ? ”.
Vingt-cinq paquets de kraµakü surgirent dans vingt-cinq mains gauches, tandis que vingt-cinq briquets crickèrent dans un nombre identique de mains droites. Louise en rafla une dizaine à tout hasard, ça pourrait toujours servir.
Une trompette retentit alors, ça fit un truc dans le genre “ prou prouuuuuuuuu proueeeeetttttt ! ” . C’était vachement solennel.
Dominique tira assez violemment Louise par le bras. La coupelle -couronne se mit à pencher sur l’œil gauche de Louise, lui donnant un air canaille.( et en tout cas étrange).
“ Louise, grouillons-nous ! c’est l’heure de la Passation Nocturne ! ” Et il la traîna littéralement vers la Grande Salle, puis de la Grande Salle vers une immense porte.
Ils pénétrèrent dans la Salle de la Passation au moment où la trompette résonnait pour la deuxième fois. “ Prou prooooouuuuuuuuuu prouuuuueeettttt ! ! ”
La salle était comble. Louise et Dominique se glissèrent le plus près possible de l’estrade.
Les deux fauteuils royaux étaient encore vides. On consultait sa montre.
Soudain la trompette résonna une troisième fois, l’horloge ding-donga à l’unisson une vingtaine de fois, c’était l’heure !
Le silence se fit total. Une musique s’éleva alors, la porte de droite du fond de la salle s’ouvrit…
chapitre 9 : Thumendira tant
« Quelle classe! » (Tite-Live, Ab Urbe condita, livre V)

Je SAIS… je sais ce que vous allez me dire : « Oh la la, Christine, mais t’as pas écrit de page débile sur les « Saints Cartilaaaages » ! mais nous, on meurt d’envie de TOUT savoir sur l’origine de cette belle expression ! Fais quelque chose ! » Voilà ce que vous allez me dire, car je suis bien persuadée que cela vous taraude et pour certains d’entre-vous, même, vous obsède (le mot n’est pas trop fort !). Mes ami(e)s, je ne resterai pas sourde à vos pressants appels. (et en plus, j’ai rien à faire de 13 à 15 h30 aujourd’hui)( et puis j’ai justement sous la main une très jolie photo de cartilage, ça tombe bien !) (non ?)
Une espèce de Nain Jaune, sauf qu’il était rouge, apparut en sautillant. Il pirouetta fort gracieusement, esquissa deux trois pas de danse, puis se figea. Il tira de sa poche droite un rouleau de papier qu’il déroula aux yeux de tous et qu’il récita :

Le nain rouge se figea. Par la porte de gauche, entra Blépaphore. Il était sobrement vêtu d’une cape orange damassée, d’un pantalon de zouave bleu azur en poil de froutcha. Sa tête était ceinte d’une couronne délicate en béton tressé. Il était grand et mince, un petit bouc noir pilosait son menton. Sur son visage anguleux, s’affichait un sourire sardonique. Il rabattit un pan de sa cape et alla s’asseoir sur son trône.
Le nain rouge reprit :
« Nocturne vient brandir,
Il ne peut y férir,
Son emblème, Le Barondin,
Et régner jusqu’au matin ! »
Là-dessus il rangea le rouleau dans sa poche, exécuta un double salto arrière sur un pied, s’inclina devant l’assistance , puis désigna la seconde porte d’un geste théâtral.
Quelques secondes s’écoulèrent. Il ne se passa strictement rien. On commença à s’agiter dans le public.
Enfin, Nocturne fit son apparition. Il avait revêtu sa tenue royale : une espèce de déguisement de Zorro, dans lequel il était un peu boudiné. Sa couronne, assez semblable à celle de Rodolphe II, posée de guingois à la limite de l’équilibre basculait dangereusement d’avant en arrière à chacun de ses pas. Nocturne traînait de la botte, lamentable.
Ses grosses mains d’ex-déménageur pendouillaient comme deux battoirs, vides.

Un murmure d’étonnement horrifié parcourut la salle. Ça faisait un truc dans le genre “ whhhhhhaaaaoooooouuuaaaaaaappppchhhwwhhha ”.
Le nain rouge, lui même cessa de sautiller, lançant des œillades horrifiées et alternes en direction de Blepaphore et de Nocturne. Soudain, il se frappa le front et sortit de son autre poche, un autre rouleau.
Nocturne fondit en larmes et s’affala sur l’estrade, son gros corps secoué de gros sanglots. L’auditoire se figea comme un bouillon gras par moins 15° C. Blépaphore enfin se dressa. Rabattant le second pan de sa cape, il découvrit un objet oblong en bois sculpté, (en bois de broughu vraisemblablement), il le brandit au dessus de sa tête en silence. Puis il annonça :
« Moi, Blépaphore, souverain des Sixièmes, des deuxièmes et quatrièmes Duelettes des mois impairs, mais pas la nuit et pas pendant les vacances, je présente le Barondin, que Nocturne a égaré. J’assumerai désormais, la charge de Nocturne. Nocturne, je te destitue, remets-moi ta couronne ! «
La foule whaouawhaouwhouata à nouveau.
Dominique, lui-même regardait la scène, éberlué. « Par les Saints Cartilages » ! La Monarchie venait de devenir Ternaire !
Il fut tiré de ses sombres pensées par Louise qui glouglouta :
« Bon, maintenant, on pourrait peut-être aller manger un truc en ville, non ? »
Chapitre 10 : non tantum sed etiam
« Elle écrit quand même des trucs plus rigolos que ce crâneur d’Homère ! » (Eschyle)
Je viens de découvrir la fonction « image à la Une ». Je m’étonnerai toujours. Si ça se trouve un jour, je comprendrai à quoi sert « widget » ou comment utiliser les « pages parentes ». Au train où vont les choses, ce blog aura une apparence de vrai blog dans même pas 20 ans.
La foule brouhahatait toujours, c’est vrai quoi, c’est pas tous les jours qu’on assiste à une destitution. Obéissant à un claquement de doigts de Blépaphore, les gardes firent évacuer la salle. On repoussa tout le monde dehors et on ferma les grandes portes du palais.
Bon ça y est, on peut aller manger maintenant ? ” Louise avait rejeté sa coupelle en arrière, elle ressemblait furieusement à un Dji Haille un peu las. Dominique lui expliqua qu’à cette heure tardive, seule la Brasserie de l’Hôtel pourrait encore, peut-être, leur servir un Proutch.
« C’est quoi un Proutch ?
– Vous verrez, je vous laisse la surprise, mais c’est très bon… ” se rengorgea Dominique.
Arrivée à l’hôtel, Louise exigea d’aller se changer et envoya Dominique réserver une table et commander deux Proutchi. En montant dans sa chambre, Louise arracha au passage et au groom, une de ses fourragères dorées. Dans sa chambre, elle se fourra deux aspirines dans le bec et s’alluma une clope. Elle envoya dinguer ses bottes, se détogea, se déficela la mini-jupe, se dé-t-shirta. Elle écrasa la clope dans la coupelle dérobée au château de Blépaphore. Farfouillant dans son sac en plastique, elle en sortit triomphalement une grenouillère violine en polyéthylène non expansé qui devait peser 20 grammes à tout casser, un collant résille et ses escarpins. Une fois habillée, elle posa le cordon doré sur ses cheveux, regoba à tout hasard un comprimé de Doliprane, alluma une clope. “ Sûre que c’est de la daube ” songea-t-elle. Elle parlait du Proutch…
Louise repéra Dominique dans la Brasserie de l’Hôtel où quatorze tables étaient occupées, et fit une entrée plutôt remarquée puisqu’ elle provoqua : 12 interruptions de conversation, un accident cardio-vasculaire bénin, 10 débuts d’érection, 5 chutes de fourchettes, 2 gifles, une quasi noyade dans une assiette de bouillon de légumes, 3 jets de serviettes excédés sur la table, deux sifflements admiratifs et 11 “ je pourrais en faire autant si je voulais ” (féminins).
-Notons qu’en ce qui concerne la quasi noyade, on ne pouvait pas complètement la mettre sur le compte de la tenue de Louise, il s’agissait d’un très vieux monsieur très distrait.-
Dominique complètement cramoisi conseilla à Louise d’ éteindre sa clope, on ne devait pas fumer avant de manger un Proutch, cela en altérait le goût.
Louise vit arriver un serveur titubant sous le poids d’un plateau recouvert d’une énorme jarre fumante. “ PROUTCH !! ” annonça-t-il fièrement. Puis déposant deux bassines devant Louise et Dominique, il entreprit de les servir.
Comment décrire un Proutch ? Pour ceux qui connaissent, le Proutch est de la famille du Bortchtch. Famille lointaine cependant, puisque le veau y est remplacé par de l’intestin de brebis, le bœuf par de la couille de dauphin de rivière, le chou par du chou et le chou par du chou. Ça a le goût de l’odeur, la couleur indistincte, et ça doit se manger très chaud. (Si c’est tiède, on se rend compte que c’est immonde, alors que si c’est brûlant, les papilles endommagées au second degré ne protestent plus.) (je rouvre la parenthèse pour préciser que certains connaisseurs le mangent froid en tranche au petit-dej’ mais qu’après ils vont vomir). (bon, je referme la parenthèse).
(J’ai mis la recette du PROUTCH en lien, au cas où vous seriez tenté d’en préparer un.)
Louise mangea tout, en redemanda, mangea tout, sauça l’assiette avec une galette au Tordj’mil, lécha l’assiette, même, sous les yeux éberlués de Dominique.
« Punaise, j’avais rudement faim . » Louise claqua de la langue et alluma une clope « Un café par là dessus, deux aspirines et dodo ! » «
Pendant qu’elle buvait son café, elle demanda :
« Bon, on fait quoi demain ?
-Demain, on doit aller à la Présentation Diurne, puis au Musée de cire, ensuite on ira au concert voir si Dominique RDM y joue bien de la contrebasse.
-Mais pourquoi aller au Musée de cire ?
-Un de mes amis travaille là-bas et pourra sans doute nous aider…
-Il s’appelle comment votre ami ?
-Dominique, Dominique Yourmother. Il est d’origine anglaise.
chapitre 11 : des perles aux cochons
» Christine F est à la littérature ce que Jules Cesar est à la Guerre des Gaules » ( A. de Tocqueville)
Louise attendait. Il faisait plutôt frisquet. Elle avait revêtu un bermuda rouge en vison polyamide, de grosses chaussettes en tricot irlandais, un pull jacquard à l’effigie de Karl Marx et de jolis après-skis lacés. Dominique devait passer la prendre pour l’emmener à la Passation Diurne. Ils avaient rendez-vous à 7 heures. Louise donc attendait, alternant une aspirine toutes les trois clopes. Sept heures glonguèrement lentement au clocher de Sainte Biaffine.
Comme il était sept heures et que Dominique était un type ponctuel, il arriva. (à sept heures, donc)… (donc, comme prévu).
Il agrippa Louise par l’aileron, et ils filèrent à vive allure vers le château de Diurne.
Dieu merci, c’était pas loin. Douze gardes la montaient. (Si je dis douze gardes montaient la garde, ça fait répétition).
Dominique et Louise franchirent le seuil, traversèrent le hall, et se retrouvèrent dans une salle de la taille d’une demi-cathédrale, en moins gai. La salle était pleine et brouhahatait comme la veille dans le palais de Blépaphore. Les trompettes dièserent, on se tut. Un nain vert fit son apparition, il récita un petit blabla, Blépaphore fit son entrée et se mit derechef à trôner. Le nain vert pirouetta et annonça :
“ Diurne va maintenant présenter
Le Balbov son bel emblème
Ça ne sera pas un problème
Il n’est pas là pour plaisanter ”
Diurne apparut comme prévu, il portait une espèce de combinaison moulante et argentée, des poulaines vert émeraude à bouts recourbés, ainsi qu’un charmant calot-couronne qu’il avait rabattu de côté. Il était blond et portait barbichette. Il n’eut pas l’air surpris de voir Blépaphore, là où Nocturne eût dû se tenir. Il présenta le Balbov. Le Balbov ressemblait furieusement à un radiateur de mobylette, mais en plus beau.
La foule déçue de l’absence d’événement notable, sortit lentement de la salle.
“ Allons au Musée de cire ! Dominique Yourmother nous y attend ! ” urgea Dominique.

Il héla un fiacre et indiqua au cocher l’adresse du Musée. .. Quelques minutes plus tard, le véhicule caballo-tracté s’immobilisa devant le Musée de Cire. Sur le petit bâtiment une immense pancarte indiquait “ Musée de Cire ” (ce qui était normal et rassurant).
A peine entrée dans le hall, Louise poussa un hurlement. Juste en face d’elle, dans une niche, elle vit une scène affreuse, tellement indescriptible, que je la décris pas.
Enfin si, un peu, quand même. Un type avec une couronne et une espèce de pourpoint rouille, les mains croisées sur les genoux, jetait un regard surpris en direction de Louise. Le type avait une pomme coincée entre les mâchoires.

“ Ce n’est rien, la rassura Dominique, c’est juste la reconstitution du Châtiment de Tyran. Dominique le condamna à manger ce fruit sans les mains. Tyran s’énerva tellement qu’on dit qu’il devint fou . C’est Dominique Yourmother qui a façonné ce visage ! Il a du talent hein ? ”
Louise approuva en opinant du chef. Dominique s’engagea dans un couloir peu éclairé, ouvrit une porte : “ Entrez, Louise, je vais vous présenter Dominique ”.
Louise entra à la suite de Dominique. La salle était brillamment illuminée par des néons zonzonnants. Au centre se trouvait un grand établi, encombré d’outils variés, de pâtes étranges, de bocaux plein d’oeils ( là, j’ai réfléchi s’il fallait pas plutôt dire « plein de yeux », ou même « de-z-yeux », parce que dans le bocal y en a plusieurs, des yeux, mais ça sonnait pas bien) , oui donc, des yeux dans un bocal ( beaucoup), des perruques, du latex, des moules, une casserole de cire qui bouillonnait sur un réchaud,.

Dominique (l’autre Dominique) était assis sur grand tabouret, il portait une blouse maculée de substances diverses, il était blond tirant sur le roux, avait de jolis yeux verts, une splendide moustache, et des dents un peu longues implantées de la façon dite « à-la-galloise », il était occupé à planter des cheveux sur une figure de cire. Voyant entrer Dominique (pas lui, l’autre) il cessa son travail et se leva. Il leur offrit un large sourire puis s’étira le dos en faisant craquer ses genoux puis chacune de ses vertèbres .
« Feukinn baste Har ‘d , je suis très play de te voir ! Hé Hé, mais tu es viens avec ton copine ! (observa-t-il finement) Est-ce que je peux m’introduire dans toi ? (s’adressa-t-il à Louise en roulant des yeux malicieux) Je suis Dominique (s’inclina-t-il en baisant la main de Louise). Assieds vers le bas, et tiens-toi toi-même à la maison ! »
Il fit deux grandes enjambées vers une armoire métallique où il fourragea quelques secondes. Il sembla trouver ce qu’il cherchait puisqu’il revint, tenant avec précaution une espèce de sac en tissu qu’il posa sur la table. Il alluma une pipe, dont le fourneau était sculpté et représentait le martyr de sainte Biaffine. Tirant sur la bouffarde, il désigna le paquet à Dominique (pas lui, l’autre). « Tu es devant faire caution de ces choses, premier de toutes, ça craindre les fortes fièvres, et seconde, si par raté de chance ton plan était échouant, nous risquons alors de beaucoup d’ennuis ! » Il fallut à Louise plusieurs minutes pour identifier l’idiome utilisé par Dominique (pas le sien, l’autre), ça ressemblait un peu à du monte-alti de la branche slavonne, mais certaines tournures archaïques démentaient l’hypothèse, Louise pensa ensuite à du germano-sanskrit, puis à du gréco-mycénien du premier millénaire.
« Ptain, c’est du martin-vastais ! » Elle regarda Dominique (l’autre) avec respect et considération. Deux personnes au monde, à sa connaissance, savaient encore parler le martin-vastais, Louise se jura de revenir et d’en apprendre plus sur ce curieux Dominique (l’autre). Dominique et Dominique s’étreignirent en se donnant de grandes claques sur l’épaule puis se serrèrent la main, se tapotèrent l’épaule à nouveau.
Louise et Dominique ressortirent du Musée.
« Je vais chez moi réparer la porte et mettre ceci en sûreté, en montrant le sac de tissu qu’il tenait sous le bras, expliqua Dominique. Donnons-nous rendez-vous devant la salle des Ris et Loisirs pour le concert, si vous le voulez. Disons à 15 heures devant le Palais de Diurne. Si vous avez faim, sachez qu’on sert du Proutch froid à la Brasserie de l’Hôtel, mais si vous préférez il y a un vendeur de Pidza, dans le Scromblich de l’hôtel… »
Sur le chemin du retour, Louise fit donc l’emplette de deux parts de pidza et fit cap vers l’hôtel en les dévorant, elle s’octroya ensuite trois cafés et douze clopes. Arrivée dans sa chambre, elle se demanda comment on devait s’habiller pour assister à un concert polyphilharmonique. Elle opta pour une tenue Man Rayenne. Elle enfila un short-short noir, un boléro de Ravel très court, se dessina deux ouïes de violon sur le ventre, enfila ses grandes cuissardes vernies et jeta sur ses épaules une espèce de cape noire. Croquant deux aspirines, elle dévala l’escalier, claquant les fesses du groom au passage.
chapitre 12 : pour toujours, seigneur ?
Elle a un caractère de chien chinois » ( John Fante)
Dominique arriva en courant. Louise nota que deux nouveaux sparadraps enveloppaient les doigts du courageux bricoleur de portes explosées.
Au vestiaire, Louise déposa sa cape. Seulement vêtue de son boléro de Ravel et de son short-short, chaussée de ses cuissardes vernies, elle arpenta la travée à la recherche de sa place.
Elle fit un grand signe à Dominique parti acheter un paquet de Cramoulitchi au snourt (ce sont des espèces de caramels fourrés au yaourt de chèvre et c’est très bon).
Apercevant Louise, Dominique vira à l’infra-rouge.
« On a les places 13 et 13 bis, rigola Louise. C’est bien, ça porte bonheur ! »
La salle des Ris et Loisirs pouvaient contenir cinq cent vingt-quatre spectateurs (assis) et douze (debout). Il y était interdit de cracher, et l’on devait présenter son billet au contrôleur.
Les sièges étaient recouverts de velours filirose. Comme il se doit, les dorures étaient dorées, les boiseries en bois. Bref, c’était une belle salle pour y écouter de la musique.
Juste derrière Louise, s’était installée une charmante quinquagénaire monte-altiste. Elle portait une espèce de manteau rouge, qu’elle enleva avec force de grognements. Sous le manteau, la dame portait une espèce de gilet mauve. Puis la dame sortit de son cabas, un chat passé jusque-là inaperçu. Le chat répondait au nom de Traflagra. (En fait, le chat ne répondait pas vraiment quand on l’appelait, sauf si on s’approchait du frigo.)
[Rappelons, pour mémoire, que Dominique Traflagra fut le premier et dernier grammairien du Monte-Alto. C’est lui qui a introduit les signes mous, durs, mouillés et allitérés dans la langue orale. Une statue est érigée sur la place qui porte son nom, en souvenir et remerciement de son œuvre magistrale.]

Le chat portait lui aussi un petit gilet, mais à col claudine (*) bleu turquoise. Enfin, la dame posa son parapluie en équilibre sur la place laissée libre à côté d’elle. Le parapluie ayant évidemment glissé et chu, la dame commença à gigoter de partout pour récupérer son bien qui avait bizarrement disparu. Tout en cherchant son parapluie disparu, la dame entretenait son voisin sur la direction du chef Tchim-Ouang-Soun, de radio Monte-Alto, qui avait enregistré la 128 ème sonate pour harpe et tromblon de Louis-Weber Stroung. La dame, toujours à la recherche de son parapluie, fit alors tomber son trousseau de clefs de la poche de son manteau. Elle se mit par conséquent à tâter des deux mains pour retrouver ses attributs chéris. Cela faisait un barouf du tonnerre étant donné qu’elle avait mis à contribution l’ensemble des occupants de sa rangée qui avaient tous, du coup, la tête entre les genoux, et les mains tâtonnantes sous les sièges.
Enfin, le silence se fit. Les instrumentistes prirent place. On eut un peu de mal à caser les 342 musiciens de l’orchestre polyphilharmonique sur la petite estrade, mais enfin, si le tromboniste ne trombonait pas trop, si l’altiste ne filait pas trop de coups de coude au second violon, on y arriverait quand même.
La dame au gilet mauve en profita pour tousser et cela fit dégringoler le percussionniste, qui remonta sur l’estrade en râlant.
Le chef d’orchestre, Julius Van den Alt gr, fit alors son entrée, suivi d’une contrebasse. Le chef, tocotoca son pupitre, tout le monde se figea. Même la contrebasse s’immobilisa et cessa d’osciller dangereusement.
Les premières mesures s’élevèrent, et le public se mit alors à frapper des mains en cadence.

Louise ne battait pas des mains, elle se concentrait sur la contrebasse. Toutes les trois mesures, une main fusait pour faire résonner un mi ou un sol puis retournait se cacher derrière l’instrument. Le concert dura une quarantaine de minutes.
Louise retrouva Dominique dans le hall.
« Je n’ai pas vu qui était à la contrebasse, avoua Dominique, et vous ?
– C’était Dominique RDM Le Verduret, il nous a même envoyé un message codé ! répondit Louise en haussant les épaules.
– Un message codé ? s’étonna Dominique.
– Ouaip, les sol et les mi, vous savez ? ça faisait un message en morse.
– Mais, Louise ! il disait quoi ce message ?
– Ah oui…Il disait « très joli ton boléro, Louise ».
– C’est tout ? s’étrangla Dominique.
– Non, attendez , il disait aussi « je suis retenu prisonnier par Diurne dans les geôles du palais, on m’oblige à jouer de la contrebasse, alors que moi, je veux jouer de l’hélicon, ponponponpon » mais je suis pas très sure du nombre de « pon ».. ah oui, il rajoutait : « eh, les copains, venez me délivrer ! ».
– Délivrer Dominique RDM Le Verduret, s’il est dans les geôles du palais de Diurne, ça ne va pas être simple, soupira Dominique.
– Attendons l’épisode suivant, d’ici là nous aurons peut-être une idée ! suggéra Louise.
– Oui, c’est un conseil à suivre. …
(* Claudine est un prénom, si on l’utilise substantivement, il prend une majuscule, adjectivement, non!)
chapitre 13 : ad augustam per angustas
» Faudrait voir ce que ça donne quand elle a fumé » (Richard Brautigan)
« Ptain, j’ai pas l’ombre du début d’une amorce d’idée, résuma Louise, en reposant sa tasse de café. Vous avez une idée, vous ?
– Pas la moindre, la rassura Dominique. Comment voulez-vous qu’on s’y prenne pour délivrer Verduret, récupérer le Barondin chez Blépaphore, voler le Nicéphore chez Diurne sans que ça soit un tout petit peu compliqué ?»
Louise et Dominique retombèrent dans un silence morose. Dominique s’admirait les ecchymoses, Louise grignotait des aspirines. Dominique s’endormit sur le lit de Louise.
Louise, soudain, le réveilla en le secouant comme un prunier.
« Dominique, j’ai trouvé ! J’ai conçu un plan extrêmement simple ».
Il était minuit, deux ombres glissaient dans les rues de Monte-Alto. Une porte fut forcée, les ombres s’engouffrèrent pour réapparaître une quinzaine de minutes plus tard, portant deux sacs sur leurs épaules.
A sept heures, le matin suivant, Diurne descendit aux geôles du palais. Son visage calme exprimait détermination et… détermination. Il se fit ouvrir les différentes grilles et cadenas des couloirs qui menaient aux sous-sols du palais. Enfin, il arriva devant la cellule où Verduret, piteux, faisait déjà ses gammes. Diurne, d’une voix étouffée se fit ouvrir la porte et renvoya le garde d’un geste impératif. Diurne entra dans la cellule, et repoussa la porte. D’un mouvement, il ôta sa cape et posa sa tête par terre.
Enfin, pour être plus précis, Louise ôta sa cape et posa la tête en cire de Diurne, qu’elle avait fixée sur une espèce de disque de bois qu’elle portait elle-même en guise chapeau.

« Punaise, fait rudement chaud là-dessous ! »
Verduret lui sauta au cou et commença à lui embrasser les deux joues.
« Dominique RDM ! n’en profite pas ! Tiens, voilà un habit de garde, dit elle en désignant un sac qu’elle détacha de sa ceinture, et des échasses aussi , dépêche-toi. Dominique (l’autre) nous attend dehors avec un attelage rapide. »
Titubant sur ses échasses, Dominique RDM le Verduret précédait Louise dans les couloirs, Louise-Diurne assurait l’équilibre général du montage nain-échasse, mais son champ de vision était assez réduit et elle suait à grosses gouttes.
Arrivée dans le hall, elle congédia les gardes. Elle ouvrit les portes. Verduret trébucha sur les premières marches, s’affala lamentablement dans le gravier de l’allée, se releva en gigotant des échasses, embarda vers l’attelage dont les chevaux tournaient au ralenti et dans lequel il se hissa tant bien que mal.
Ils filèrent à vive allure dans les ruelles encore désertes et abandonnèrent leur chariot aux portes de la ville. Ils revinrent lentement vers la rue Platchik tout en discutant. Verduret, à tout moment, essayait de tripoter Louise mais elle lui assénait une claque, un coup de coude ou une taloche à chaque tentative. « Mais Looooouiiiiiiise, bêlait-il en guise d’excuses, tu ne sais pas ce que c’est, toi, d’être en prison puis mis en présence d’une femme comme toi ! ou de n’importe quelle femme, admit-il, soudain réaliste. »
Dominique s’impatientait un peu et menaçait Verduret d’un retour en cellule. Il accéléra le pas. Verduret trottina derrière lui. Ils s’engouffrèrent dans l’appartement de Dominique. La porte avait été remplacée par deux pans d’armoire. D’un commun accord, Louise et Dominique décidèrent de s’asseoir assez loin du lieu de la future explosion. Dominique alla dans la cuisine faire du thé. Il entendit un bruit de gifle immédiatement un « aïe ! », il revint avec la théière fumante et posa le plateau par terre (le plateau de la table ayant servi de porte avant d’être pulvérisé l’avant-veille).
« Bon, c’est pas tout ça, mais maintenant qu’on a libéré cet obsédé sexuel, on fait quoi ?
– Comme hier, répondit Louise, on attend d’avoir une autre idée ! »
chapitre 13,75 : à vaincre sans péril…
« Moi, ce que j’aime chez elle, c’est ses descriptions » (H.de Balzac)

« Ptain, j’ai pas l’ombre du début d’une amorce d’idée, résuma Louise, en reposant sa tasse de café. Vous avez une idée, vous ?
-Pas la moindre, la rassura Dominique. »
On était le lendemain.( si on y réfléchit deux secondes c’est le genre de phrase qu’on dit rarement au présent : « eh Paul, on est aujourd’hui ou on est le lendemain ? »)
Dominique RDM le Verduret avait dormi chez Dominique, et Louise les avait rejoints dès le lever du soleil. Dominique lui avait fait du café.
Le Verduret semblait plus calme que la veille, bien qu’il tentât de temps à autre d’atteindre les nichons de Louise. A chacune de ses tentatives, elle lui tapait sur la main comme on fait d’un enfant gourmand, dans l’espoir qu’il cesse ses manœuvres libidineuses.
« Ce qu’il faudrait, reprit Louise en jetant trois aspirines dans son café, c’est pénétrer discrètement dans le château de Blépaphore, là on essaierait de récupérer le Barondin de Nocturne. » Elle s’interrompit et but une gorgée de son café aspiriné, elle s’étrangla en avalant, reposa sa tasse en catastrophe. « Dominique, la ferme ! enfin, non, le tunnel , la trappe, le tas de foin ! ! ! Voilà comment nous allons pénétrer dans le château de Blépaphore !
– Mais Louise, rétorqua-t-il avec pertinence, seuls nos rois peuvent toucher les emblèmes, c’est un crime pour tout autre ! Comment voulez-vous que… »
Louise lançait des œillades de travers qui désignaient le Verduret.
« Un roi ? on en a un, de roi. C’est Dominique le Verduret qui va procéder.
– Moâ ? coassa le Verduret en roulant des yeux affolés.
– Oui, toi, lui asséna Louise. Faut tout de même que tu serves à quelque chose dans cette histoire, non ? parce que, franchement si c’est juste pour essayer de me pincer les fesses … Bon, j’vais me changer, je peux pas aller à la campagne habillée comme ça. » Louise désignait du regard ses escarpins mauves, sa jupe en dentelle fuchsia et son t-shirt des Chicago Bulls. « Rejoignons-nous dans deux heures à la cathédrale Sainte Biaffine. »

A l’heure dite, Dominique et le Verduret virent arriver devant le portail de la cathédrale Sainte Biaffine, un page de la garde royale. Collants verts, poulaines rouges, courte jupe plissée blanche et béret à grelots, le garde s’approcha d’eux. C’était Louise.
« Si vous saviez le mal que j’ai eu pour me le procurer… gaspa-t-elle , mais au moins, je vais passer inaperçue ! ». Les propos de Louise semblèrent immédiatement démentis par l’attroupement spontané de badauds qui se mirent en devoir de lui demander des autographes et insistèrent pour poser avec elle pour des photos souvenirs.
« Ce costume remonte au XVI ème siècle, Louise, expliqua Dominique, plus personne ne porte ce genre de trucs.
– Eh ben moi, si ! ! ! rétorqua Louise un peu vexée. Bon alors, on y va ? »
Les trois futurs conspirateurs hélèrent un taxi. Ils reconnurent le chauffeur qui les avait déjà ramenés vers Monte-Alto.
« Encore vous ! rugit-il .
– Encore vous ? s’étonnèrent-ils
– Je ne vois pas pourquoi vous faites les étonnés, je suis le seul taxi de Monte-Alto, précisa-t-il en se regorgeant avec fierté. Où est-ce que je vous conduis ? »
Dominique fit une description sommaire des environs de la ferme, le conducteur hocha la tête, se grattouilla le crâne et finit par se lancer dans une explication qui était aussi longue qu’animée. Au final il démarra.
La grange fut bientôt en vue, le chauffeur les déposa au début d’un sentier.
Louise, Dominique et le Verduret attendirent que le taxi eût fait demi-tour avant de pénétrer dans la grange. Dominique lança un air nostalgique au tas de foin, puis s’approcha de la trappe. Celle-ci bascula, tous trois s’engagèrent dans l’étroit escalier.
chapitre 14 : où y a de l’Eugène
« Si seulement j’avais eu le quart de son imagination ! » (Isaac Asimov)
Ils descendirent les quelques marches et s’engagèrent dans le tunnel.
Dominique ouvrait la marche portant le sac en tissu confié par Dominique Yourmother, Louise venait en second qui glinguait des grelots, Dominique Verduret RDM galopait derrière, avec les fesses de Louise en point de mire. Ils arrivèrent à la porte massive en bois massif. Là, il y eut une petite contrariété, cette fois, la porte était fermée. On tira, poussa, s’escrima en secouant la poignée, on donna quelques coups de pieds. Rien. On s’assit donc pour réfléchir.
« Dans les histoires de souterrains, il y a toujours un truc qui permet de décliquer la porte, affirma Louise» . Elle se leva donc et commença à faire courir ses doigts sur les moulures en boiserie à la recherche d’un bouton, d’une manette, d’un décliqueur de porte. Elle explora tous les panneaux, l’encadrement, observa attentivement les pierres du mur. Rien. « On n’a pas un pain de plastic par hasard ? parce que c’est vachement pratique…» . Ses deux compagnons ayant dénié de la tête, Louise se rassit. Elle alluma une clope, réordonna posément les plis de sa jupe, puis se mit à fixer la porte. Soudain, elle se leva et alla coller son oreille contre le lourd battant. Elle frappa posément sur la porte. Deux coups, trois coups, deux coups. La porte cliqua et s’ouvrit.
« J’en étais sûre ! y a un décliqueur colpo-tertiaire à bidouilleur doublo-contracté ! Allons-y les gars, la voie est libre ! » Tout le monde se rua dans le hall carrelé de blanc et de jaune. Pour instantanément freiner des quatre fers. Louise venait en effet de percuter de plein fouet l’estomac d’un garde. Verduret alla donc s’aplatir le nez contre les fesses de Louise qui, du coup, se retourna brusquement pour lui coller une baffe. Ce faisant, elle envoya son coude dans l’œil du garde qui s’était penché pour voir qui était caché derrière elle. Le garde se redressa brutalement, pendant que Louise pivotant à nouveau lui envoyait, par mégarde, un coup de genou dans les roubignolles, ce qui après vingt secondes d’un meuglement contenu et de sautillements thérapeutiques, se traduisit par un braillement inhumain. Braillement étouffé par un grand coup sur le carafon asséné par Louise qui, décidément en grande forme, s’était saisie d’un bouclier destiné à décorer le mur pour s’en servir en guise d’assommoir.
Dominique et Dominique regardaient la scène avec un mélange de stupéfaction et d’horreur.

« Bon les mecs, faut voir à pas coucher là, hein, quittez vos airs de poules. Vous, Dominique, prenez son habit et déguisez-vous en garde ! Cachons-le dans ce coffre et barrons-nous ! C’est où la chambre de Blépaphore ?
– Au premier étage, au fond du couloir, glapit Dominique, pas encore remis de ses émotions.
– Bon ben, allons-y ! intima Louise en commençant à galoper dans l’escalier ».
Le garde fut déshabillé puis coffré. Dominique enfila le pantalon bouffant orange et bleu- azur aux couleurs de Blépaphore ainsi qu’une tunique dans laquelle il flottait un peu. Il posa sur sa tête, un casque qui ressemblait vaguement à celui d’un conquistador, trop grand, et qui lui tombait sur les sourcils. Il s’empara de la traditionnelle hallebarde, et s’enquilla dans l’escalier. Le Verduret, revenu de sa stupeur, lui emboîta le pas.
Arrivés sur le palier, ils se grouillèrent pour atteindre la porte du fond du couloir. Ils s’introduisirent dans la chambre de Blépaphore, où Louise les attendait.
Tout le monde se mit à fouiller dans tous les endroits possibles. Tout fut ouvert, tout fut refermé, rouvert et refermé, et finalement dans le placard à gauche, on trouva ce qu’on était venu chercher.( Pour les semi-demeurés, les distraits, les largués, j’vous signale qu’ils sont venus rechercher le Barondin, allez réviser la page « monarchie quaternaire » ! )
Dominique ouvrit son sac en tissu et Verduret y déposa ce que lui seul pouvait toucher.
Louise repartit guetter sur le palier. Dominique et Dominique ne ressortaient pas.
Enfin, ils la rejoignirent, ils fermèrent la porte avec précaution et se dirigèrent vers l’escalier.
« Bon, ben y a plus qu’à ressortir ! résuma Louise ».
Jusqu’à l’escalier, tout alla bien. C’est après que ça se compliqua.
En fait ça ne se compliqua pas d’un coup. Non. Ça commença comme une petite complication normale. Quand on rentre dans un château par un souterrain, qu’on assomme un garde, qu’on le flanque dans un coffre, qu’on va cambrioler la chambre d’un roi, on peut s’attendre à une petite complication. Donc, en haut de l’escalier advint la petite complication normale, celle-ci se présenta sous la forme de deux gardes qui patientaient en bas de l’escalier et qui semblaient attendre quelque chose ou quelqu’un.
Louise, Dominique et Dominique se mirent donc à attendre -en haut – que ceux qui attendaient -en bas- finissent d’attendre. Tout le monde, donc, attendait.
Jusque là, c’était une complication pas trop embêtante. Ni même vraiment inquiétante.
Du haut de l’escalier, on voyait le casque des gardes, mais surtout on voyait très bien le coffre où le garde, assommé et convenablement plié, avait été rangé. Or le couvercle du coffre semblait agité de mouvements saccadés, jusqu’au moment où il se rabattit violemment vers le haut, puis heurtant le mur, se rabattit violemment vers le bas, c’est à dire sur son contenu.
« Aaaaaaaaiiiie » fit le coffre.
Les deux gardes cessèrent donc d’attendre et se précipitèrent vers le coffre, car ils n’avaient jamais entendu de coffre crier « aaaaiiiieee ». Ils soulevèrent le couvercle et en extirpèrent le garde, qui ne ressemblait plus à un garde puisqu’on lui avait fauché ses vêtements (de garde). S’ensuivit une altercation assez vive entre les gardes (habillés en gardes) et le garde (déshabillé), altercation elle-même suivie d’un long beuglement qui peut être traduit par : « A la gaaaaaaaarde ! » . C’est comme ça que la petite complication se transforma en grosse contrariété. Parce qu’en cinquante secondes, le hall se transforma en salle de gardes, enfin, en salle plein d’hommes en orange et bleu avec des casques sur la tête, des hallebardes dans les mains, et un air air énervé qui ne présageait rien de bon.
En haut de l’escalier, on décida de faire retraite. Louise et les Dominiques se retrouvèrent donc à nouveau dans la chambre de Blépaphore.
Dominique tira des meubles devant la porte parce qu’il avait vu faire ça au cinéma. Louise de son côté commença à nouer des draps les uns avec les autres.
« On va se sauver par la fenêtre, expliqua-t-elle. On n’est qu’au premier étage, on devrait s’en sortir.
– la fenêtre fait 12 centimètres de large fit remarquer Dominique, je doute qu’on arrive à se sauver plus que l’avant-bras.
– Ah oui, merde, concéda Louise. Bon alors… »
Dehors, sur le palier c’était une grande cavalcade. Les gardes arrivaient.
Ils se mirent à tambouriner à la porte.
Dominique repoussa les meubles et leur ouvrit. Il tenait à bout de hallebarde, Louise et Dominique ligotés et bâillonnés.
« Je les emmène immédiatement au Grand Commandement ! aboya-t-il avec assurance. Donnez moi une escorte ! »
Tout le monde avançait maintenant vers l’escalier. C’est à ce moment que la grosse contrariété se mua en début de gros ennuis :
« Mais, par les Saints Cartilages ! le Grand Commandement, ça existe pas ! » hurla un des gardes.
« Emparez-vous de lui, c’est un imposteur ! » enchaîna-t-il.
On peut dire que c’est précisément à cette seconde qu’on tomba dans la catégorie « méga-emmerdement ».
chapitre 15: y a pad’ d’plaisir
Christine est à la littérature, ce que le glyphosate est à la culture. » (Monsanto)


Le peloton de gardes encerclait les prisonniers. Il y en avait quatre devant, trois derrière, et deux de chaque côté (cf. fig.1). De haut on aurait dit des globules orange et bleu en train de phagocyter des indésirables.
Les indésirables furent emmenés dans une pièce, dont trois des murs étaient en pierres et le quatrième en barreaux, appelée communément « cellule » (cf. doc.2).

Dans la cellule, l’ambiance n’était pas terrible. Dominique Verduret se montrait acerbe envers Dominique, il lui reprochait ses plans à la mords- moi-le- Proutch. Louise remettait de l’ordre dans sa jupe plissée et se démêlait les grelots (du béret). Elle s’était assise sur la banquette, et balançait ses jambes en fumant la clope qu’elle avait réussi à taper au garde.
Soudain, il y eut du remous dans le fond de la salle des gardes. Tout le monde se figea dans une esquisse de garde-à-vous, une vague rectification de position pas terrible mais suffisante pour indiquer que les choses allaient bientôt se compliquer pour ceux qui étaient du mauvais côté des barreaux.(cf plan 3).
Blépaphore apparut lui-même en personne. Simplement vêtu d’un jean bleu et d’un polo orange, il s’approcha et contemplant le trio, indiqua au chef des gardes : « je vais les interroger moi-même. Gardes ! vous me les amènerez un par un à la Salle du Conseil dans une dizaine de minutes, j’ai des dispositions à prendre. »
Il demi-tourna avec aisance et disparut.
Dans la cellule, Verduret éclata en sanglots. (voir schéma 4)

Dix minutes plus tard, on assit les prisonniers dans le vestibule de la Salle du Conseil. Un des gardes emmena Louise directement devant Blépaphore.
Deux heures quarante plus tard, elle n’était pas ressortie. Inquiet, Dominique gigotait sur son banc. Verduret, brisé par l’émotion, roupillait la tête en arrière en émettant un ronflement de quadrimoteur.
Finalement la porte du conseil s’ouvrit. Blépaphore discuta avec un garde en désignant les occupants du banc. Le garde alla donc réveiller Dominique Verduret.
Dans la salle du conseil régnait un sacré bordel (cf. doc.5).

Louise avait perdu son béret, sa jupe plissée et une poulaine, elle était enroulée dans la cape orange de Blépaphore. Elle était par ailleurs passablement décoiffée, ce qui ne laissait que peu de doutes sur ses activités durant les deux dernières heures.
Dominique ouvrait et fermait la bouche, il avait l’air… comment dire. Voilà, il avait l’air.
Verduret n’avait l’air de rien. Blépaphore avait l’air vachement content. Sans un mot, il prit Verduret dans ses bras en lui donnant l’accolade. (voir photo 8)

« Verduret, mon ami, mon frère, quittez cet air sombre et épouvanté, vous à qui je dois tout ! et vous, Dominique, brave et gentil garçon, ajouta Blépaphore en pinçant la joue de Dominique, comment vous remercier ? Grâce à vous, ma vie va changer ! Je vais démissionner, je vais aller voir le monde, Louise m’apprendra l’aquarelle ! ». Dominique et le Verduret, complètement abasourdis regardaient Blépaphore virevolter de joie. Dominique jeta un regard interrogateur à Louise qui fit semblant de ne rien remarquer.
Blépaphore dans son coin continuait : « Tenez, Verduret, je vais même vous aider à récupérer votre Nicéphore ! On va aller le faucher chez Diurne en même temps que le Miklar. Après on fera une fête du tonnerre ! » Blépaphore lança une bourrade sur l’épaule de Verduret qui envoya bouler celui-ci au bout de la Salle du Conseil.
« Alors, Dominique, qu’est-ce que vous dites de ça ? » tonitrua Blépaphore en éclatant d’un rire joyeux et enthousiaste.
Dominique ne disait rien, il en avait juste sa claque de la politique, des filles qui fument trop, des rois orange et bleu, il avait mal à la tête, il voulait de l’aspirine.
chapitre 16 : l’avaleur n’attend pas
« L’intrigue et le style, voilà ce qui caractérise tout l’œuvre de Christine » (Georges Simenon)
Verduret était attablé devant sa bassine de Proutch qu’il sauçait de sa large tartine de Tordj’mil. Dominique chipotait son chou du bout de sa cuillère.
« Allez, Dominique, ne vous laissez pas abattre ! Est-ce que je me laisse aller, moi ? » attaqua Verduret tout guilleret. Dominique ne lui fit pas remarquer qu’on l’avait vu sangloter dans la cellule quelques heures auparavant. Il se contenta de soupirer, soulevant de petites vagues à la surface du bouillon.
« Je connais bien Louise, continua Verduret. Che n’est pas dou tou chon chenre, poursuivit-il en croquant dans une couille de dauphin. J’vous parie que sa petite histoire avec Blépaphore ne va pas durer très longtemps, ponctua-t-il en se resservant du chou.
– N’empêche qu’ elle est pas là ! grommela Dominique. On sait même pas où elle est ! Elle nous laisse en plan, y en a plus que pour Blépaphore. Et Blépaphore par ci et Blépaphore par là, singea Dominique en prenant une voix minaudante. Et sa tenue ? Par les Saints Cartilages, Verduret, vous avez vu la tenue qu’elle a mise pour aller dîner ce soir ? s’insurgea Dominique.
– Vous voulez parler du minuscule short bleu , du peignoir en satin orange et de l’adorable paire de bottines de boxeur ? (A cette évocation, Verduret se mit à sourire niaisement , il commença même à faire quelques bulles.) Louise a toujours des tenues éminemment esthétiques, résuma Verduret .
– Oui mais bon, c’est pas une tenue, je dis ! » Dominique se renfrogna.
A la fin du repas, Verduret émit le vœu d’aller rejoindre une soubrette de sa connaissance et abandonna Dominique à ses lamentations élégiaques et vestimentaires. Dominique se traîna rue Platchik. Il but la moitié d’une bouteille de Gutha et s’effondra sur son lit.

Il était dans un carriole pleine de foin, la carriole tanguait doucement et c’était vachement agréable.
Mais le chemin devait aborder la campagne, et la carriole tanguait de plus en plus, il était maintenant secoué assez violemment sur une route pleine de cahots. Il était secoué ; il allait se… « Réveillez-vous, punaise, Dominique ! » Louise le secouait avec énergie.
Dominique ouvrit les yeux, il avait un mal de tête phénoménal.
« On peut pas vous laisser trois minutes, hein ? Il suffit que je m’absente pour que vous fassiez n’importe quoi ! Vous avez encore le sac de Dominique Yourmother ? ? » Louise virevoltait dans la pièce en babillant.
« Allez Dominique, levez-vous, on a encore du boulot, faut aller récupérer le Miklar et le Nicéphore !
– Et Blépaphore ? Il est où ?
– Dans son lit, il dort. Il s’est bien défendu le pauvre biquet, mais les meilleures choses ont une fin…ils finissent tous par dormir…» Louise fit un clin d’œil à Dominique qui haussa les épaules.
Dominique et Louise filaient maintenant vers le château de Diurne, Louise portait le sac de toile.

« Vous avez déjà joué à Tomb Raider ? demanda Louise
– Non, on n’a pas de jeux comme ça, ici.
– Et Matrix, vous connaissez Matrix ?
– Non, c’est quoi ?
– J’vais vous faire voir, ça s’appelle : J’tomb Raid Pourlouiz II! »
Louise, à ce moment-là, commença à courir, enchaîna deux rondades avant, puis, profitant de l’élan, se mit à courir en diagonale sur le mur, bondit à nouveau à près de cinq mètres. Elle s’agrippa à un rebord de fenêtre, se rétablit et s’engouffra dans l’obscurité.
Elle repassa la tête par la fenêtre, balança une corde à Dominique et lui fit signe de monter à son tour.
« C’est quoi cette fille ? » soupira-t-il.
chapitre 17 : last but not least
« Ses formules me laissent sur l’flanc » (Michel Audiard)
Dominique eut un peu plus de mal que Louise pour accéder à la fenêtre. Il escalada en s’aidant d’une glycine, se rafla plusieurs fois le nez, faillit dégouliner jusqu’au bas du mur une ou deux fois, mais réussit finalement à prendre pied sur le palier où Louise l’attendait patiemment.
« On n’a pas de roi pour prendre les emblèmes, fit remarquer Dominique, toujours un peu pointilleux sur les usages.
– Y a urgence et c’est un cas de force majeure, répliqua Louise en levant le sien. Et puis on agit par procuration. Verduret nous a chargé de récupérer le Nicéphore…
– Le Nicéphore, peut-être, mais il n’a rien dit au sujet du Balbov !
– Il aura oublié, argua Louise , ah, qu’est-ce que vous dites de ça ? »
Dominique effectivement ne répliqua rien, sentant bien qu’il n’obtiendrait pas gain de cause, il se contenta de soupirer en suivant Louise dans le couloir.
« Qu’est-ce qu’on fait s’il y a des gardes ? chuchota Dominique.
– Ne soyez pas défaitiste, tout va bien se passer. » répondit Louise en trébuchant sur un garde assoupi.
Le garde ouvrant la bouche pour donner l’alarme, Louise en profita pour lui enfoncer une pomme dans le gosier. (Car Louise avait toujours des pommes à portée de main, on ne sait jamais.)
« Red Delicious ? s’enquit Dominique.
– Golden ! rétorqua Louise . Ligotez le garde ! »

Continuant leur progression, ils arrivèrent enfin à la porte de la chambre royale. Il y avait un grand écriteau cloué dessus : « chambre royale », comme ça, on ne pouvait pas se tromper. Sous le grand écriteau, il y en avait un plus petit où il était écrit « ne pas déranger ».
Collant son oreille à la porte, Louise constata que seul un ronflement troublait le silence de la chambre royale.
« Bon, ça va, il dort, mais pour plus de sécurité, je pense qu’il faudrait l’assommer…
– L’assommer ! ? s’exclama Dominique, outré et au bord de la panique. Mais vous n’y pensez pas, c’est un roi !
– Oui, je comprends… on n’assomme pas un roi, non… vous avez raison. Décapitons-le ! »
Dominique pâlissant et semblant au bord de l’évanouissement, Louise reprit :
« Mais, non, rha, je blague ! On va juste l’assommer un petit peu ! Tenez, avec cette masse d’arme, là, qui pendouille au mur, il ne sentira rien du tout ! »
Louise s’empara de l’arme, ouvrit la porte, rentra. Dominique, figé sur le pas de la porte attendait.

Il entendit un « sprougne » suivit d’un « toc », lui même suivi d’un tout petit « aïe ».
« C’est bon, vous pouvez entrer, il ne va pas nous déranger, cherchez les emblèmes pendant que je le surveille. »
Dominique ne fut pas long à trouver. Il rangea les emblèmes dans le sac en tissu. Ils ouvrirent la fenêtre de la chambre royale. Dominique jeta le sac puis entreprit de rejoindre le sol en se servant de la gouttière. Louise qui avait vu « Tigres et dragons » trois fois, se mit à courir sur le mur en rebondissant gracieusement.
Dominique récupéra le sac. Les quatre emblèmes royaux s’y trouvaient.
Ils marchèrent en silence jusqu’à l’hôtel de Louise.
« Qu’allez-vous en faire maintenant ? demanda Louise.
– Je vais les donner à Verduret. Je suppose qu’on organisera un nouveau tirage de la Grande Urne. Et vous Louise qu’allez-vous faire ?
– Fumer une clope ou deux, prendre deux aspirines, boire un café, rentrer à la maison et faire de l’aquarelle (1)… »

Le rapide de 10 h 12 (heure locale) préchauffait à la voie 2. La grosse horloge de la gare de Monte Alto indiquait 10 h 08. Louise glissa trois pièces dans le distributeur. Elle obtint un billet de train et un petit paquet de pastilles à l’anis, les mêmes que celles à la menthe mais à l’anis. Elle déchiqueta l’extrémité du paquet et distribua une pastille à chacun de ses compagnons. Ils avaient, tous les trois, tenu à l’accompagner à la gare. Le Blépaphore, le Verduret et Dominique suçotaient leur pastille d’un air maussade, ils étaient plutôt silencieux.
Louise grimpa dans son wagon. Enfin, plus exactement, elle grimpa dans LE wagon. Elle était sobrement vêtue de sa grenouillère prune à bretelles et d’un maillot des Warriors de San Francisco. Blépaphore avait insisté pour qu’elle conservât la cape orange qu’il lui avait offerte, Verduret lui avait donné sa couronne en or incrustée de rubis, quant à Dominique, il lui remit un panier pique-nique contenant deux parts de Proutch et une bouteille de Gutha.
Le train démarra. Il ne fut bientôt qu’un tout petit point à l’horizon.
Mais, longtemps, les Dominique agitèrent leurs mouchoirs sur le quai de la gare.
(J’espère que ça marche parce que je suis hors zone proximale de compétences, là…)